‹ Le bon Dieu chez les enfantsChapitre 12 sur 19 · SEPTIEME BEATITUDE · texte numérisé non relu

SEPTIEME BEATITUDE

— Je tiens beaucoup à ce vase. C'est monsieur un tel qui me l'a donné. Lui, reconnaissait mes mérites. Il m'aurait épousée, s'il n'était pas mort.

Quelquefois, au salon, elle cessait de se disputer pour regarder en souriant d'un air mauvais ce vase où elle mettait des fleurs artificielles.

Ce soir-là que je dis, Pierre était donc seul avec son grand-père. Celui-ci se leva péniblement de son fauteuil pour aller vers la porte. Mais, en passant, parce qu'il n'était pas bien solide sur ses jambes, il eut un mouvement maladroit, et il renversa le beau vase qui se brisa en mille morceaux.

Pierre leva la tête. Il vit la chose et il vit encore ceci : son grandpère qui était secoué par les larmes, comme s'il avait été un enfant qui a fait une grande sottise et qui a peur d'être grondé. Mais il ne disait rien parce qu'il avait eu une attaque de paralysie, et le plus souvent il ne pouvait parler. Il pensait à la scène horrible que la tante allait lui faire, aux insultes qu'elle allait lui dire, le traiter comme elle faisait : de bouche inutile et d'hypocrite. Ah ! les pauvres vieux ! Seigneur, ayez pitié des pauvres vieux!

On sonna pour dire que le souper était servi. Pierre referma son livre et, sans rien dire, mais avec un gros chagrin à l'idée de ce qui allait se passer quand on saurait la cassure du vase, il aida son grandpère à entrer dans la salle à manger et à s'asseoir.

Tout à coup la tante entra. Elle venait de passer par le salon, elle avait vu le vase brisé. Un moment elle ne dit rien. Elle serrait les mâchoires. Elle avait deviné qui avait cassé le vase. Elle fit trois pas en avant, le bras raide. Et elle éleva le poing au-dessus de la tête du vieillard.

C'est alors que Pierre cria à sa tante :

— Tante! Frappe-moi, mais ne le frappe pas!

— C'est donc toi qui as brisé le vase?

Mais Pierre se taisait, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ lorsque les mauvais juges l'interrogeaient.

— C'est donc toi? cria-t-elle. Tiens!

Et elle abattit son poing sur la joue de Pierre qui saigna d'une dent. Et il ne dit pas que ce n'était pas lui qui avait cassé le vase. Il n'était qu'un pauvre petit, mais il avait voulu donner la paix au vieillard et être battu à sa place.

C'était quand elle pouvait pleurer à la chapelle...

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