RIDEAU
La danse du colonel Zakouskine (M. Max Dearly) et de la ««uriateDdaDte des Beaux- Arts (M"' Lava'l 'i-e)
FM. Sert.
■aient modifiées depuis les chefsd'œuvre d*antan.
Aussi, piqués au vif, MM. de Caillavet et de Fiers se sont-lis avisés de faire à leur tour la critique de leurs critiques et, s* adressant à celui de ces i derniers qui a la charge du plus imposant feuilleton dramatique, M. Adolphe Brisson, s'exercèrent-ils à démontrer qu'ils étaient fort capables, quand il leur plaisait, de manier la satire et la plus aiguë, la plus pénétrante, — une satire à laquelle le chroniqueur du Temps opposa sa coutumière bonhomie, philosophique et narquoise.
Ce sont d'ailleurs polémiques presque inévitables entre auteurs, dont le talent si vif a fait ses preuves de maîtrise, dont l'humeur est naturellement chatouii!euEe,et critiques jaloux de la liberté do leur opinion et soucieux d'obtenir des auteurs en vogue des œuvres toujours plus fortes, plus pleines, plus étendues. Il n'y a pas lieu de s'en a' armer. Ce sont là jeux de princes des lettres. L'intérêt amusé ou passionné avec lequel on les a suivis démontre surabondamment l'importance que le public français accorde toujours aux choses de Ihéitrc.
Au surplus — et MM. de Caillavet et de Fiers sont bien de cet avis : la dédicace qu'ils ont inscrite sur la première page de leur comédie le prouve surabondamment — il serait regrettable, non seulement que la critique disparût, mais que ron autorité fût diminuée. Cela serait regrettable pour les auteurs, ainji que pour les directeurs, qui dans l'élaboration de leurs œuvres ou la composition de leurs programmes sont sincèrement guidés par im souci d'art pur plus que par un souci de lucre ; la substitution de la réclame uniformément payée à la critique libre profiterait en effet surtout aux bas marchands de spectacles. Cela serait regrettable aussi pour une profession qui a, somme toute, fourni à la littérature française des talents d'une valeur et, ce qui est mieux encore, d'une utilité incontestables. Cela serait regrettable enfin, — et pourquoi ne pas formuler, par surcroît, ce regret ? — pour les lecteurs de VIllvMration théâtrale, habitués à trouver ici une revue qui leur donne l'impression d'ensemble manifestée par la presse, — ce qui ne les empêche, assurément pas d'éprouver un sentiment personnel, de se former une opinion particulière.
M. Léon Blum est un des critiques qui ont, comme M. Adolphe Brisson, fait quelques objections à la formule satirique du Bois sacré ; mais, comme le critique du Temps, le critique de Comœdia a convenu que ces objections n'empêcheront pas que le public goûte à cette pièce un très vif plaisir :
« Avec toutes les quaUtés de fantaisie et d'esprit qui leur ont valu tant de succès, MM. de Fiers et de Caillavet possèdent un don, le plus précieux peut-être de ceux que peut recevoir un homme de théâtre : ils savent se faire écouter. Ils ont d'instinct le secret de ce que j' appellerai l'acoustique morale d'une salle de théâtre. Leur dialogue porte, leurs mots portent, leurs traits portent. 9
M. Henri de Régnier estime, daiis le Journal des Débats, que ]ViM. de Fiers et de Caillavet se meuvent en effet avec une singulière aisance et un rare bonheur dans une fantaisie mélangée d'observation :
« Le Bois sacré est à la fois une agréable comédie de mœurs et une savoureuse bouffonnerie. Je dis bouffonnerie, d'ailleurs sans rien de dépi-éciatif et seulement pour marquer l'extravagance voulue et Toutrance intentionnelle de certains personnage^; et de certaines situations, où il entre de la charge et de la farce. >
M. Félix Duquesnel trouve, dans le Gaulois, que nous sommes ici en pleine fantaisie :
« L'action est légère, un peu imprécise, mais les détails sont si charmants et les personnages sont, tous, si amusants, avec une plaisante variété dans la tonalité.
» Cette comédie, spirituelle, fine, vivement satirique, a eu grand succès sous les éclats de rire ininterrompus d'une salle affolée. »
Pour M. Francis Chevassu, du Figaro, le Bois sacré est, très nette- i ment et sans conteste, unctdes comédies les plus spirituelles et les plus amusantes de MM. Gaston de Caillavet et Robert de Fiers.
