FRANGINE, DES TARGETTES
Dfs Fargetti"; entre.
Francine. — Faites entrer!... Ali! vous voilà, vous.
Des Fargettes. — Me voilà !
Francine. — Enfin, vous allez m'expliquer cette disparition. Qu'est-ce que vous avez fait depuis quinze jours?
Des Fargettes. — Un grand voyage.
FRANaNE. — Où ça?
Des Fargettes. — En Sicile.
• FRANaNE. — Pourquoi?
Des Fargettes. — Pour vous... Je suis arrivé ce matin. Vous êtes ma première visite.
Francine. — Qu'est-ce que vous me racontez là?
Des Fargettes. — Voilà!... Il y a quinze jours, lorsque je suis venu vous voir, je me rends très bien compte, c'est surprenant de ma part, mais enfin, je dois le reconnaître, j'ai fait une gaffe.
FRANaNE. — En quoi?
Des Fargettes. — En vous annonçant la décoration probable de M"* de Valreney.
FRANaNE, évasive. — Oh !
Des Fargettes. — J'avais cru vous faire plaisir... Mais vous m'avez accueilli d'une façon un peu... Enfin, j'ai réfléchi... et, comme je suis assez fin, j'ai deviné que cette nouvelle ne vous avait pas été agréable...
Francine. — Voyons...
Des Fargettes. — Si, si... Vous savez d'autre part que mon dévouement pour vous est éperdu... Je me suis donc juré de réparer... C'est fait.
Francine. — Bah !
Des Fargettes. — Voilà... voilà... Mon oncle le baron des Fargettes est, comme vous le savez, membre du conseil de l'ordre de la Légion d'honneur, où il jouit d'une grande autorité.
Francine. — C'est vrai... Oh ! mon ami.
Des Fargettes. — Attendez... Le baron, très si)uffrnnt, très affaibli... beaucoup de peine à suivre une
idée... était, le matin même de ma dernière visite^ parti pour Païenne, où il allait faire nne cure d'oranges... En sortant de chez vous, je n'ai pas hésité, j'ai fait ma valise, j'ai sauté dans le train... Trois jours après, je débarquais en Sicile où je suppliai mon oncle de rentrer immédiatement à Paris.
Francine. — Oh ! ça, c'est gentil I
Des Fargettes. — Il refusa... alléguant que sa cure, pour être efficace, devait durer trois semaines... Mais, attendez!... A force d'insistance, d'énergie, je le décidai à tripler le traitement... Je le fis passer de trente oranges par jour à quatre-vingt-dix. Le neuvième jour, je le poussai dans le train, car il ne tenait plus debout... Et nous sommes arrivés ce matin à Paris.
Francine. — Ohl merci.. mercL..
Des Fargettes, triomphant. — Ce n'est pas tout... A une heure, je f>uis retourné chez lui., je l'ai airaohé de son lit... car il ne voulait pas se lever... Je l'ai fait masser, teindre... habiller, et je l'ai conduit moimême à la séance du conseil de l'ordre,... après avoir obtenu de lui le serment qu'il s'opposerait avec la dernière vigueur à toute décoration de fenmie dans la promotion des Beaux-Arts.
Francine. — Vous avez fait ça?
Des Fargettes. — Oui!
FRANaNE. — AJb! bien, tous mes compliments!
Vous avez la main, vous!... C'est admirable!
Des Fargettes. — Hein? Quoi?... Mais, madama..
Francine. — Non, vous avez une précision, une sûreté dans la gaffe... Ohl c'est du génie!... c'est du (Ion!... C'est du don!...
Des Fargettes. — Mais enfin, voyons...
Francine. — Mais, malheureux... c'est moi qui suis candidate... C'est moi qu'on présente, c'est...
Des Fargettes. — Oh! nom d'un chien.
FRANaNE. — Et si j 'échoue, ça sera de la faute de rhomme aux oranges! Quelle famille! Quelle famille !
Des Fargettes. — C'est une catastrophe... C'est épouvantable... Je suis consterné... Mais je vais réparer...
L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE
Frakcine. — Ah! non,... qu'est-co que vous allez , encore faire?
Des Fargettes. - Kciire à mon oncle. Je reinonle chez moi et je reviens. Je ferai porter le mot par mon domestique. Un homme très sur. Sa mère est d'Evreux. Elle a été cuisinière chez ma (ante de Saint-Christophe... la veuve du conseiller dVKtat... Alors, vous voyez, il n'y a pas de danji-er.
Frangine. — Allez donc! allez!
Des Fargettes. — Oui... oui... Oh! (juelle aventure!... monsieur!
Il sort en courant et bouscuU- Champtiiorcl.