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Le bon combat

Obligé, par les fonctions de Secrétaire Général du Comité catholique de propagande française à V étranger, d'écrire chaque semaine deux articles en faveur de notre cause, je réunis ici un choix de ces notes fugitives. Ces pages sont conservées, sans modification et dans V ordre même de leurs dates y comme des témoignages du combat livré à la propagande allemande dont elles eurent mission de neutraliser l'influence. Il m'est permis de les rdire et de les signer sans remords, avec la conscience d'avoir toujours dit la vérité et loyalement servi mon pays, f'ai le regret de les déposer sur la tombe trop tôt ouverte d*îin chef dt guerre mort au champ d'honneur, une de ces âmes vaillantes dont la droiture et le courage militaire et civique ont sauvé la France et consacré leur, vie au bien de tous. Le cofnmandant Marcel Demongeot qui, après sa maladie inguérissable ne pouvait retourner au front, s'était donné tout entier à la belle œuvre d' expansion française qui a nom L'information Universelle, dirigée par M. Victor Margueritte, vient de succomber en pleine force de Vâge,

après avoir travaillé, malgré des soufrances supportées avec une énergie admirable, à la tâche de bon Français qu'il s'était assignée. Servir sa patrie jusqu'au bout a été sa seule ambition. Il est mort sur la brèche. Ceux qui Vont connu et qui, par suite, le pleurent ont le devoir de ne pas laisser oublier cet homme intégre et modeste qui a vécu toute sa vie son livre si prenant : Citoyen et Soldat (i), nommé à juste titre le bréviaire de la nation armée (2).

(i) Paris, Flammarion (1902). Voir plus bas, pp. 57-

ee, § VIII.

(2) M. Victor Margueritte, dans V Information universelle du 14 mai 1917. Il faudrait citer ici en entier l'adieu que le directeur de cette utile revue économique a adressé à son dé' voué collaborateur frappé brusquement au moment où il préparait le lancement de 1' a Annuaire » ou Catalogue du commerce, de l'industrie et de l'exportation si vaillamment imiiulé France ('m-i° àQ 265 p.) auquel il s'était appliqué avec une ardeur intense qui hâta sa fin. Après avoir rappelé la belle carrière de son ami, qui « servit pendant quinze ans aux Alpins » et eut l'honneur d'être, à l'Ecole normale, avec son aJter ecro le colonel Eychene, instructeur de tant de héros, M. Victor Margueritte ajoutait : « Jeune chef de bataillon en 1914 et déjà souffrant de la cruelle maladie qui devait l'emiporter, il avait tenu, quoique en congé, à ne pas se séparer de ses hommes. Les pénibles marches et les tragiques combats du début de la campagne eurent raison de ses forces. La citation suivante (couronne sur une tombe) consacre ce simple sacrifice : « En congé pour maladie grave, est venu volontairement prendre le commandement de son bataillon, a donné à la tête de son unité un bel

Combien je vaudrais n avoir point à dédier <!^ à sa mémoire » ce recueil ! Je me faisais une fête de le préparer pour son retour que je m'obstinais à espérer prochain. Tout est fini maintenant, me dirait-il. Non y je persévère à penser que les richesses de cette âme d^ élite qu il suffisait d'entrevoir pour Vai^ner, ne sont pas ainsi périssables. Ces morts-là, dont la France vit, ne peuvent disparaître pour toujours. Les hécatombes de ces « entraîneurs d'âmes » auraient été trop atroces si rien nen devait rester ce que la trace de leurs vertus j>. Il leur est dti meilleure récompense. Mais C'est nous qui, privés de leur présence et delà joie de les revoir ici-bas, souffrons le plus vivement de les perdre. Notre austère devoir en même temps que notre consolation est de continuer leur œuvre dans la mesure de nos forces, sûrs par là de répondre à leur vœu le plus cher et d'obéir au conseil que leur vie a traduit jusquau dernier battement. Travaillons y comme eux et toujours avec eux. Il ne faut pas quHls cessent d'être près de nous.

exemple de courage et d'énergie jusqu'au moment où le mal l'a définitivement terrassé )).

e. Il subissait en 1915 la gastro-entérostomie, et devait dès lors renoncer à la carrière qu'il aimait et qu'il cûl illustrée. Il nous donna depuis toutes les ressources de son esprit d'organisation et de méthode. »

Enfin, rappelant « l'admirable livre publié il y a quinze ans '), M. Victor Margueritte rend hommage à ce collaborateur qui « laisse le souvenir de la plus haute intelligence et du plus noble cœur ».

Cest sous la garde de ce « disparu » très cher que je place les essais écrits de son vivant et ceux également que chaque semaine y ajoute, tant que dure l âpre nécessité de mener le bon combat. Cette nécessité ne finira point avec la guerre. Le commandant Démongeot r avait compris, puisque le labeur de ses derniers mois, interrompu, croyait-il, par dix jours de repos nécessaire, s appliquait ardemment au travail d'après guerrt et aux problèmes économiques. Cest une fierté pour moi et une force d'être entré dans sa pensée et d'avoir vibré des mêmes espérances. Aussi ai- je le droit d'écrire cet avertissement à l'heure où je viens d'apprendre sa mort. Que le nom de ce soldat sans reproche, de cet hommz intègre et si profondément bon, préside à la lecture de ces feuilles éphémères, inspirées par les mêmes sentiments qui ont guidé jusqu'à son terme la féconde et trop courte carrière du commandant Marcel Demongeot, et qu'il entende, de trop loin, hélas ! cet hommage d^une amitié très douloureusement affectée, mais non brisa par sa disparition !

Sèvres, le vendredi ii mai 19 17.

