‹ Le bolchevisme dans l'impasseChapitre 32 sur 52 · ST DO · texte numérisé non relu

ST DO

Cela s'applique dans une mesure particulièrement forte à ce qui concerne la Russie d'aujourd'hui, dont la situation actuelle est absolument unique et n’est comparable à celle d'aucun autre pays dans le présent ou le passé. Avec cela, pas d'Etat, depuis que le Japon et la Chine se sont ouverts dans le milieu du siècle dernier, qui soit aussi complètement coupé du monde et où toutes les sources d'information soient autant monopolisées par le gouvernement, que ce n'est le cas de la Russie. Partout il est plus facile aujourd’hui d'arriver à connaître ce qui se passe à l’intérieur qu'il ne l’est là-bas.

Certes, la situation économique de la Russie peut malgré tout être en quelque mesure établie. Il est impossible de la dissimuler entièrement. Mais l’état d'âme des masses sur lesquelles agit l’économie, est difficile à connaître et cela rend déjà impossible de prévoir avec précision comment elles pourraient réagir à la ruine de l’agriculture.

Il n’est pas d’une impossibilité absolue que cette ruine ait l'effet que souhaite le manifeste de l'I. O. S. : que les bolcheviks s’en trouvent intimidés à tel point que, comme le dit lé manifeste, « communistes ou sans parti > s « allient avec les socialistes », rendent « aux peuples de l'URSS. la liberté > et ainsi les mènent d’une marche « pacifique » à la « pleine démocratie ».

Pas de doute, entre les solutions possibles, celle-ci serait la plus heureuse, celle qui épargnerait le mieux à la Russie la misère et les dangers d’une guerre civile.

Maïs si nous ne donnons pas la parole à nos seuls désirs, mais laissons parler aussi les expériences faites jusqu'à présent et la nature des choses, force nous est bien d'avouer que cette solution est de toutes la plus invraisemblable.

Amener pacifiquement une autocratie à la démocratie est une opération qui jusqu'à présent na encore réussi nulle part. En Allemagne et en Autriche, même en Russie, il existait avant la guerre bien plus de chances données pour cela que dans la République soviétique aujourd'hui, et néanmoins, dans ces pays, la majorité des socialistes déclarait visionnaires ceux qui croyaient à la possibilité d'entrer ainsi pacifiquement

Sn

en république démocratique. Nous n'avons pas aujourd’hui de raisons pour être plus disposés à y croire.

Il a fallu au début de 1921 une grosse insurrection pour amener Lénine à des concessions, et ce sont tout autant les commencements d'un soulèvement du même genre qui poussèrent Staline, 1l y a quelques mois, à freiner sa marche. Mais même dans ces deux cas, il n y eut d’accordé que des concessions économiques ; on ne revint pas sur la suppression de la démocratie; au contraire, les conséquences en furent aggravées.

Jamais cela n'est apparu avec autant de netteté que dans le discours de Staline au XVI° Congrès du Parti communiste de Russie et dans le pitoyable traitement qu'on y fit subir à Rykov et l'omski.

Ainsi ce n'est pas une espérance à considérer sérieusement que d'attendre une conversion pacifique des communistes à la démocratie.

Nous devrions plutôt nous attendre à autre chose: l'absence de toute réaction à l'égard d’une famine qui menace prochainement la Russie, si une belle saison exceptionnelle ne vient pas favoriser les kolkhoses et les sovkhoses. Ah ! oui, la faim pousse au désespoir, mais aussi elle affaiblit et énerve, paralyse toutes les énergies, abaisse l’être humain à une résignation muette.

Il n’y a pas longtemps, dans certaines régions de la Chine, des millions d'hommes mouraient de faim sans qu'il en arrivât aucun soulèvement. Sans se grouiller, ils attendaient silencieusement que la mort vint finir leurs tortures. Dans la Russie tsariste même ,il y eut une famine épouvantable en 1891-92, et une autre en 1898-99. Pourtant, une fois comme l’autre, tout resta bien tranquille.

N’en serait-il pas de même cette fois? Cela nest pas impossible. Ce serait sans doute là des diverses conséquences possibles de la faillite de l'expérience kolkhose la plus déplorable, non seulement pour le peuple russe, mais aussi pour ses maîtres communistes, quoique ce soit cette marche des choses qu'ils souhaitent le plus parce qu'elle laisserait intacte leur position au pouvoir.

EE de MT ae rt vent

a DÉS. oh ÉD: 24 LDII Pre ME DO CONS POE E CREER CES PEN ES SPL :

Page 1