FRANCINE, DES FARGETTES, LOUISE
puis pifrrk
Louise. — Madame, le dîner est servi.
Francine. — Vous me servii-ez ici!... Je laisse la salle à manger à monsieur... Et puis vous me donnerez une écharpe.
Louise. — Une écharpe?
Francine. — Oui, une écharpe... Je vous demande de rester, mon ami, pour me tenir compagrnie. Je suis horriblement nei*veuse. Je ne veux pas reste]* seule.
Des Fargettes. — Mais, certainement. D'ailleurs, j'ai une surprise à vous faire.
Francine. — Oh! encore?
Des Fargettes. — Rassurez-vous... J'ai fait aujourd'hui une maladresse incroyable de ma part. Je vais tâcher de réparer en vous offrant un petit souvenir.
Francine. — Oh! non, des souvenirs, je vous en prie. Si vous saviez comme il y a des moments dans la vie où l'on a horreur des souvenirs.
Des Fargettes. — Oh ! vous allez voir, c'est vraiment une attention charmante, c'est une petite croix que j'avais, je voulais être le premier à vous l'épin- ^ler, sans ça je ne croirais pas que vous me pardonnez.
Francine. — Merci! merci!
Des Fargettes. — Elle me vient de mon oncle rintendant militaire qui se maria trois fois, d'abord avec ma tante Berthe de Saint-Martin, ensuite avec ma cousine de...
Des Fargelles (M. Prince).
L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE
FilANCTNE. — Mais, an fait, vous allez dîner ave<' moi?
Î)es Fargettes. — Bien voloutiers.
, Frangine. — Un second couvert, Louise !
Des Fargettes. — Mais M. Margerie?
Frangine. — Je vous en prie, ne me parlez pas de M. Margerie... ^Vi^seyez-vous !
Des Fargettes. — Avec plaisir.
Frangine. — Mettez- vous à votre aise!
Des Fargettes. — Alors, la salle à manger?
Frangine. — Oh! je vous en prie, ne me parlez pas de la salle à manger.
Louise présente un ravier d'anchois.
Des Fargettes. — Non, merci !
FRANaNE. — Vous avez tort!
Des Fargettes. — C'est que les anchois, je ne les aime pas beaucoup.
Frangine. — Moi, je les adore.
Des Fargettes. — Oh! aloi-s!... (ii se sert.) Dire (jue je dîne là, seul avec vous,... mou rêve.
Pierre entre avec une petite toble servie.
Frangine. — Qu'est-ce que c'est?
Pierre. — Monsieur m'a dit avant de sortir de le servir ici, et qu'il laissait la salle à manger à madame.
Frangine. — Comment, monsieur?
Pierre. — Dois- je remporter la table?
Frangine. — Non, non, laissez-la là... Monsieur | fait ce qu'il vent !... (A des Fargettes.) Je vous demande pardon. j
Des Fargettes. — Il n'y a pas de quoi !... \
Louise, apportant un plat nouveau. — Ce sont (les
bouchées à la reine, madame. ;
Frangine, refusant. — Merci!... |
Des Fargettes. — Oh! chère madame, on dirait j que vous avez deviné mes goûts,... c'est mon plat . préféré... Qu'est-ce que vous avez? j
Frangine. — Rien!... rien... Enlevez ça, Louise... ] Eh bien, si, vous avez raison... Je suis un peu nerveuse... Et je crois qu'il vaut mieux que vous me laissiez seule.
Des Fargettes. — Oh !...
Frangine. — Oui... oui... vous ne m'en voulez pas?
Des Fargettes. — Non! non!...
Frangine. — A bientôt!...
Des Fargettes. — Oh! quelle aventure!