QUATRIÈME BÉATITUDE
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront
rassasiés !
S. Matthieu, v, 6.
ANTOINETTE, quand elle était à l'église, voyait un vieux monsieur dont la barbe était longue et blanche. Il s'appelait M. Robert de la Huchère de Vérin tambois. Il demeurait dans une maison sur le coteau, où Antoinette et son papa étaient allés lui faire une visite en un jour de beau temps. M. Robert de la Huchère de Vérintambois avait dit au papa d'Antoinette :
— Je vous demande pardon de vous recevoir ainsi dans un salon où j'ai dû mettre des barriques de vin.
Et Antoinette avait été étonnée de voir quatre barriques dans le salon, il y en avait deux à droite et deux à gauche d'une espèce de piano.
Le papa d'Antoinette avait demandé à M. Robert de la Huchère de Vérintambois :
— Vous n'avez plus de place dans votre grange pour les y mettre?
— C'est-à-dire, avait répondu M. Robert de la Huchère de Vérintambois, que la grange n'a presque plus de toit. Le vent y a fait de grands trous. Il pleuvrait sur mes barriques de vin qui se gâterait. Alors je les ai mises au salon. Je n'ai pas assez d'argent pour faire arranger le toit de la grange.
Le papa d'Antoinette avait alors demandé à M. Robert de la Huchère de Vérintambois :
— Voulez-vous me vendre vos quatre barriques de vin, vous me rendrez un grand service?
— Je ne peux pas, avait répondu M. Robert de la Huchère de Vérintambois, vous les vendre toutes les quatre, mais trois seulement, parce que la quatrième il faut que je paye le Bon Dieu avec.
En sortant de la visite, Antoinette demanda à son papa :
— Pourquoi M. de Vérintambois doit-il payer le Bon Dieu en lui donnant une barrique de vin? Pourquoi est-ce qu'il paye le Bon Dieu?
— Il paye le Bon Dieu, mon enfant, parce que le Bon Dieu lui a donné quelque chose.
— Et qu'est-ce qu'il lui a donné?
— Il lui a donné les trois autres barriques de vin, et il lui a promis le Paradis.
— Quand le Bon Dieu lui a promis le Paradis?
— Lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort sur la croix.
— Qui l'a fait mourir?
— Les hommes injustes.
Poulot éfait un vieux pauvre...