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voisins fortement armés, que gouverne une soldatesque assoiffée d'action, comme la Pologne et la Turquie.
Du programme démocratique pour la Russie fait naturellement partie l'entrée dans la Société des Nations, mais avant tout l’action à engager pour le désarmement général. Sur ce point, elle marchera aux côtés de l'Allemagne et de toute une série de petits Etats, mais aux côtés aussi de l'Angleterre, si la classe ouvrière y reste au gouvernail, et de la France, si le parti des travailleurs y gagne en puissance.
On réussira nécessairement alors à « encercler » Île fascisme d'Italie, à l’obliger, lu: aussi, à désarmer, ce qui ne serait que le prélude de sa défaite par la démocratie.
À toute cette heureuse marche des choses, le bolchevisme s'oppose comme un bloc de rocher sur la route. Qu on réussisse à le pousser de côté et à le remplacer par la démocratie, et la voie est libre pour l’ascension, non seulement de la Russie, mais de toute l'Europe.
D. — Le droit des nations à disposer :
d’eiles-mêmes
On aime à croire qu'un programme comme celui qui vient d’être esquissé devrait, dès qu'il est reconnu comme commun, repousser à l'arrière-plan les divergences quelconques, de théorie et de tactique, encore existantes, assez pour ne pas faire apparaître impossible une entente au moins entre Îles partis socialistes en vue d’un travail commun.
Pourtant, cette entente rencontre encore un obstacle des « antagonismes nationaux ».
La Russie est un de ces Etats dont la population se compose de différentes nations habitant chacune un territoire particulier. Si dans un Etat de cette sorte surgit l'aspiration à une démocratie moderne, il vient s'ajouter aux autres revendications démocratiques celle de l'indépendance pour chacune des nationalités. Chaque peuple veut être administré, instruit et jugé dans l’idiome qu'il comprend. :
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aspiration est celle de réclamer un Etat indépendant pour chaque nationalité, la division de l'Etat plurinational en Etats nationaux.
Or, il y a grave diminution de force de la démocratie, À où elle doit lutter d'abord pour se faire admettre, si ies démo crates des diverses nations, au lieu de s'élever en commun contre le régime antidémocratique, se lancent les uns contre les autres en ennemis ou enfin restent avec méfiance éloignés les uns des autres.
Cela n’a sans doute jamais pris en Russie des formes aussi funestes qu’en Autriche, où les gouvernements, depu's l'ère de Metternich, gagnaiïent la clientèle de chacune des nations en lui faisant entrevoir des avantages aux dépens d’autres nationalités.
La pression de l’autoeratie était trop forte en Russie pour cela. Là-bas, chaque nation qui réclamait son indépendance, se trouvait en face du tsarisme comme également ennemie. Néanmoins, il ne manquait pas, dans ce pays non plus, de divergences nationales au sein de la démocratie.
Les socialistes et les démocrates, en Russie, ne se divisent pas seulement en écoles diverses, mais presque chaque tendance se divise encore en divers partis nationaux. Si l'on veut chercher à faire un bloc, ou enfin une entente des démocrates ou au moins des démocrates socialistes, il faut rassembler dans le cadre commun non seulement les différentes « tendances », mais encore les socialistes et démocrates des différentes « nations ».
Or, il est évident qu’une des nations de la Russie sovietique ne peut guère à elle seule conquérir sa liberté ou du moins y prétendre, à moins que dans des luttes terribles où toute la nation périrait. Il peut bien se faire que ce soit dans une des nations que commence um soulèvement contre. l'Etat soviétique. Mais il sera sans espoir si les autres nations ne se joignent pas à elle. C’est uniquement en haison avec les autres nationalités de l'empire que chacune des nations peut conquérir sa liberté. Ce sera d’autant plus facile que les socialistes et démocrates de chaque nation auront déjà, avant la lutte d'in-
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dépendance, entretenu des rapports permanents et amicaux avec ceux des autres nations, ce qui suppose un accord de principe de leurs programmes nationaux.
Que chaque nation doive acquérir le droit à disposer d'elle-même, cela est hors de doute et ne sera guère contesté par un démocrate, à plus forte raison par un socialiste. Mais quelle forme doit prendre cette libre disposition ? Voilà la grande question.
