BARNAYAUX ET LES BEAUX-ARTS
penser à autre chose, plus fort. Et alors il prononce cette phrase qui ni*étonne une seconde :
— C'est ua. temps, un temps... où on voudrait être aimé par une ' femme de quarante ans qui aurait du violet sur son chapeau 1
Puis il se replonge dans sa rêverie, que j'hésite à troubler.
Tout à coup, des hauteurs de l'avenue du Maine, descend une masse altière et blafarde dont le sommet atteint presque la cime effeuillée des lilas du Japon. Barnavaux, qui connaît le quartier, comprend tout de suite.
— Une statue qui va en voiture jusque lâi-bas, vous savez, aux Champs-Elysées.
Et je comprends à mon tour que c'est l'envoi d'un sculpteur au salon d'automne.
Mais vers le carrefour même où nous nous trouvions, l'un des chevaux qui traînaient le lourd fardier heurte maladroitement, de son pied large, à moitié déferré, le rail
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du.tramway^ essaie sans y réussir de se ramasser d'un coup de rein, et sans hennir, sans se plaindre, avec la tranquillité d'une bête qui sait ce qui lui arrive, s*abat tout doucement.
Barnavaux n*eut pas un seul instant ridée de se mêler à la foule des curieux qui s'attroupaient. Un cheval qui tombe, on voit ça plusieurs fois par jour à Paris, ça n'est pas intéressant. Il n'avait d'yeux que pour le « monument » qui s'était arrêté devant nous, en exposition prématurée. Et ce monument était, sans nul doute possible, destiné à l'une des capitales de notre vaste domaine d'outre^mer.
Il représentait « la France, civilisatrice d'un peuple barbare » sous la forme d'un rude guerrier de l'infanterie coloniale, relevant de la main droite une petite négresse aux chaînes brisées, tandis que de la gauche il brandit un fusil, modèle 86.
— Voilà votre portrait, Barnavaux, lui dis- je, ça doit vous faire plaisir.