SCÈNE VII ZAKOUSKINE, ADRIENNE
ZAKOUSKINE, entrant.
Ahl Adrienne chérie!
ADRIKNNE.
Chut!
Elle lui montre son mari, assis dans le fauteuil, puis met un doigt sur ses lèvres. A partir de ce moment, la scène continue en pantomime, accompagnée par la musique jouée dans la pièce voisine. De temps en temps, Adrienne et Zakonskine s'oublient et rompent le silence, mais ils reviennent aussitôt au langage de la pantomime.
Pantomime.
Adrienne fait asseoir Zakouskine sur le canapé. H lui exprime par un geste qu'elle a une robe charmante. — Elle sourit d'un air contraint. Zakouskine sait signe que ce piano l'exaspère. — Adrienne. négligemment, prend le numéro de Femina sur le bureau et montre à Zakouskine le portrait de mademoiselle Viviane. — Zakouskine fait semblant de ne pas comprendre, il ne connaît pas cette dame. — Adrienne s'indigne. — Zakouskine jure qu'il ne la connaît pas. — Adrienne, furieuse, rompt le silence et s'écrie : t Ah ! c'est
trop fort. » — « Chut ! », dit Zakouskine. — Adrienne, par des gestes, explique qu'elle sait tout. Elle mime la promenade de Zakouskine et de mademoiselle Viviane, leur goûter chez le p'ilissier. Ils se sont embrassés, câlinés, dorlotés. — Zakouskine nie. — Adrienne, oubliant la présence de son mari, s'écrie : * Il vous a vu. » — t Chut ! », supplie Ziikouskine.
— Adrienne de nouveau, par des gestes, confirme qu'entre Zakouskine et elle tout est fini, cassé. — Il implore. — Elle reste inébranlable. — Zakouskine se dirige vers la porte. Puis, se ravisant, il revient vers Adrienne et lui décrit, par des gestes, quelles sont ses intentions. Il va rentrer chez lui, prendre un revolver, y glisser des balles, l'appuyer sur sa tempe et il tirera. Il laisse alors éclater un formidable « Pan ! ». Mais, sur un signe d' Adrienne qui désigne son mai-i, il répète à voi.r hasie • Pan ! i Toujours en pantomime il narre son agonie. Il tombera sur le sol, sans vii'. — Et Adrienne pleurera car elle sera responsable de sa mort. Zakouskine lui montre son cadavre et s'attendrit lui même à ce spectacle. — .Adrienne. touchée se jette dans les bras de Zakouskine dont les yeux se remplissent de larmes. Pour les sécher il cherche son mouchoir dans sa poche et en lire une élégante voilette mauve. — Adrienne bondit, ramasse la voilette. Nouvelle fureur. Dispute. Elle saisit le chapeau de Zakouskine et l'écrase. Attaque de nerfs pendant laquelle .Adrienne, s'enfonce le poing dans ta bouche pour s'empêcher de crier. A la fin, elle fait semblant de s'évanouir.
— Zakouskine essaije de la rappeler à elle, puis fait signe qu*il en a plein le dos et remonte pour s'en aller. H ouvre la porte. À ce moment, Adrienne bondit, le retient par le bras, ferme avec violence la porte devant lui, et, très haut :
ADRIEKKE.
Léon! Léon!.,, voilà ton ami le comte Zakouskine qui arrive enfin.
CHAMPMOREL.
Ah!
ADRIBNNE, comme si Zakonskine veoait seulement d'arriver.
Ah! cher ami, nous vous attendions avec une impatience.
CHAMPMOREL, an musicien, à la cantonade.
Merci, monsieur! Très bien, c'est de l'Auber et du Wagner, bonne concentration musicale, bravo. Au revoir, (ii redescend en fcène.) Coloncl, ravi de vous voir.
ZAKOUSKINE.
Excellence !
Il l'avance vers Champmorel et l'embrasse sur la boncfae. CHAMPMOREL.
Oh! (A part.) Quelle sale habitude!
ZAKOUSKINE.
Je viens pour le comité. J'apporte mon projet pour le petit divertissement que nous danserons, madame Champmorel et moi, de la fête, le clou.
Il s'approche de Champmorel, ote l'œillet qu'il a à sa boutonnière, le passe à celle de Champmorel, puis cherche dans ses poches s'il en a un.de rechange. N'en trouvant pas, il reprend celui de Champmorel et le replace à sa propre boutonnière.