Pour y répondre, nos camarades de Russie — ou de l’émigration russe — feront bien de prendre conse:l des expériences qu'a faites l'Occident, c'est-à-dire, en l'occurrente, d'apprendre de lui comment il ne faut pas faire.
L'effondrement de l'Autriche et de la Russie tsariste, amené par la guerre mondiale, a conduit à voir, des parties de leurs domaines, naître toute une série d'Etats nationaux, parfois bien petits.
Le nombre, déjà grand sans cela, des Etats en ne à été de ce fait fortement augmenté. Or, cela coïncidait avec un stade du mode de production capitaliste où, d’une part, il exige pour se déployer librement de grands territoires économiques, mais où, d'autre part, les capitalistes avec leur séquelle de propriétaires terriens, etc., tendent à mettre à la place de la libre concurrence le monopole, à la place de la liberté du commerce le plus de fermeture possible au dehors du marché intérieur, afin de pouvoir mieux le monopoliser. Cette politique apporte aux individus capitalistes et propriétaires fonciers de gros profits momentanés, mais exerce sur l’ensemble de la vie économique des effets d'autant plus pernicieux que l'Etat où elle se pratique est plus petit.
Le fait que les suites de la grande guerre ont grandement favorisé cette politique de monopole par une énorme concentration du capital et en même temps augmenté tant le nombre des Etats en Europe est une des causes principales qui empêchèrent l'Europe de se remettre économiquement des ravages de la guerre, quoique techniquement elle les ait déjà réparés, et de sortir des crises.
Le monde entier s'en rend compte, le monde entier de-
mande qu'il soit mis fin à cet état de choses en remédiant au renouvellement politique de l'Europe en créant une espèce de Pan-Europe. Mais aussi longtemps que les capitalistes et leur suite gouvernent, la myopie de leurs intérêts momentanés et particuliers prédomine en sorte que des vues meilleures ne se réalisent pas. De même pour le problème du désarmement. Seuls les socialistes sont au-dessus de ces 1intérêts bornés et défendent en face d'eux l'intérêt universel. Ce n’est que s'ils arrivent à une puissance suffisante que la Pan-Europe pourrait être réalisée, et de même le désarmement, encore que ce ne soient pas là des idées spécifiquement socialistes.
On voit combien il est difficile de remédier à la division d'un Etat, une fois qu’elle s'est produite, quelque nécessaire que soit la ré-union.
Les divers partis nationaux des socialistes et démocrates sur le territoire de la Russie feront donc bien, la liberté reconquise, d'y regarder à trois et quatre fois avant de faire que cette liberté soit employée à une séparation d'Etats.
Ce qui a éloigné de la Russie, c’est l’autocratie, d’abord du tsar, puis des bolcheviks. Prenons, par exemple, les Géorgiens. Aux élections de 1917, ils envoyaient encore leurs députés à l’Assemblée nationale constituante. C'est seulement
| après sa dissolution qu'ils se sont détachés de l'Etat russe.
Mais alors même ils jugèrent encore avantageux d'être membres d'une collectivité plus vaste. Ils s'unirent à l’Azerbéidjan et à l'Arménie en République transcaucasienne. C'est seulement à la dislocation de celle-ci que la Géorgie fut fondée comme Etat complètement indépendant.
Le «droit des nations» à disposer d'elles-mêmes n'est nullement synonyme de leur « souveraineté >. |
Dans une monarchie, le régnant tend constamment à la souveraineté, à un maximum de pouvoir qui ne soit responsable devant personne. Il y tend non seulement vis à vis de ses sujets mais aussi de l'étranger. Sous la monarchie, il n’y a qu'une seule méthode pour rassembler plusieurs Etats en communauté : celle de la « conquête ».
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Seules, des Républiques peuvent se réunir volontairement pour obtenir une plus grande sécurité ou pour constituer un plus grand corps économique. C’est de ce genre de réunion qu'est née la Confédération helvétique, que sont nés les Etats-Unis de l’Amérique du Nord. |
Rien ne serait plus opportun, et même plus indispensable pour la renaissance économique des peuples de la Russie que de renoncer, une fois leur liberté recouvrée, à se séparer pour former des Etats souverains.