UAIlemagne aime les anniversaires. Nous aimerons à nous rappeler qu'il y a vingt ans et quatorze siècles, en la nuit de Noël, dans la basilique de Reims aujourd'hui dévastée, mais debout comme un témoin rigide, fut célébré le baptême de la France chrétienne.

Quand saint Rémi fit chrétien et sacra roi des Francs le vainqueur des Germains battus à Tolbiac par l'invocation « au Dieu de Clotilde ^, une ère nouvelle commençait. La barbarie reculait et le barbare, vainqueur des barbares, le fier Sicambre qui s'incHnait devant ce qu'il avait méprisé devait, lui et ses descendants encore farouches, subir l'ascendant de l'Evangile.

Notre poète, celui des désenchantements, des chants désespérés, mais aussi des sursauts fiers et rapides, le Musset de la réponse au Rhin allemand a écrit ce vers tant cité que chaque nuit de Noël évoque et invite à commenter :

« Une immense espérance a traversé la terre ».

Appliqué à son objets ce vers reste faible ; car l'espérance est le terme des désirs universels des peuples, le Messie attendu pendant une si longue suite de siècles fait plus que partager le monde en deux zones et instituer une ère nouvelle ; il n'a pas seulement traversé la terre : il y a demeuré, il y vit, et c'est la civilisation apportée et prêchée par lui que défendent aujourd'hui, contre la nouvelle invasion des Barbares organisés, les Alliés levés pour la défense du Droit.

La revanche de Reims, comme celle de Verdun, de la Somme et de l'Yser a marqué les réactions salutaires qui ont fermé à l'Allemagne cette route de Paris demeurée son espoir et son rêve, et le troisième Noël de la grande guerre est vraiment l'aurore de la paix par la victoire. A des dates séculaires, leur cri de ralliement, qu'il s'agisse des adversaires de Clovis, des hordes d'Attila, des reîtres d'Othon fut, sans varier : Nach Paris.

On lisait sous la rubrique Nouvdles dans le numéro du mardi i8 août 1870 de Paris-Journal :

Non ce n'est pas une facétie, ni une jactance. Ils croient sérieusement à Berlin qu'ils n'ont qu'à pénétrer en France pour entrer à Paris.

On nous affirme qu'un négociant de Paris ayant envoyé à Berlin une facture à acquitter, a reçu ces jours-ci, en réponse de son correspondant, ces simples mots ;

«Les Prussiens seront à Paris du 15 au 25 août. J'arrive avec eux et vous payerai sur place».

Nous savons les Prussiens pleins de morgue. Nous ne les croyions pas impudents à ce point...

Plusieurs commerçants de Paris de nos amis, qui n'ont aucune relation avec Berlin, ont reçu hier des lettres de cette ville, sans signatures, non affranchies, et dont l'écriture est d'une autre main que celle qui se trouve sur l'adresse.

Ces lettres, toutes d'un même contenu, disent que la Prusse n'en veut ni 3 la France, ni au commerce français, dont elle respectera les transactions, mais seulement au gouvernement impérial.

Il est à observer qu'en même temps les journaux officieux berlinois de M. de Bismarck déclarent que !a nation allemande a pris les armes pour mettre fin à l'ascendant fastidieux et prétentieux < des Français et qu'elle ne les déposera que le jour où la France affaiblie, humiliée ne sera plus en état de nuire à l^Europe (lisez à la Prusse) ».

Ces souvenirs de 1870, nous les 'avons vus se renouveler avant la bataille de la Marne, et il ne nous déplaît pas de nous rappeler les fanfaronnades qui promettaient au monde la Grande Revue de Longchamp passée par Guillaume II.

Si les temps sont changés, ce n'est pas une raison pour l'Europe préservée de se laisser prendre aux suggestions de paix prématurée qui se répètent. Elles pourront faire bloc, sans que ceux

dont les yeux ont vu de près la Kultur^, ceux dont le sang a coulé sur le rempart du Droit, se laissent duper. Car

ce bloc enfariné ne leur dit rien qui vaille.

Et les conseils viennent tard sans doute, après tant de notes platoniques où Ton refusait poliment de dirimer les questions d'humanité ei de droit international. Les Alliés maintenant pourront légitimement répondre le mot cité dans 'Evangile : Quis te constituit judicem f

De quel droit jugeriez-vous aujourd'hui, vous qui refusiez jadis à prononcer sur la Belgique violée ou Reims en flammes ?

La vérité, la réalité contre quoi ne prévaudra nulle erreur, même involontaire, c'est que Tagresseur ne peut être mis sur le rang des victimes, c'est que l'Allemagne dont la faillite morale est consacrée par de flagrantes violations de sa signature ne peut, ne doit plus être admise à ester en justice^ comme si sa signature ou sa parole pouvait compter encore.

Et la sanction, la leçon des ruines de Reims et de Louvain, la réponse à l'esclavage organisé des peuples envahis, c'est que la paix doit être dictée et non débattue devant arbitres.

La paix, selon l'antique et profonde définition de saint Augustin, c'est la tranquillité de Tordre.

C'est donc à rétablir tout d'abord cet ordre qui s'emploiera, que s'organise de plus en plus la police des Alliés. La désarmer par un armistice pour entrer en conversation avec les malfaiteurs est un acte de folie que l'Europe civilisée paierait trop cher.

On chante à chaque anniversaire de Noël, avec l'annonce de la paix aux hommes droits et honnêtes, le baiser de la justice et de la paix : Justitia et pax osculatœ sunt.

La justice a maintenant son mot à dire : qu'on laisse passer les justiciers, qui vengent les opprimés et les victimes de la Kultur et qu'on ne permette pas aux assassins de reprendre souffle pour un coup plus heureux. Les héritiers du baptisé de Reims de Noël 496 sont résolus à poursuivre jusqu'au but : Réparation tt garanties.

25 décembre 1916.

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