UN DERNIER MOT
Bien que le traducteur se soit fait une loi de rendre fidèlement en français le texte de la brochure de Karl Kautsky, sans commentaires n1 discussions, il ajoute ici, à la demande de l’auteur lui-même, la traduction d’un article où Kautsky répondait,dans l” (Arxbeïter Zeitung» du 10 mars,aux calom nies par lesquelles la presse bolcheviste de tous les pays — y compris, bien entendu, l’« Humanité >» — s'efforce de travestir sa pensée, en le représentant comme capable de souhaiter et même de favoriser des interventions armées contre la Russie soviétique.
Quiconque aura lu l’ouvrage avec attention se trouve déjà, d’ailleurs, en état de répordre victorieusement à ces accusations menteuses.
L'important article paru dans le dernier supplément dominical de l'Arbeiter Zeitung, intitulé : «Friedrich Adler, le contre-révolutionnaire », montre à fond quelle impudente falsification de la vérité représentent tant l'acte d'accusation que les (aveux » des accusés dans le dernier ( procès des mencheviks » à Moscou.
L'article parle, à ce propos, de la divergence existante entre beaucoup de mes amis mencheviks ainsi que la majorité de l’Internationale ouvrière socialiste et moi, quant à l'attitude envers le bolchevisme. Il mentionne là-dessus mon récent opuscule : (Le Bolchevisme dans l'impasse ».
Cela m'amène à prier l'Arbeïter Zeitung de m’accorder un place dans ses colonnes pour quelques observations.
Pour une «rectification»? Non. Les dires de l’arlicle en question à mon sujet ont autant d’exactitude que
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de loyauté. Mais ils me paraissent avoir besoin d’un «complément ». Car, isolés, ils pourraient faire naïtre chez un lecteur moins familier avec les faits correspondants l’idée que les accusations et (aveux » des gens de Moscou tomberaïient juste, non pas, à la vérité, sur la majorité des mencheviks et de l’'1.O.S., mais bien sur moi.
Je tiens à établir expressément qu'ils sont tout aussi faux et mensongers en ce qui me concerne qu'envers mes amis, nonobstant toutes divergences entre nous dans les choses russes.
Tout autant qu'eux, j'ai été depuis toujours adversaire de toute intervention d'Etats dans la Russie des Sovies et toute préparation d’une insurrection armée en ce pays. Déjà, en 1925, je déclarais dans mon ouvrage : « L'Internationale et la Russie des Sovieis » :
L'Internationale a toutes raisons d'opposer à l'avenir,
: comme elle l’a fait jusqu’à présent, une résistance résolue
à tous les essais de soulèvement sur le territoire régi à cette heure par Moscou (page 40).
Et plus loin :
Nous combattons aussi, bien l'intervention armée, qui est une spécialité de nations militaires, que l'intervention déguisée par la perfidie d’un Etat cocluant des traités avec des gouvernements et fomentant en même temps des conspirations et. des coups de main contre ces mêmes gouvernements.
Nous n’admettons qu’un seul genre d'intervention : le soutien ouvert et loyal de nos camarades de classe et d'opinion dans tous les pays, sans armes et sans duplicité (pages
58 et 59).
Sur ces deux points donc, toute l’Internationale est entièrement unanime, l'accusation de Moscou est absolument insoutenable, en contradiction on ne peut plus ÉUIdente avec les faits.
La divergence entre nombre de mes amis et moi ne
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porte pas sur ces points-là. Îl est vrai qu’elle touche à notre attitude à l'égard de soulèvements éventuels en Russie. Mais ce que nous discutons ce n’est pas si nous devons y provoquer des soulèvements ou non. Là-dessus, nous sommes unanimes à dire NON.
Ce que nous discutons, c’est notre attitude à l'égard de soulèvements d'ouvriers, ou de paysans, qui surgiraient spontanément, par désespoir d’être affamés et asservis ou contre l'arbitraire sanglant d’une police omnipotente et une justice aussi serve en haut que sans frein en bas.
Quelle position devrions-nous prendre en ce cas? Le devoir de l’Internationale est-il d’inviter les socialdémocrates de Russie à s’allier contre des ouvriers et paysans soulevés avec Staline et ses instruments? Faut-il que quiconque s'élève contre ce régime infäme soit nécessairement un garde-blanc » ou se mette en somme à leur service 2?
V’oilà ce qui est discuté entre nous. C’est tout autre chose que de savoir si nous devons pousser à une interà vention de l'étranger et fomenter des soulèvements ou non.
L'article de l’Arbeiter Zeitung indique une possibilité d'en finir avec la terreur de Staline pacifiquement. Il condamne ainsi que moi les méfaits du bolchevisme actuel, mais il espère un (relèvement de la situation économique » qui (rendrait le terrorisme superflu ».
Ce moyen de vaincre le terrorisme est celui pour lequel j'aurais, moi aussi, le plus de sympathie, mais l'indiquer me semble sans objet, parce que je tiens pour exclu que!
Russie puisse, de l'effondrement économique où l’a menée l'économie bolchevique jusqu’à présent, se relever jamais en continuant ce système jusqu’à retrouver une prospérité économique. Et, bien mieux, ce serait l’œuvre d’une seule année, l’année «décisive » du plan quinquennal!
Mais quoi? Staline ne monte dès à présent tous ces procès monstres contre les Ramsine, Groman, etc., qu’afin d'avoir des boucs émissaires sur lesquels il puisse dériver la colère populaire causée par l'absence de l'essor économique que le plan quinquennal cherche en vain à ap-
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Ce sont là les questions discutées dans nos rangs concernant la Russie. À ce propos, je puis bien dire qu’au moins au sein du parti menchevik la répartition de la majorité est différente pour chacune des deux. La majorité est sans doute contre moi pour penser que toute insurrection contre le bolchevisme en Russie aurait forcément un effet contre-révolutionnaire, qu'elle amènerait, non la démocratie, mais une sorte de fascisme capitaliste. D'un autre côté, aulant que je puis voir, la grande majorité de mes amis mencheviks est d'accord avec moi dans la conviction que le plan quinquennal doit nécessairement échouer, que ce nest pas un essor économique qui triomphera de la terreur, mais qu’une plus grande liberté de mouvement donné aux masses par la démocratisation de l'Etat est au contraire la condition indispensable de tout relèvement économique de la Russie. Ils ne se différencient de moi que par la façon dont nous nous représentons la venue de celte démocratisation.
Ces divergences dans nos rangs n’ont rien à faire avec les accusations élevées contre les mencheviks et notre Internationale au cours du procès de Moscou maintenant terminé. Car, je le répète, nous sommes tous unanimes à condamner interventions et coups de main. Pour notre aclion politique dans le passé récent et dans le présent, ces divergences ne comptent d’ailleurs pas : elles ne pourraient prendre de l'importance qu'au moment où une grande insurreclion éclaterait en Russie. C’est une chose qu’on peut envisager, mais non pas préparer.
Tous les racontars sur la préparation de telle ou telle intervention sont des mensonges effrontés consciemment inventés par les auteurs de l’odieux procès de Moscou. À l'égard de ces mensonges, il n’y a pas la moindre différence entre mes amis Dan et Abramovwitch, et moi.
Karl KAUTSKY
Imprimerie d'Art Voltaire, O. Zeluk, Directeur, 34, rue Richer, Paris.
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