Ceux-ci en seraient, étant plus pauvres, plus mal en point encore que ne sont aujourd'hui les autres Etats de l'Europe, y compris les Etats successeurs de l'Autriche et ceux de la partie occidentale de l’ancienne Russie. Ils ont besoin d'une pleine liberté, d’une pleine et libre disposition d'eux-mêmes, mais tout autant d'une union volontaire entre eux.
Aujourd'hui, dans l'ère des plus intenses communicatons internationales et de la dépendance la plus étendue où la prospérité de chaque nation se trouve à l'égard des autres, la souveraineté n’est pas pour les nations une sauvegarde, elle est une menace. Dès à présent, la Société des Nations réclame de chaque Etat une certaine restriction de sa souveraimeté — pour le moment encore beaucoup trop peu. Des restrictions plus amples sont nécessaires pour des voisins immédiats, en contact mutuel plus étroit. | =
. Au fond, toute alliance, tout traité de commerce représente une certaine restriction à la souveraineté.
Les peuples de Russie, qui sont déjà rassemblés, pourraient réaliser plus facilement ce à quoi le reste de l'Europe aspire et cherche avec tant de peine à parvenir. Ces peuples d'Orient, une fois leur liberté conquise, seraient en situation de fournir ou un Etat panrusse ou les Etats-Unis de Russie — le mot de Russie s’entendant d’un territoire, et non d’une nation dirigeante. De nation dirigeante, il ne saurait naturellement être question dans une fédération fondée sur une réunion volontaire. H n'y a d'Etat dirigeant ni aux Etats- Unis, ni en Suisse. Ce n'est pas souveraineté, c'est égalité
! de droits entre natons qu'exige la moderne démocratie ; | Breitscheid vient de formuler cela très bien pour la pan- Europe.
Quels services doivent être considérés comme communs, lesquels comme particuliers, disons, si on veut, cantonaux ? Là-dessus, on peut, bien entendu, avoir des opinions diverses. C’est un sujet qui, dans la Confédération helvétique et dans les Etats-Unis. a donné depuis leurs commencements et donne encore matière à contestations, sans que cela porte atteinte au sentiment d'union.
Il y aurait déjà beaucoup de gagné, si les Etats libres sur le territoire de la Russie actuelle se groupaient en umion douanière, s’opposant ainsi à la folie des hauts droits de douane qui possède les Etats nains de l'Europe. Une union douanière suppose naturellement un Parlement douanier.
Une chose importante aussi serait une union monétaire, telle qu’elle existait même jusqu à la guerre mondiale entre Etats pleinement souverains : l’union latine conclue entre la France, la Belgique, l'Italie et la Suisse en 1863 — à l'époque de l'apogée du libre échange.
A la communauté de frontières douanières est liée celle qui touche au commerce et aux communications, par conséquent une communauté de politique étrangère qui, à son tour, conduit à une certaine communauté d'organisation militaire. Chaque Etat de la fédération doit savoir que les autres le protégeront s'il est attaqué et, nécessairement, une solution armée des litiges entre les membres de la fédération est exclue. | |
Toutes ces institutions ne suppriment pas la libre disposition des nations dans toutes les questions d'enseignement, d'impôts, d'administration intérieure, d'organisation judiciaire, ete. Mais naturellement, dans beaucoup de ces domaines, des dispositions communes sont avantageuses, Pal exemple un Code civil concordant.
… Une pleine démocratie étant donnée, il sera toujours veillé à ce que la communauté des services fédéraux ne soit jamais poussée au point que ses avantages cessent de se faire
sentir parce que le poids en serait excessif. Ce n'est que sur les avantages d'une entr'aide réciproque, et non sur un assujettissement par force, que la fédération doit être édifiée : eux seuls peuvent la maintenir.
Ainsi donc, à la formation d'une fédération pareille, aucun des peuples vivant sur le sol de la Russie actuelle ne devrait être contraint d'y accéder. Qu'elle soit une fois fondés et fonctionne en bonne démocratie, et ceux qui nourrissent encore des scrupules viendront aisément s’y afflier, car pour chacun les avantages de l'union sont aussi grands que le sont les dangers de l'isolement. On pourrait même s’attendre à y voir arriver des Etats qui existent maintenant depuis dix ans comme Etats souverains, tels que les Etats baltiques. Quelles perspectives meilleures aurait, par exemple, Riga, si la Lettonie n’était pas séparée de la Russie par une frontière de douanes !