CH AMPMORE L, remarquant le chapeau écrasé par Adrienne. Qu'est-ce que c'est que ça?... (Il le ramasse et regarde
à l'intérieur.) Mon chapcau, et dans cet état.
ADRIENNE
Comment ton chapeau?
Et c'est mon beau, oh!
Il Ta soDner.
ÂDRIENNE, à ZakoDskine.
Qu'est-ce que ça signifie?
ZA.KOUSKINE, bas.
Je vais vous dire, je me doutais qu'il y aurait une scèno violente, alors, j'ai laissé mon chapeau dans l'antichambre et j'ai pris le sien. Dans ce cas, je prends toujours le chapeau du mari.
ADRIENNE
Eh bien, vous en avez un toupet...
Benjamin entre, GHAMPMOREL.
Ah! Benjamin, regardez ça... il y a ici un désordre...
BENJAMIN
Je le sais, monsieur le directeur.
ADRIENNE
Dites donc, Benjamin, mes fleurs sont-elles arrivées?
BENJAMIN
Oui, madame, le chef du bureau des musées de province rentre à l'instant. Il a les bras pleins de roses.
Ohl il doit être aflFreux^comme ça!
BENJAMIN
Il y a aussi, là, un petit lot de dames charitables qui viennent pour le comité de madame. Je les ai fait entrer dans la salle des commissions.
Benjamin soit.
A.DRIENNE.
Ahl mon Dieu, j'y vais, parce que, quand on laisse des dames de charité seules ensemble, elles se dévorent. Dans dix minutes, il ne resterait plus que leurs réticules. (zako«skine Ht très fort.
AHrienne sortant.) VoUS ricZ trOp.
GHAMPMOEEL.
Vous restez pour le comité, mon cher comte ?
ZAKOUSKINE.
Si je reste I... mais j'en suis l'âme... J'en suis l'inspiration. J'en suis la fleur. Chacun, dans les œuvres de charité, apporte ce qu'il a, les riches donnent leur argent, les pauvres donnent leur misère, moi, je donne mon charme.
GHAMPMOREL.
Votre charme!... Très curieux... mais, sous quelles formes?
ZAKOUSKINE.
Mille... Tenez, avec quelques amis égale-
ment ravissants, nous avons fondé l'œuvre de l'illusion sentimentale.
GHAMPMOREL.
En quoi ça consiste-t-il?
ZAKOUSKIXE.
Tous les jours, après déjeuner, pendant une heure, nous suivons dans la rue les femmes qui ont passé Tâgc d'être suivies. Et elles sont heureuses. C'est exquis, n'est-ce pas?
GHAMPMOREL.
C'est gentil!
ZAKOUSKINE.
C'est-à-dire que je ne peux pas penser à l'idée que j'ai eue là sans m'attendrir. C'est tellement exquis...
BENJAMIN, entrant.
Ces dames réclament monsieur le comte Zakouskine,
GHAMPMOREL.
Comme toutes les autres dames, mon ami.
ZAKOUSKINE,
Excellence.
Il Iiii serre la maii^ GHAMPMOREL,
Aïe !
ZAKOUSKINE,
Qu'est-ce que c'est? Je vous ai fait mal?
CHAMPMOREL.
C'est ma bague.
ZA.KOUSKINE, regardant.
Superbe bague... Quelle est la dame qui vous l'a donnée ? Femme du monde, ou courtisane?
CHAMPMOREL, indigné.
Ib'in? Vous en avez de bonnes!... je l'ai achetée moi-même !
•ZAKOUSKINE.
C'est moins élégant... Ahl... Je vais au comité... Pas de la charité.
Il sort en dans°ut.
CHAMPMOREL.
On a beau dire, ces Slaves ont un chic ! Je vous suis...
BENJAMIN, entrant, une '>arte ù la main.
Monsieur le directeur, cette dame demande à vous parler en particulier.
G H AMP M QUEL, prenant la carte et lisant.
Madame Paul Margerie!... A moi!... tiens! Dites donc, comment est-elle?
BENJAMIN
Elle m'a charmé.
CHAMPMOREL.
ïlein ?
• BENJAMIN
Dame, monsieur le directeur me demande.
GHAMPMOREL.
Priez cette dame d'attendre un instant... je reviens.
Il sort.
BENJAMIN
Bien, monsieur le directeur, (a i» cantonade.) Si madame veut se donner la peine d'entrer.
Fraockie entre.