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Replié sous son toit, comme la tourterelle, Quand l'ouragan du nord a fatigué son aile, Le héros, accablé, crut retrouver enfin, Ses rêves, dispersés aux ronces du chemin.
Illusion de plus ! Doux chevet que balance L'aile des chérubins, aux jours de l'innocence. Peut-on vous retrouver, quand on vous a perdu ? Bientôt, le souvenir de ce qu'il avait vu, Accablant, sans pitié, ses forces épuisées, Son cœur fut soulevé par d'étranges nausées, Qui semblaient menacer, par leurs fréquents retours. D'arrêter brusquement le compte de ses jours.
Comme vous le pensez, les discrètes natures
Trouvaient, à ce propos, matière à conjectures. L'un disait hautement, que cette affection Etait le choléra; Vautre, une obstruction, Dont l'essor dangereux et la marche perfide, Pourraient bien amener la fièvre typhoïde.
De cet avis était un fameux praticien.
Qui, de moitié, droguait avec son pharmacien.
Mais, depuis le docteur, jusqu'au chantre d'église Tous les oisifs, frottés d'esprit ou de bêtise, Broutant le coq-à-l'âne et gonflant des ballons, Pour l'ébaudissement des badauds de salons ,
Ne pouvaient rien comprendre à cette maladie.
Qui venait d'un dégoût des choses de la vie.
Car, telle était au fond, l'incurable douleur,
Qui minait sourdement cet angélique cœur,
Venu du ciel, ainsi qu'une douce rosée.
Appelée à guérir quelque fleur épuisée ;
Né pour l'amour des champs, les roses du matin, Et qui n'avait trouvé, dans le gâchis humain, Qu'un spectacle hideux, qu'une tourbe féroce Déroulait, en mêlant le burlesque à l'atroce !
Aussi le mal fit-il de rapides progrès, Et parut, chaque jour, l'envahir de plus près. Ses beaux yeux, dont l'azur adoucissait la flamme, Voilèrent leur éclat sous le deuil de son âme ;
206 LE BON CÉLTME
Son front révélateur, comme Ti voire unî, D*où son esprit rêveur planait dans l'infini, Fut sillonné bientôt par de précoces rides,
Et ternit sa blancheur sous des taches livides ;
Ses membres gracieux, qu'un sylphe eût enviés, Appauvris par le mal, et vers le corps plies.
Ainsi que des rameaux vers le tronc qui les lie,
Révélaient au regard l'abandon de la vie.
Aussi, ne pouvant plus promener le matin.
Solitaire et pensif, au fond de son jardin,
Célime s'asseyait du côté de la grille.
Sur un tapis de fleurs, au pied d'une charmille, Et, docile au conseils de son cœur généreux, Le héros prodiguait son bien aux malheureux, Qui venaient faire appel à sa bonté connue.
Mais, jusqu'à ce bonheur, où son âme ingénue Se repliait encor, comme dans un réduit, L'inexorable mal le retira de lui.
Bientôt, ne pouvant plus remuer un seul membre. Notre pauvre malade, enfermé dans sa chambre, Attendit, résigné, le moment solennel.
Où l'âme, triomphant de son lien charnel.
Dans le monde étoile peut déployer ses ailes, Et s'abreuver, enfin, aux sources éternelles. Ce moment de douleur et d'effroi, pour celui Dont aucune lueur n'a dissipé la nuit, Fut reçu par Célime avec reconnaissance, Ainsi qu'un prisonnier reçoit sa délivrance.
Ayant distribué, dans un dernier effort,
Ses biens aux malheureux, que désolait sa mort, H prit le crucifix, au pied duquel sa mère Avait, en succombant, exhalé sa prière.
Et tandis qu'un ami pieux le bénissait, Et qu'autour de son lit la foule gémissait,
« Christ! murmura- t-il, ô victime offensée!
« Je meurs de ne pas voir ton œuvre commencée,
<ic Et d'ignorer comment t'aider à l'accomplir ; « Oui, c'est là, Dieu d'amour, ce qui me fait mourir. » Et posant sur son cœur l'image vénérée.
