LE BAS-RELIEF
gneuse< Elie appartient à la catégorie très' nombreuse des femmes antiféministes. Si elle était capable d'en donner les raisons, ces raisons ne seraient pas mauvaises : elle dirait qu'ayant été fort heureuse de son rôle dans la vie, elle ne conçoit pas pourquoi quelques-unes de ses soeurs en désirent un autre. Mais comme elle copfond fréquemment les idées générales et les généralités, elle se contente d'invoquer des principes de haute convenance. Cependant elle consentit à accompagner M. Costepierre, et bien qu'il n'y eût plus que quelques pas à faire, le fît monter dans sa voiture. Elle eut toutefois le temps de dire avant d'arriver :
— Nous n'allons pas voir, sans doute, quelque chose de bien intéressant ; il y a là sûrement une de ces politesses que les hommes font si aisément aux femmes.
— Je ne sais pas plus que vous ce que nous allons voir, répondit M. Costepierre, ît d'ailleurs je ne possède aucune compé-
gS LE BOL DE CHINE
tence en la question. Mais je me permets d'être d'un avis différent du vôtre : Les hommes concèdent fort aisément aux femmes les petites distinctions auxquelles ils n'accordent pas d'importance. Mais s'il s'agit d'un sérieux avantage, ils se retrouvent ligués et défendent fort âprement les intérêts de leur sexe : c'est ce que nous avons pu constater récemment lors de la candidature à l'Académie des sciences d'une femme dont le grand et honnête mérite ne faisait de doute pour personne. Si donc on a fini par accorder à celle-là, après une longue attente, la toute première place, c'est qu'on ne pouvait faire autrement.
— C'est ce que nous verrons I dit M"*® Denant.
— Soyez assuré, répondit le professeur, que je m'en rapporterai à vos lumières.
Il n'eut pas plus tôt prononcé cette phrase ironique et polie que la contradiction qu'elle impliquait le frappa en lui donnant à sourire. Car il avait involontairement exprimé