SCÈNE II
FAUVILLE, MIGNOT.
MIGNOT
Nous voilà seuls enfin , mon cher Fauville ; Vous .^llez causer avec le directeur général 5 parlez-lui de moi , je vous en prie.
FAUVILLE.
Avec grand plaisir, mon jeune ami: que voulez-vous que je lui demande ?
MIGNOT
C'est sur sa protection que mes parens comptent pour me faire nommer substitut j un mot de monsieur Dirselle dans les bureaux de là justice, et je suis nommé ! A vous dire vrai, je ny tiens pas beaucoup. Se trouver exilé dans un département ! Mais ma famille dit qu'il faut commencer par là , et quand la famille parle... vous savez!... Mais je vous laisse, et je vais lâcher de glisser quelques mots spirituels et profonds , qui me fassent remarquer de monsieur le comte. On dit qu'il est amateur ! Ah ! j'oubliais une chose bien plus importante.
FAUVILLE.
Qu'est-ce ?
MIGNOT
]Mon vaudeville!
FAUVILLE.
Lequel? car, Dieu merci, il m'en a lu une demidouzaine.
MIGNOT
Celui que vous avez fait recevoir à corrections , vous savez bien , la Lanterne magique. •
FAUVILLE.
Oui... je me rappelle... la Lanterne magique... vau-
deville en huit, actes et en seize tableaux. Je leur ai dit que l'auteur voulait garder l'anonyme pr.ur des raisons de famille.
MIGKOT.
Etait-ce complaisant de votre part ! Et le déjeuner que vous m'avez conseillé de donner au directeur, au régisseur et aux acteurs, comme c'était adroit! Ils croyaient tous que vous étiez l'amphitryon , et moi je jiassais pour un convive que vous aviez invité : ont-ils été dupes !
puij mais comme le déjeuner les a tous bien disposés en faveur de la pièce !
MIGNOT
Vous saurez que j'ai fait mes corrections : je veux vous les lire.
FAUVILLE.
y Pas à présent.
'■ V MIGNOT
Non ; mais j'ai déjà prié Delval , mon camarade de droit , de demander la seconde lecture , toujours sans me nommer. Je connais Delval , c'est un bon garçon , presque autant que vous , et il ne me fera pas attendre sa réponse. Quel honneur î si j'étais nommé substitut, et si ma pièce était jouée ! Quelle gloire pour le tribunal où je serai envoyé ! un auteur !
FAUVILLE.
l't quelle gloire pour le théâtre ! un substitut î
MIGNOT
Après tout , pourquoi un magistrat ne ferait- il pas des vaudevilles? il y a bien des préfets , des députés et înèrae... Bah! mes»parens ont beau dire, beau crier, ^aujourd'hui la littérature mène à tout, et je me lance Aiiiis la littérature.