UNE ŒUVRE D^EXPANSIOX ÉCONOMIQUE
Ne laissons pas finir 191 6 sans rappeler que ses derniers jours évoquent les débuts, vieux d'une année déjà, d'une excellente initiative qui intéressera, parmi les nations frontières de notre pays, notre ancienne et fidèle alliée, la Suisse.
Le 15 décembre 191 5, M. Victor Margueritte avait lancé le premier numéro de Y Information universelle destinée à « nouer des relations plus étroites, une réciprocité d'intérêt entre le commerce français et le commerce sud-américain. Ge mot de commerce étant pris dans son acception la plus vaste et la plus élevée, en même temps que dans les détails les plus pratiques ».
Que ce programme ait été tenu, il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir les numéros si pleins de iaits, d'idées fécondes et de généreuses suggestions qui forment le premier volume de cette publication hebdomadaire. Patriotique au premier chef et l'un des instruments efficaces de la
lutte économique ouverte par le rêve de la Mittel Europa qui survivra sans doute à la guerre dans les Empires centraux, cette œuvre, trop peu connue, intéresse et doit intéresser à la fois les commerçants, les financiers, les savants et cela, non seulement en France, mais dans le monde entier des Alliés ligués pour la civilisation et la liberté des peuples.
Or il faut Tavouer en .effet, malgré des relations devenues plus fréquentes avec les grandes républiques de l'autre continent, nous étions, en France surtout, trop loin de ces terres privilégiées qui se souviennent tant de nous, mais eussent fini par nous oublier, la perfidie allemande y aidant de toutes ses forces. Sans doute, les voyages de plus d'un de nos hommes d'Etat, — tels celui de M. Georges Clemenceau en Argentine, Uruguay et Brésil dont les notes publiées en 19 lï par la librairie Hachette avaient paru d'abord dans Vîllustration, et les tournées d'études et de conférences de M. Victor Margueritte dans le nouveau monde latin, bien avant l'ouverture du conflit, — avaient ouvert la voie. Nous n'en étions plus à découvrir ces Républiques, où tant de souvenirs se rattachent à nos sympathies anciennes. Nous avions fait quelques progrès sur l'époque de Charles X et de Louis-Philippe, où la France, sans se désintéresser des événements d'Outre-Océan
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les suivait à une distance vraiment excessive.
Veut-on quelques exemples, il en est de typiques et assez, réjouissants pour ne pas dire d'une ironie plutôt triste, de ceux qui nous ont fait définir, nous autres Français, comme faisant profession d'ignorer la géographie.
On lisait au Moniteur Universel, du 6 janvier 1830, les décrets pour le cabotage publiés à Quito le 15 mai 182»^ par c< Simon Bolivar, libérateur, président, etc. » La notification n'était pas prématurée et nos armateurs ou négociants français pouvaient déjà, sans doute, avoir appris à leurs dépens les dispositions promulguées là-bas six mois auparavant.
Mais il y a mieux encore : le numéro du II avril 1836 de ce même journal officiellement chargé de renseigner les Français, publie, intégralement du reste, les onze articles d'un décret du président de la Bolivie précédés de cette phrase :
« Le général André Santa-Cruz, président de la république de Bolivie, désirant encourager la formation des établissements industriels dans ce pays, a rendu le 27 janvier 1835 ^" décret, etc. »
Du 27 janvier au 11 avril de l'année suivante, il s'était écoulé un nombre respectable de mois et notre Moniteur avait du moins la candeur de ne pas dissimuler son peu d'empressement.
Ce sont là, heureusement, méthodes et faits
d'histoire ancienne, et si, avant la o^uerre, il nous restait encore à progresser, nous ne sommes plu^ à ces lenteurs. Aussi bien, même en dehors de Y Information universelle et de ses bulletins quotidiens, nos amis de l'Amérique latine savent ce qui se passe chez nous, comme nous connaissons en détail la vie intense de ces régions si riches et si actives sur lesquelles TAllemagne avait tenté de mettre l'embargo.
Personne ne doute là-bas, comme le disait hier encore M. Mélot, député de la province de Namur, récemment revenu d'un voyage en Amérique du Sud,Me la victoire finale et prochaine des Alliés et personne n'ignore la vérité sur la conduite des Allemands sans se laisser prendre aux mensonges hypocrites de leur propagande.
Mais la lutte économique n'en sera pas moins vive. Les Allemands demeurés dans leurs maisons de commerce ont continué leurs transactions, en se ravitaillant aux Etats-Unis et il faudra les concurrencer sur les marchés, il faudra utiliser les sympathies acquises, et pour cela redoubler d'efforts, pour achever notre victoire.
Il nous importe donc démultiplier nos relations en Amérique, et suivant la devise de i Information universelle : « se faire mieux connaître pour se iaire mieux apprécier », de visiter souvent nos amis de là-bas, de nous tenir en contact avec eux.
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La Fédération des Amitiés franco-étrangères vient de souligner cette importance. Son Comité France- Amérique Latine dont le programme figurait dans V Information universelle du 6 décembre, nous présente un Comité de direction auquel on peut faire confiance. Qu'on nous permette de saluer parmi les « membres intellectuels » présidés par M. Edmond Rostand, de l'Académie Française, « les noms des quatre vice-présidents : Mgr Baudrillart, MM. Henri Lorin, Victor Mnrgueritte et Edmond Perrier ».
Ce choix, sanctionné dans l'assemblée du 19 décembre, était une des meilleures manières de fêter l'anniversaire du premier numéro de cette revue.
Chaque semaine, elle continue de nous rapprocher de l'Amérique latine, ou pour mieux dire, de nos amis du monde entier.
Le groupe des Amitiés franco-suisses compte assez d'adhérents pour qu'il leur soit demandé de lire et de propager cet organe d'expansion économique.
Tout bon Français, tout ami de notre pays, s'intéressera sans aucun doute à cet échange de communications entre notre république et celles de l'Amérique méridionale. Il y a plus que jamais urgence.
M. Victor Margueritte écrivait il y a un an :
« Si longue que doive être encore la guerre, les minutes nous sont comptées et d'autant plus comptées que nos sacrifices irréparables de vies humaines sont plus lourds ».
Ces lourds sacrifices ne se. sont pas allégés au cours de l'année qui s'achève. La nécessité presse donc plus encore de ne pas laisser inutile tant de sang répandu. Y manquer serait trahir le dernier vœu des morts et l'espoir des survivants. Le mot d'ordre légué par le vieil Empereur romain : Laboremus, au travail, demeure celui des peuples. C'est aussi celui de Jeanne d'Arc et de la France. Vive Labeur !
29 décembre 19 16.