‹ Le bol de chine; ou, Divagation sur les beaux artsChapitre 11 sur 16 · BARNAVAUX ET LES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BARNAVAUX ET LES BEAUX-ARTS

A Tangle de la rue du Cherche-Midi et dn boulevard Montparnasse, il y a un petit café débit-de-tabac qui s^appelle le chien qui' fume. C'est là, sur la terrasse, que nous nous sommes arrêtés, Bamavaux et moi : il est cinq heures du soir.

Le vent du crépuscule, vers cette fin de septembre, a déjà séché les feuilles des arbres. Elles traînent à terre, toutes roussies, raides, recroquevillées, craquantes ; il s'en exhale une odeur amère et mélancolique et qui pourtant, par un retour inattendu, vous fait songer à vos premières années de jeunessç, à votre toute petite enfance. Car alors on avait la tête plus près de terre, comme ces bassets aux pattes, courtes dont Todorat aigu découvre plus aisément^ sur le sol et dans la mousse, les

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imperceptibles fumées qui dénoncent le passage des lièvres. Voilà pourquoi il vous émeut, ce parfum sauvage et triste. Il montait alors plus puissant atix narines; maintenant en nous il reste associé au souvenir des vieux jardins dans lesquels on a joué, des premières imaginations qu'on s'est faites de forêts qu'on ne connaissait pas encore, des premières fenmies qui vous ont pris la main, en vous donnant des ordres, mais en vous baisant le front et les yeux. Et le ciel, ce jour-là, est sublime. Si bleu au-dessus de nos têtes, d'un vert si naagnifîqucment mêlé d'or à l'horiion, avec de petits nuages très hauts, très clairs, très légers, des nuages pour déesses ou saintes vierges I Bamavaux sent' comme moi le miracle de l'heure. Seulement, à la manière de presque tous les hornmes simples, il ne s'émeut pas consciemment aux incantations muettes de la nature. Il y est aussi sensible que moi, mais il ne se rend pai compte qu'il le» sent : ça le fait seulement

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