PREMIERE BEATITUDE
n'étaient pas beaux : ils étaient en fer, et elle vit une petite pensionnaire qui s'était levée tard parce qu'elle était un peu malade, et qui faisait son lit toute seule parce qu'il n'y avait pas de femme de chambre.
Jeanne et Mademoiselle revinrent au château après s'être arrêtées un moment à l'égHse où, en priant, Jeanne savait que le Bon Dieu, la Sainte Vierge et Saint Joseph sont pauvres.
Jeanne devint de plus en plus triste parce qu'elle n'était pas pauvre, et elle le disait au Bon Dieu.
Le jour qu'elle eut neuf ans, son papa et sa maman revinrent de leur long voyage. Ils embrassèrent leur chérie à laquelle ils rapportaient des joujoux.
Mais Jeanne se mit à genoux devant ses parents qui ne comprenaient pas et elle disait :
— Je vous aime, oh!... je vous aime... mais je voudrais... Et elle pleurait. Et la maman, ou le papa, disait :
— Parle, mon trésor, parle et tu auras ce que tu voudras.
Et Jeanne baissait la tête davantage et elle sentait dans ses cheveux comme le vent frais du Bon Dieu. Enfin, elle dit :
— Je voudrais être pauvrement habillée et faire mon lit toute seule. Et, tandis qvi'elle disait cela, le grand Crucifix, au-dessus du lit de
sa maman, la regardait.
Aujourd'hui, — il y a douze ans depuis lors, — Jeanne n'habite plus le château. Elle vit pieds nus, une corde pour ceinture, en face du Christ qui la regarde toujours. Elle mange un peu de pain amer. Elle couche tout habillée sur une planche. Elle est devenue pauvre et elle est bien heureuse.
Ursule allait en classe.