A TRAVERS LES MOTS
ADMISSION.— C'est, d'après Roullaud, l'action d'admettre, de recevoir un nouveau membre dans une société, dans une compagnie où l'on ne pénètre que sous certaines conditions ; mais admission ne se dit pas pour autorisation ou di'oit d'entrée.
On dit entrée. L'entrée d'un musée, d'une bibliothèque est gratuite, et non ''l'admission" est gratuite. Le pri.v d'entrée et non ''le prix d'admission" à tel théâtre est de 50 sous. U entrée et non "l'admission" de telle église est libre.
A la porte d'une salle d'où le public est exclu, on ne doit pas mettre: "Pas d'admission" (No admission), mais On n entre pas ou Entrée in-
terdite. 'Trix d'admission'' (admission price) se dit : Entrée, Prix d'entrée ou Droit d'entrée.
ALLER MIEUX.— 'Prendre du mieux" ne se dit pas en français. En parlant d'un malade, on ne dit pas qu'il prend du mieux, mais qu'il va mieux.
BEURRER. — Leurrer, berner, flatter, en faire accroire: "Viens pas me beurrer".
Dans le sens qu'on lui donne, le mot beurrer est-il une corruption de "leurrer", ou donne-t-il l'idée qu'une tartine bien beurrée s'avale mieux?
Souvent, le beurre n'a rien à faire dans une beurrée : une beurrée de. confitures, de crème, de sirop, de mélasse, pour une tartine de confitures, de crème, de sirop, de mélasse.
Il y a même des mamans qui chicanent leurs enfants parce qu'ils ont les pieds ''beurrés" de boue, les mains "beurrés" d'encre et le bout du nez ''beurré" de confitures, quand ce n'est pas d'autre chose.
CHARGE. — Je prends cela à mes charges, et non "sur" mes charges; "charge d'admission" (charge for admittance) : prix d'entrée; le réquisitoire et non "la charge" de l'avocat de la couronne; r allocution, le résumé, le sommaire des débats, de la preuve, le sommaire de la cause et non "la charge" du juge.
" Il ne faut pas oublier, non plus, qu'à chaque "terme" ( at each term) — encore un anglicisme pour dire "à chaque session" — de la cour d'assi-
ses, il se fait des ''charges au jury" comme jamais peut-être Napoléon n'en fit exécuter de plus brillantes à la baïonnette par les grenadiers moustachus de la garde impériale. Au lieu de "charge au jury", il faudrait pourtant dire: résumé de la preuve ou des débats, sommaire de la cause, ou. autre chose, enfin.'' (Chouinard.) CHARGER. — N'a pas en français le sens anglais de demander, exiger, réclamer, faire payer ^ facturer (mettre sur la facture).
Combien chargez-vous pour ces pommes ? Combien ces pommes?
Le dentiste m'a demandé, réclamé (et non ''chargé") deux piastres.
Porter cela à mon compte, à ma charge, à mon débit, et non ''Chargez-moi ça''.
Charger un compte signifie: en exagérer le montant.
Si vous dites à un cocher de Paris :
— Combien chargez-vous pour me conduire à la gare Saint-Lazare? il répondra:
— Vous pesez soixante kilos, je charge soixante kilos.
Il serait si facile de dire :
— Cocher, combien, quel est le prix, que me demandez-vous pour me conduire à la gare?
" Charger cash" : faire payer comptant.
Louis Fréchette raconte qu'un jour, à Paris, il fit, en compagnie d'un avocat de Montréal, une promenade à travers les Halles Centrales.
Tout à coup l'avocat, apercevant à un étalage des groseilles à grappe comme nous en avons en Canada, demanda à la femme qui en avait la garde :
— Comment chargez-vous pour les gadelles?
— Tudieu! qu'est-ce que c'est que cela? s'écria la fruitière épouvantée, qui apparemment, n'était jamais venue à Québec. (Chouinard.)
*' Le juge a chargé le jury": le juge a harangué le jury, a fait le sommaire, le résumé des débats, de la preuve, a fait Fallocution au jury.
CHARRETIER,— Le charretier conduit de lourdes voitures, charrettes, camions, chargées de toutes sortes d'objets, matériaux, colis, etc.
11 ne faut pas désigner par ce mot le cocher : celui qui conduit une voiture où prennent place des êtres humains.
*' Par la nature de son travail, le charretier est toujours sale, fatigué, excédé; les charges qu'il conduit occasionnent souvent des retards dans sa marche, des accidents qui aggravent son rude labeur et tout cela le rend impatient, irritable, grossier. On dit d'un être impoli, malpropre, grossier: "C'est un vrai charretier''. ''Il jure comme un charretier."
Le cocher, lui, est toujours propre, reposé dans l'attente d'un pourboire, et n'est impoli que lorsque celui-ci n'égale pas son ambition.
Aussi, comprend-on que l'épithète de charretier appliquée à un cocher est pour lui une in-
jure. Réciproquement, un charretier qui s'entendra appeler cocher se fâchera tout rouge, car il ne verra dans cette appellation qu'une ironie." (Henri Roullaud).
