SCÈNE PREMIÈRE
LE COMTE DIRSELLE, MADAME BEAU- GRAND, MADAME DERBELET, LAURE , FAUVILLE, BEAUGRAND, MIGNOT.
BEAUGRAKD.
Ah ! monsieur le comte , quel plaisir, je veux dire quel honneur pour moi de vous recevoir à ma maison de campagne !
LE COMTE
Ma foi , mon cher IBeaugrand , je me félicite encore plus à présent d'y être venu : moi qui croyais me trouver tout simplement aune partie de garçons, j'étais bien loin de m'attendre à voir Madame arrivée avant moi et avec une aussi agréable escorte : ces messieurs me permettront de trouver que je n'ai rien perdu au change.
FAUVILLE, à pari.
Je parie bien qu'il n'en pense pas un mot.
LE COMTE
Bonjour, mauvais sujet.
FAUVILLE.
Vous êtes trop bon , mon cher comte .
MIGNOT
Qu'il est fâcheux de n'être encore qu'un jeune homme ! Il fait attention à tout le mond , excepté à moi.
LE COMTE , bas.
Dis donc , Fauville , sais-tu que mademoiselle Derbelet est une jolie personne ?
FAUVILLE.
Ces choses-là ne vous échappent jamais.
Monsieur Beaugrand n'osait plus compter sur vous.
BEAUGRAND
J'en étais désolé!
LE COMTE
Et moi donc! Je maudissais les travaux qui me retenaient à Paris! Cet ennuyeux budget qu'il fallait enlever. Enfin tout ce qui me concerne a été adopté, et à une majorité assez imposante ! Après le scrutin , je me suis dit : Je peux laisser des ordres à mes chefs de division j rien ne m'empêche d'envoyer une circulaire aux journaux pour annoncer que je ne recevrai pas demain. On dira que je suis un peu malade j je n'ai pas de diners de minisires avant trois jours... Je suis libre... il faut m'amuser. J'ai demandé mes chevaux , je suis parti , et me voilà.
FAUVILLE.
Votre présence et celle de ces dames vont doubler nos plaisirs. Je roule déjà dans ma tête mille projets de divertissemens j pour commencer, je vous propose une course de chevaux qui pourra lutter avec celles du Champ-de-Mars. Ces dames voudront bien donner le prix au vainqueur, et l'espoir d'une telle récompense va tous nous piquer d'honneur.
MADAME DERBELET.
Il est charmant!
LAURE
Il n'oublie rien.