‹ Le bon Dieu chez les enfantsChapitre 11 sur 19 · SEPTIÈME BÉATITUDE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME BÉATITUDE

Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu !

S. Matthieu, v, 9.

PIERRE avait douze ans, et il avait le cœur gros de chagrin parce qu'on se disputait à la maison. Son père et sa mère se disputaient entre eux, et sa grand'mère pleurait souvent à genoux dans sa chambre, et il y avait une tante qui disait des choses terribles au grand-père, et, quand elle les disait, elle était tellement en colère qu'elle tremblait.

Si Pierre, qui était doux et bon, laissait couler des larmes en silence à cause de la peine qu'il avait de voir et d'entendre des personnes qu'il aimait devenir ainsi mauvaises les unes pour les autres, — un jour, il ne l'oubliera jamais, sa tante avait refusé au grand-père de lui donner un bol de lait, — si Pierre laissait couler des larmes qui rendaient son pain amer, on le grondait et on le giflait.

Il lui tardait que le déjeuner fût fini pour reprendre son sac déco-

lier et s'en aller de cette maison, la poitrine et la gorge serrées. Il s'asseyait en classe parmi des camarades qui avaient l'air heureux. Le professeur lui disait :

— Votre leçon, monsieur Pierre?

Et il la récitait toujours très bien, parce qu'il était sage pour apprendre, et parce que l'on a le temps d'apprendre quand on est trop malheureux, on a le temps puisqu'on n'a pas le courage de s'amuser. Le professeur lui disait :

— Vous savez très bien votre leçon, mais je vous donne un point de moins parce que vous avez le nez rouge et que l'on dirait que vous ne vous mouchez jamais. Les autres élèves riaient de cette phrase, ils ne savaient pas, ni le professeur non plus, que Pierre avait le nez rouge et gonflé parce qu'il avait pleuré dans son mouchoir tout le long de la route. Mais Pierre n'en voulait ni à son professeur ni à ses camarades, et il était un peu consolé, même avec un point de moins, parce qu'il avait su sa leçon.

Un soir, c'était avant souper, Pierre repassait une leçon, il avait à apprendre de la géographie, de l'histoire de France et de la grammaire. Cette dernière leçon était difficile, sur l'emploi du subjonctif. Il était dans le salon, à côté de son grand-père qui souffrait des jambes. La lampe éclairait le livre, on était en hiver. Tous deux étaient seuls. On n'entendait rien que le bruit de la pendule.

Il y avait dans un coin de ce salon un vase bleu et doré avec des fleurs peintes dessus, et qui était soutenu par un long pied de bois. Ce vase avait de petites chaînes de cuivre qui pendaient comme si elles avaient été d'une montre. La tante de Pierre qui était si méchante répétait souvent :

Tous deux étaient seuls..

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