REDACTION DES ANNONCES
^ Est-il opportun dans la rédaction des annonces, d'employer, de préférence au terme exact, le terme anglais, parce qu'il est plus populaire et mieux compris ?
Il est vrai que la publicité n'est pas une oeuvrt-
d'éducation— dans l'esprit de ceux qui la font
mais cela n'empCche pas que de fait les annonces^ ont un incroyable effet sur le langage populaire.
Les néologismes commerciaux nécessités par les inventions et les améliorations constantes passent chez le peuple par la voie de l'annonce. S'il" s'agit d'une nouveauté, pourquoi ne pas choisir un bon mot français, bien dans le génie de notre langage ?
Pourquoi les Canadiens français ne favorisent- «Is pas leur langue toutes les fois qu'ils peuvent le fa^re sans nu.re à leur con,merce? Le'^inanc
ZnVr ''" ' ""^"""' " ^°'^ '' '•appeler
Irf n ^"Vr^"'""'" '' ""^ P^^"« ^t faire sa part pour le bien commun.
Si les articles annoncés ne sont pas d'invention ^er,ca„,e et ont un équivalent français pourquo. ne pas prendre le mot français? Je donne comme exemples: "mop, sweater, toaster.
rug .
Si l'annonce est illustrée, le mot anglais n'est
veux Vr^fr"?'"'' '*'■ ^' ^'•^^"'•^ Pa^'^ aux yeux. Il suffira de mettre : •'vadrouille, chandail,
grxlle-pa.n, carpette". Tout le monde compren-
S'il n'y a pas de gravures, on pourra ajouter entre parenthèses, en lettres moins voyan es, t mot anglais:
VADROUILLE (mop).
CHANDAIL (sweater).
ORILLE-PAÎN (toaster) CARPETTE (rug).
On a prétendu que cela augmentera les frais d annonce. Pas d'une façon appréciable, si 1. même mot est répété plusieurs fois, il ne sera ons nécessaire de répéter le mot explicatif. Aprk quelques annonces, le mot français sera devenu populaire et le mot anglais sera superflu. L'im-
^ primeur ou le peintre faisant la chose à l'entrepnse, ne prendront certainement pas un sou de p us pour la typographie ou le lettrage du mot anglais. De sorte qu'il serait difficile d'expliquer comment le budget d annonce d'une maison serait grève a cause de cela.
Supposons que tous les U adiens français comprennent le mot anglais, on n'en peut dire de même des étrangers de langue française qui liront ces annonces. Ils ne comprendront pas le mot anglais. En mettant les deux mots, on atteint deux catégories différentes de personne.
Si par là on enlève un peu d'attrait au texte <i un amre côté on tire l'oeil et on frappe l'imagination a cause de la nouveauté de la chose et aussi parce qu'on a appris à nos lecteurs des mo^s qu Ils Ignoraient. Combien sont nombreuses les personnes qui ont constamment dans l'esprit un point d interrogation :
—Comment se dit donc cela en français?
En ces jours de lutte, il y a un mouvement géticra! en faveur de l'assainissement de notre langue et de nos sentiments. On porte plus d'intérêt au français, on est friand du terme propre du mot précis. Le client sera heureux d'apprendre des mots nouveaux sans se déranger, sans avmr a fouiller le dictionnaire, ce que tant de «ens négligent de faire. Il se dira que le vei a le .souci et le respect de sa langue qu'il propage et a laquelle .1 tient. Au fond de sa mémoire il
Il' '
conservera le nom du vendeur ainsi que celui de 1 article annoncé pour l'acheter au moment propice. Il pensera à tout cela, alors qu'une annonce ordmaire avec les mots "sweater, toaster, mop rug ', n'aurait attiré ni son oeil ni son attention.' Je n'en veux d'autre exemple que le fait suivant :
Un jour, un zélé de la cause française rencontre un de ses amis tapissier et meublier.
—Quand vas-tu finir, lui dit-il, d'annonce)des rugs dans les journaux? Parle-nous donc de Imoléums, de carpettes, de moquettes, de descentes de lit, de devants de foyer, de devants de lavabo, mais de grâce, purge, donc tes annonces du mot rug!
Quelque temps après, les deux amis se rencontrent.
^ —Merci, dit le tapissier, de ton bon conseil. Je nai jamais vendu autant de rugs que depuis que j'annonce les linoléums, des carpettes, ' moquettes, des descentes de lit, des devants q. foyer et des devants de lavabo.
Dernièrement, le propriétaire d'une cordonnerie vint me demander de l'aider à rédiger une circulaire commerciale et m'expliqua ainsi ce qu'il voulait dire au public:
—Je fais du "quick shoe repairing" à la machine. Je pose des "mbbers heels" à la machine aus-
ves while you waU' . Les personnes qui ne veu-
epione' 'V "^'^ "'°"^ ^"'^ '"'^PP^^- -" téléphone. J envoie un petit garçon chercher les
accoTro^'' '" '"."'^"'■'^^ ^P^^^ ''' --^ bien raccommodées, rendues solides, avec un "shine".
suitlnte:'''"' '"'"' "°"^ '''"^^ '^ --'--' Vos chaussures recousues, ressemelées, lustrées caoutchoutées, remises complètement à neuf par des procèdes mécaniques, vous seront rendues a J mstant, si vous les confiez à la
COxRDONNERIE MECANIQUE Ne vous dérangez pas; appelez Est 4381. et vos chaussures, prises à domicile, vous seront bientôt rendues, belles, luisantes, solides, m ,1 leures que des neuves.
Un souhau a formuler, c'est que dans tous nos
magasms, les vendeurs et vendeuses de chaque
rayon connaissent le terme français de chaque ar-
cle dont la vente leur est confiée. Ce nest pas
françair '""^ '"""""' ^' ^'"'^P""^^'" ^" b°" Un jour dans un magasin de cette ville, un
deTltr- ""r'^^" '' ^'^^" ^- ^-t le monde appelle "corduroi" (de l'anglais Cordurov) et dont le nom véritable est velours à côtes. '
Je dis au commis :
-Ce tissu n'est pas du "corduroi", mais du velours a cotes.
—Comment? me répond-il, vous appelez ça du velours a côtes; ce nest pas pour faire des coats maij pour faire des jupes.
Que peut penser un client qui demande une vadrouille (mop) et un chandail (sweater), si on I envoie au (/r/>ar/^;„^„/ des fruits cannés; une garniture électrique (fixtures), si on le dirige vers le comptoir des dentelles; des flocons de mais (corn flakes), si on lui dit de s'adresser à la quincaillerie?
Que chaque commis se renseigne. Qu'il étudie les dictionnaires ou les livres de mots par l'image, les catalogues français, les annonces du magasin qui l'emploie, quand elles sont bien faites
En se servant du mot propre, Jes commis les apprennent à beaucoup de clients qui. au lieu de designer les objets par V affaire qui..., l'affaire que. ... l'affaire pour. ... l'affaire avec. . etc., enrichissent sans aucune peine leur vocabulaire de mots qu'ils devraient savoir et dont la connaissance est indispensable à tout le monde.