COMPUMENTAIRE (complimentary). — Ce mot que l'on emploie si souvent en parlant de cartes, billets d'entrée, etc., n'est pas français. On doit dire plutôt: Carte, billet de faveur, gratis, à titre gracieux, de complaisance. Au lieu d'écrire compliment aire sur le billet envoyé à un personnage que l'on veut inviter à une séance, il vaut mieux écrire: A titre gracieux.
COTON. — Si, à l'automne, on cesse de porter des vêtements de "coton", on ne dit tout de même pas adieu au mot coton : cotons de patates, cotons de choux, cotons de blé d'Inde.
" Coton de patate " se dit : tige ou fane de pomme de terre ; "coton de choux" : trognon de chou.
" Coton de blé d'Inde". Cette expression s'entend en deux sens:
I. La longue tige que nos gens nomment aussi sncet et qu'on peut appeler tout simplement : tige de maïs. 2. Ce qui reste d'un épi dont on a enlevé les grains de maïs, et, dans ce cas, on dit ^'râpe de maïs'' et non coton de blé d'Inde.
Ce mot est bien trouvé. L'épi dégarni ressemble en effet à la râpe à muscade de nos ménagères et aussi à la râpe ou grosse lime à bois des menuisiers.
On dit qu'un jour, dans un restaurant, un Eu-
ropéen qui mangeait pour la première fois du maïs à la canadienne, c'est-à-dire à même l'épi, appela le garçon et lui remettant la râpe, dit :
— Garçon, ce maïs est excellent. Veuillez donc en mettre encore sur ce bâton.
Au lieu de râpe, on peut dire aussi rafle et rachis de maïs.
'' Blé d'Inde", dans le sens de maïs est peu connu en France. Jadis, cependant, on désignait le maïs par blé d'Inde, blé d'Espagne ou blé de Turquie. Nous avons conservé blé d'Inde.
Un jour, un Anglais, dans une pharmacie de Montréal, désirait s'acheter un remède pour ses cors.
S'adressant à un Canadien qui se trouvait là, il lui demande :
— How do you say '*corn" in French?
—Blé d'Inde.
— Monsieur, dit l'Anglais au pharmacien, je vaoïidré az'oar du onguent pour mes blés d'Inde.
Nos gens appellent '"piochon" un épi de blé d'Inde rabougri, mal formé.
J'entendais, l'autre jour, une bonne femme dire:
— Les habitants sont trigauds. L'autre jour, j'ai acheté tme poche de blé d'Inde. Sur le dessus, les épis étaient extra; au fond, rien que des ^'piochons".
Tout le monde connaît ces deux expressions canadiennes: "Ote-toi de dans mon blé d'Inde",
ce qui équivaut à: ''Ne te mêle pas de mes affaires"; et celle-ci: '7^ ^^ suis pas un coton".
Par exemple, on distribue des liqueurs, un gâteau et on oublie quelqu'un. L'oublié proteste:
— Puis moi, je ne suis pourtant pas un ''coton".
DETAILLANT. — On doit dire: les marchands détaillants, et non "marchands détailleurs". C'est la finale de retailer qui influence le mot français détaillant et nous le fait changer en "détailleur". C'est ainsi que "plumber" nous fait dire "plombeur", au lieu de plombier; que "brick layer" nous fait dire "briqueleur" au lieu de briqueteur.
Je lisais dernièrement sur une affiche : Décorateur, vitreur, tapisseur. Les deux derniers mots ont évidemment été influencés par le premier. Décorateur a fait changer vitrier et tapissier en "vitreur" et "tapisseur".
Un orateur politique s'écriait dernièrement:
— Le Canada aux Canadiens, la Russie aux Russiens et les Etats aux Etaliens.
C'est encore un cas d'influence des mots les uns sur les autres, mais cette fois-ci, c'est de l'influence politique.
DRAVEUR. — Ce mot qui vient de l'anglais driveiir a deux sens: flotteur de bois et'lhreur ou garçon-livreur.
On appelle ainsi celui qui distribue dans la vil-
le le pain, les comestibles achetés dans les épiceries, la boisson, les marchandises.
On dira donc: le livreur de pain, le livreur de l'épicerie, le livreur de Dupuis frères.
ETRE BIEN. — Comment êtes-vous? dans le sens de Comment allez-vous? (How are y ouf)
Cette question, qui est un anglicisme, amène aussi un anglicisme comme réponse : Je suis bien, au lieu de cela va bien. Il ne faut donc pas dire ''être bien" dans le sens d'être en bonne santé, se bien porter.
Etre bien, c'est avoir beaucoup de qualités physiques et morales: Ce jeune homme est bien.
Un jour, un Canadien demandait à un Français.
— Vos enfants sont-ils bien?
— Il est vrai que je les vois avec des lunettes paternelles, répond le Français, mais je les trouve très bien.
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