S'entendre sur ces problèmes de façon à permettre une collaboration étroite sans défiance est un des plus importants devoirs pour tous ceux qui ont à cœur la démocratie en Russie. L'Internationale ouvrière socialiste peut jouer là un rôle considérable, notamment pour faire coopérer lies partis socialistes des diverses nations de la Russie
Nous l'avons déjà dit, il est trop malaisé de voir clair à travers les conditions actuelles de ce pays pour que nous puissions dire avec précision comment se résoudra la plus récente crise du bolchevisme. Mais une chose est certaine : plus il y aura d'entente et de cordiaiité dans la coopération des partis de la démocratie et du socialisme en Russie, plus tôt ils s’uniront sur un programme d'action commune, et meilleures seront les perspectives de la démocratie et du socialisme, non seulement dans l'empire russe, mais dans le monde.
Quoique cet empire soit le plus en retard des grandes puissances de l'Europe, ses conditions intérieures ont déjà souvent pris un tour où elles donnèrent une impulsion nou
velle à une évolution stagnante en Europe et l'ont poussée en avant.
La Révolution de 1905 imprima aux luites pour le suf-
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frage universel en Europe occidentale un élan vigoureux et, dans plus d'un Etat, par exemple en Autriche, une force vietorieuse. De la Révolution de 1917 sortirent de fortes impulsions qui apportaient au prolétariat d: l'Europe occidentale un puissant encouragement, l'animaient et devaient le rendre capable de grands résultats, s1 les bolcheviks n'avaient justement considéré cette situation comme la plus propre à y scinder partout le prolétariat et à l’exciter à s'entredéchirer, quand il s agissait de s'emparer du gouvernail de l'Etat.
Aujourd'hui encore, nous pouvons de nouveau nous attendre à de grandes choses pour l’Europe entière, s’il arrive un soulèvement démocratique en Russie et s'il y est vainqueur : crise surmontée, partis socialistes croissant en puissance, désarmement, Pan-Europe. Tout cela se prépare d'ores et déjà sur le continent européen, mais se heurte à de grands obstacles chez les hommes au pouvoir en Russie et hors de la Russie. Une révolution démocratique là-bas mettrait toute l'Europe en mouvement pour aller plus avant et plus haut.
Mais une Révolution démocratique en Russie arrivera-t-
/ elle ? Je n'ai pu la considérer que comme une éventualité à / côté d'autres possibles. Il est seulement certain que la dé-
tresse en Russie s'aggrave et doit s’aggraver terriblement. On ne peut pas encore voir clairement s’il en sortira un marasme complet du corps de la nation ou de vifs mouvements profonds, susceptibles de transformer la Russie de fond en com
ble. Mais beaucoup d'indices inclinent à la dernière hypothèse.
La gravité de l'heure se manifeste nettement dans les accents pressants que fait entendre le manifeste de FI. O. S. de mai dernier. Il s’adresse aux ouvriers de Russie ; mais il n’est pas pour eux seuls. Plus que jamais, la cause de la Russie est la cause des socialistes du monde entier, non seulement en ce sens qu'il y a solidarité politique entre le prolétariat russe et celui de tous les pays, mais encore en ce sens que, de la tournure que prendront les choses en Russie dépend au- Jourd'hui dans une mesure exceptionnellement forte le cours que suivra dorénavant l’évolution du reste du monde, son
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bonheur et son malheur. C'est pourquoi il est de notre devoir à tous de nous rendre compte de la situation en Russie et de réfléchir aux tâches qui en résultent pour nous.
Plus d'un parmi nous préférerait peut-être ne pas parler de Russie, mais de Révolution russe. Mais ce terme a été, depuis le coup d'Etat des bolcheviks, appliqué à des faits si divers et si contradictoires, il en est devenu si imprécis, Si équivoque, ou, si l'on aime mieux, si ambigu, que l’on fait bien, dès qu’on parle de la révolution russe qu'on voudrait susciter ou reviviñier, de faire connaître avec exactitude à laquelle on pense.
La Révolution russe que mous avons el devons avoir tous à cœur ne peut être une autre que la Révolution démo-
cratique.
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