Scène V
ADRIENXE, PAUL Paul. - Ah ! Adri...
Elle s'avance vers lui en lui ttiulanl ses lèvres.
Adrienne. — Bonjour...
Paul. — Ohî non, pas ici...
Adriennf:. — Je veux...
Paul. Soyons pi-n dent s, voycjnsî... Ma femme ci votre mari sont là!
Adri KN NE. — Eh bien, jastement... je veux...
Paul. — C'est fou... Plus tard... ailleurs...
Adrienne. — Non, ici... maintenant.
Paul. — Prenez garde.
Adrienne. — Ah ! que vous êtes bourgeois...
Paul. — Bourgeois... moi... bourgeois... Tenez!
Il l'embrasse très rapidement.
Adrienne. — Ah!... vous ne flânez pas!... <-e que vous pouvez être poltron!
Paul. — Poltron! moi? Poltron!
Adrienne. — Oui... et c'est un peu aga<.*ant, voils savez... Hier encore, cette manie de vous dérange» tout le temps et de courir à la fenêtre pour regarder si votre femme n'était pas dans le (piartier!... Et puis cette idée que le cocher de fiacre qui nous avait amenés nous retrouverait.
Paul. — Oh! oui, ça, c'est parce qu'il m'avait donné son numéro... alors!
Adrienne. — Oui... Eh bien, tout ça c'est vexant, on se conduit peut-être comme ça avec une demoiselle, mais on ne se conduit pas comme ça avec une honnête femme. Voyez-vous, mon cher, je m'en aperçois, il ne faut pas être la première faute d'mi homme.
Paul. — Ah! Adrienne!
Adrienne. — Vous n'avez jamais eu d'aventures... Ce n'était pas par hasard, c'était par vocation, vous ne saurez jamais. Vous êtes de ces hommes — il y on a comme ça, ti'est d'ailleurs une espèce ridicule — qui veulent bien avoir des aventures, mais honnêtement, conjugalement. Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites a comme une odeur de mariage. Alors, n'est-ce pas, vous trompez votre femme...
tristement... .sans goût... comme on fait une bonne action... ce n'est pas extrêmement drôle.
Paul. — C'est agréable ce que vous me dites là!...
Adrienne. — Oh! je ne vous reproche rien. Mais je sens très bien que vous n'aurez jamais Pidée d'une chose vraiment amusante, crâne, chic, enfin!
Paul. — Mais, je vous demande pardon.
Adribnne. — Allons donc ! Tenez, si tout à Theure j'allais tout droit à votre femme et que je lui dise: « Je suis la maîtresse de votre mari, et nous avons passé hier la journée ensemble au fond de Passy. » Eh bien, je suis sûre que vous ne seriez ]>as lits content.
Paul, bondissant. — Pas très content! Je voi:s crois ! Ah ! Eh bien ! Ali ! la la ! Eh bien, vous en avez des idées!
Adribnne. — Taisez-vous, je le ferais.
Paul. — Oh!
Adrienne: — Ça serait épatant !
Paul. — Ce serait fou î
Adribnne. — Calmez- vous... Je ne dirai rien... mais la preuve est faite.
Paul. — Quelle preuve?
Adrienne. — Vous êtes un tout petit amant, un amant pour la province. C'est dommajife. Vous êtes gentil... Seulement, vous n'avez pas été pris assez jeune... C'est dommage.
Paul. — Vous me faites beaucoup de peine.
Adrienne, riant. — Bêta!
Paul. — Vous me faites énormément de peine.
Adrienne. — Penses-tu!...
Louise, entrant. — On a mis toutes les affaires de madame dans cette chambre... Si madame veut voir s'il ne lui manque rien.
Adrienne. — Merci, j'y vais...
I«a femme de chambre sort.
Paul. — Vous allez vous habiller?
Adribnne. — Me coiffer seulement, j'ai ma robe.
Paul. — Là-dessous?
Adrienne. — Là-dessous... Elle ne tient pas beaucoup de place.
PAUL, curieux. — Ah! comment est-elle?
Adrienne. — Vous veiTez...
Paul. — Mais enfin...
Adrienne. — Elle est légère... légère...
Paul, allumé. — Ah ! ah î
Adrienne. — Je n'ai pas l'impra-ision qu'elle mliabille, mais... qu'elle me caiesse...
Paul. — Ah! ah! ah!...
Adrienne. — Qu'elle frissonne en touchant ma peau.
Paul. — Mais dites donc, dites donc...
Adriennb, l'écartant. — Il me Semble (juc j'ai sur moi un peu de brume du matin presque rose, un peu de brise qui glLsse... une espèce de musique qui m'enveloppe... enfin tout, sauf une robe...
Paul. — Oh! je veux voir...
Adrienne, lui échappa;it. — Vous nj'airnpz en ce moment, hein?
Paul. — Oui...
Adrienne. — Ouiî... oui... si j'ôtais mon manteau, vous m'aimeriez moins !
Paul. — - Je veux vous voir î...
Adrienne. — Non î... rêvez-itnii... c'est bien meilleur!... (Changeant de tor.j II ne sait pas ce garçon,
il ne .sait pas... c'est dommage. (Sur le seuil de la portej
A tout à l'heure... C'est j^our vous que je danserai... colombe !
Klie sort.
M. Champmorel (M. Guy).