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Le bon Dieu chez les enfants

JEANNE habitait au bord de la mer bleue un château blanc. Son papa et sa maman avaient beaucoup d'argent. Ils achetaient à Jeanne de beaux habits et des joujoux et des bonbons, sans même qu'elle les leur demandât, car elle aurait voulu être pauvre. Elle aurait voulu être pauvre comme la petite fille qui passait devant le château, à midi, et qui avait des bas tout tordus, une robe mal faite et un berret avec des lettres d'or.

Jeanne avait demandé à cette petite pauvre, par-dessus le mur avec des roses :

— Comment est ta maison?

— Il n'y a que deux chambres.

lO LE BON DIEU CHEZ LES ENFANTS

— Qu'est-ce que tu as, dans cette boîte?

— La soupe de papa.

— Où est-ce qu'il la mange?

— Dehors, nous sommes pauvres.

Et Jeanne aurait voulu avoir aussi un papa qui mangeât dehors. Elle lui aurait apporté une boîte pleine de soupe. Elle l'aurait embrassé en lui disant : nous sommes pauvres. Et, en pensant à être pauvre, Jeanne avait envie de pleurer parce qu'elle ne l'était pas. Elle voyait, ce jour-là, son papa et sa maman revenir pour déjeuner. Ils étaient sur des chevaux luisants. Son papa avait son habit rouge de quand on chasse. Sa maman avait des bottes, et ses cheveux noués, et montait un cheval qui la faisait sauter : taquata, taquata, taquata, ta, ta. Le nègre Tunis les attendait sur le perron. On voyait Mademoiselle qui les regardait de la fenêtre de sa chambre. Le perroquet parlait. La cloche sonnait. Deux femmes de chambre arrivaient. La cuisine sentait bon, l'arbre doré aussi contre le perron.

Le papa et la maman de Jeanne partirent pour un long voyage, la laissant avec Mademoiselle, au château. Un jour Jeanne alla avec Mademoiselle dans une école de petites filles, chez des religieuses que connaissait Mademoiselle. Ces petites filles étaient mises pauvrement, presque autant que celle qui portait la soupe à son papa. Jeanne, au contraire, avait une robe de mousseline, les bras et les jambes nus comme du lait, et un chapeau léger comme le vent. Mais elle aurait voulu avoir un tablier noir et des bas marrons comme en avaient les élèves qui étaient là.

Les religieuses montrèrent le dortoir à Jeanne qui, dans son château, couchait dans un lit où il y avait des étoiles brodées. Les lits des élèves

Jeanne avait demandé à cette petite pauvre.

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