M. Paul Souday constate aussi, dans V Eclair, que cette nouvelle comédie de MM. Gaston de Caillavet et Robert de Fiers est un nouveau succès :
« Ces deux habiles et spirituels auteurs ont le coup d'œil et le tour de main presque infaillibles. Ils possèdent à fond l'art de plaire et d'amuser...
Aucun de leurs devanciers n'apporta constamment la même maîtrise et le même bonheur dans la confection de ce pimpant artic'e de Paris. Tant de sagesse, de savoir-faire et de belle humeur défient à bon droit la fortune ! »
M. Adolphe Aderer écrit de même dans le Petit Parisien^ :
« C'est un succès. L'ouvrage nouveau de MM. de Caillavet et de Fiers est rempli d'esprit. De l'esprit, il y en a non seu'ement dans le dialogue des personnage?, mais encore dans ce qu'on pourrait appeler les intermèdes, petit ballot ou petite pantomime, habilement amenés au cours de la pièce... Les deux collaborateurs excellent à doser la fantaisie et l'observation, le sentiment et la gaieté, c'est leur marque. »
Enfin M. Léo Marchés ne voit ni plus ni moins dansée Bois sacré y qu'une pièce à thèse ; et il soutient ainsi, dans
la Liberté, cette opinion origina'e, à peine paradoxale :
« Frémissez, Cjmi Brieux, et vous, Emile Fabre, et vous encore, austère François de Curel, voici une concurrence nouvelle : les librettistes du Sire de Vergy, les pères spirituels — autant que les spirituels pcres — de Miquette, de Chonchette et autres héroïnes si frivolement pari ionnes, abordent les grands problèmes sociaux. Ils posent celui-ci : « Doit-on décorer les femmes ? »
lis le posent et ils le résolvent, — par la négative. Mais, rassurez- vous : ils le posent en se jouant et ils le résolvent de la façon la plus amusante, la plus fantaisiste, la plus cocasse même parfois. Ils le résolvent avec toute l'ingéniosité, toute la gaieté, tout l'humour dont ils sont coutumiers. Ils ont, comme dit un de leurs confrères, la manière, — leur manière, qui est la bonne. »
La troupe des Variétés, telle qu'elle est composée pour interpréter le Bois sacré, est assurément égale, sinon supérieure encore, aux troupes comiques les plus fameuses qu'ait jamais eues ce théâtre. M. Brasseur est bien le mari jeune, rond, cocasse et bon garçon qu'ont voulu les auteurs ; M. Guy a composé son rôle du surintendant des Beaux- Arts en comédien de race, étab issant à ba-:e d'observations sa bouffonnerie, grave et d'autant plus juste en ses effets. M. Max Dearly, dans le rôle du colonel danreur Zakouskine, s' affirme une fois de plus et plus que jamais artiste d'une fantaisie extraordinaire, poussant, quand il lui plaît, l'excentricité jusqu'à l'eztravagance et néanmoins gardant toujours la « ligne », le « style » ; il est d'une élégance presque c'assique lorsqu'il s'agit de détailler quelques répliques, il est d'une souplesse et d'une nervosité acrobatiques lorsqu'il s'agit de se livrer aux ébats d'une dansjc slave. M. Prince varie, nuance, en comédien excellent, les ahurissements incessants auxquels le contraint son personnage de des Fargettes.
Du côté féminin, M'"® Jeanne Granier, par son naturel et par la subtilité de sa diction et la mobilité de sa physionomie si bien adaptée à faire valoir tous les dessous comiques d'un texte ou d'une situation, possède un jeu qui semble, avec toute la finesse féminine, une répique du jeu de MM. Guy et Brasseur ; quant à M"® Lavallière, elle semb'e avoir été créée et mise au théâtre pour faire avec M. Max Dearly le coup'e le plus follement original qu'.on puisse rêver ; elle a les mêmes dons exceptionnfe's et presque contradictoires ; elle au^^i^i, joue, quand il le faut, comme une rare comédienne, et danse, quand il le faut, jusqu'à se désarticuler, comme imo acrobate.
Gaston Sorbets.