Son âme prit son vol vers la voûte azurée.
En manière d'épilogue et de morale, où le philosophe apparaît deri ière le poète et dit son petit mot.
C'est ainsi que Célime expira sous nos yeux.
Sur cette triste terre, ange exilé des cieux, Il fut épouvanté de notre barbarie,
Et voulut retourner vers la grande patrie, Que, d'un rayon divin, pour consoler nos maux,
Uespérance illumine au delà des tombeaux.
Sa mort n'est pas la seule à citer dans Thistoire, Qui conserve des cœurs la touchante mémoire ^
Et beaucoup de martyrs se sont éteints ainsi,
Dans leur isolement et leur sombre souci.
Nous tous, pauvres enfants, à l'humeur indécise, Marchons péniblement vers la terre promise.
Que la fille de Dieu, la science, en nos jours, A l'horizon lointain nous montre dans son cours, tes chemins seraient bons et de parcours faciles. S'ils n'étaient obstrués de sentiments hostiles ; Mais, pour notre malheur, de tristes désaccords Epuisent notre vie en stériles efforts.
Les uns, les plus nombreux, cachant mal leur cynisme, Ne songent qu'à jouir, dans un vil égoïsme ; Les autres, les meilleurs, après avoir compris Le monde, tel qu'il est, de tant d'horreurs surpris,
Ne pouvant entrevoir d'issue à ses misères.
Meurent, en murmurant de plaintives prières ; D'autres, surexcités par l'indignation, Ne rêvent que secousse et révolution. Espérant obtenir, à l'aide d'une crise.
De parvenir plus tôt à la terre promise ; Quelques autres enfin, faible minorité.
Assez heureux, pour voir la part de vérité Qui jaillit du cahos, où roulent les systèmes. Se gardent, avec soin, du péril des extrêmes. Et sachant, que pour Dieu, qui vit d'éternité, Ce qui nous semble long est à peine compté.
Attendent résignés, se contentant de faire Le bien , en rayonnant l'amour et la lumière. Bon parmi les meilleurs, notre héros est mort Sur un calvaire obscur, privé de son thabor, Ainsi qu'un Christ humain, manquant de douze apôtres; Pour semer sa parole et son cœur chez les autres. Il est mort avant l'heure, inutile martyr.
Pour n'avoir pas compris les lois de l'avenir. Que son destin cruel de sa leçon t'éclaire, Lecteur, si ton esprit, effrayé du mystère Que ce monde confus déroule devant lui.
Menace de sombrer dans l'étemelle nuit, Regarde à l'horizon, sur les sommets que dore,
De l'avenir humain, Tétincelante aurore, Cours au chemin nouveau que ce jour consolant, Eclairera soudain, sous ton pied chancelant; Laisse aux morts leur passé, respecte leurs poussières^
Mais ne Fagite pas, car Tair des cimetières
Est funeste aux vivants. Elève ton esprit Vers ces hardis sommets, d'où ce monde petit Apparaît ce qu'il est dans le système immense. Qu'illumine, à nos yeux, l'astre de la science. Tu comprendras alors le sens des lois de Dieu,
Où la sagesse éclate, et ce triste milieu Confus, horrible à voir, où tout àouffre et s'agite. Et qui semble rouler, sans suivre aucun orbite.
Devant toi paraîtra ce qu'il est en effet, Un monde qui commence, un grand enfant qui naît, Et qui ne sait encor que vagir dans les larmes. Cette conviction calmera tes alarmes ;
Tu comprendras alors quel sublime avenir Cet enfant aux maillots doit un jour accomplir,
Et le calme du sage envahissant ton âme,
Ton esprit, éclairé par la divine flamme, • Entendra dans les cieux ce mot consolateur :
« Puisque je t'ai créé, je te dois le bonheur,
« Travaille, dégagé de tout penser funeste, « Travaille, aime ton frère, et je ferai le reste. »^