ACTE II, SCENE IV
FAUVILLE.
Je voudrais pourtant profiter du moment où nous sommes seuls pour vous parler d'iwie aiFaire sérieuse.
LE COMTE
Toi 5 me parler d'une affaire sérieuse ? J'en ai déjà ?
assez à Paris : et ma foi...
FArVILLE.
Pardon , monsieur le comte ; mais il s'agit d'un ami ,
intime , à qui je prends le plus vif intérêt. ii\
LE COMTE. . -J
Tu as comme cela une foule d'amis intimes. Voyons ^ '^
de quoi s'agit-il? et ne sois pas long. Il s^ assied. P
FAUVILLE. ^
Vous avez dans votre direction , une place , une re- Hj cette vacante , et pour laquelle il faut un cautionnement assez considérable.
LE COMTE. ;
C'est vrai : elle est à ma nomination, et j'ai même j à%
refusé hier un grand personnage , qui voulait me forcer '<" ^
la main ; mais on ne m'effraie pas facilement , et je n'ai -"^ 'jS
besoin de ménager personne. Je veux quelqu'un qui me '/^ 'ÎJ
convienne. ^ *-*
FAUVILLE.
Eb bien ! j'ai celui qui vous convient.
LE Comte.
Qui?
FAUVILLE.
Cet ami intime dont je vous parlais , Eugène Dolcy.
LE COMTE
Dolcy ! je connais ça : attends donc 5 ne serait-ce pas un jeune homme qui a été caissier dans une maison de banque ?
FAUVILLE.
Précisément : chez le mari de madame Derbelet ! Il
a toutes les qualités de la place, des connaissances commerciales , un cautionnement , des mœurs, tout ce qu'il faut pour faire un excellent comptable.
LE COMTE
C'est possible , mais je ne veux pas de lui.
FAUVILLE.
Ah! ce- n'est pas votre dernier mot.
LE COMTE
Il était électeur du collège que j'ai présidé : ne va pas croire que c'çst là ce qui me décide j mais il a voté centre moi.
FAUVILLE.
Comment pouvez-vous le savoir ? et le secret des votes ?
LE COMTE
Ah! oui, le secret des votes ! Parbleu, il n'a pas caché le sien : c'est lui qui a le plus cabale pour renverser mon bureau provisoire.
FAUVILLE.
Que voulez-vous? il venait d'avoir ses trente ans! c'était son coup d'essai 5 on lui avait monté la tête î Et puis 5 sa conscience !
LE COMTE
Encore une fois , ne crois pas que je le refuse parce qu'il a suivi le mouvement de sa conscience. Je suis ami de la légalité, de l'indépendance* et d'ailleurs, nous autres hommes d'Élat , nous sommes souvent forcés de faire de grandes concessions : mais cependant... Bref, je ne lui reproche pas de m'avoir refusé sa voix et de m'en avoir enlevé plus d'une , mais il n'aura pas la place î Je mets de côté tous les griefs qui me sont personnels, j'en ai d'autres contre lui.
FAUVILLE.
Lesquels ?