ACTE II, SCÈNE X
FAUVTLLE.
Il est cruel pour moi d'avoir à te donner de bien mauvaises nouvelles 5 mais c'est mon devoir , et de plus j'éprouve le besoin de l'expliquer ma conduite 5 conduite qui a été pure , loyale , que des méohans voudraient peut-être envenimer j mais je te connais, tu ne les croirais pas.
DOLCT.
Non sans doute , mais de grâce. ..
FAUVILLE.
Tantôt, un moment après ton départ, on nous a annoncé monsieur le comte Dirselle.
DOLCr.
Il est ici?
FAUVILLE.
'Oui, mon ami, il est ici : dès son arrivée, moi, de mon propre mouJi^ement , et sans j avoir été excité par personne, j'ai voulu me servir de mon crédit auprès du comte , et j'ai sollicité pour toi.
DOLCY.
Ah ! mon ami ! je te reconnais bien là : toujours serviable! toujours...
FAUVILLE.
Oui , mon cher, toujours î mais pourquoi faut-il que des homm.es , fort estimables d'ailleurs , soient accessibles à des préventions, à d'injustes inimitiés? ou plutôt , pourquoi ton caractère si noble , si digne , si indépendant, t'a-t-il conduit à une inflexibilité de principes qui indispose contre toi ceux qui ne la partagent pas ? Mais ce n'est pas le moment de t'adresser le reproche même le plus léger 5 non , ce n'est pas quand mon ami se trouve victime,' que je me permettrai... Cette inflexibilité est une vertu j elle t'a nui , c'est vrai , mais elle te fait honneur.
Tu me fais de grandes phrases auxquelles je ne comprends rien 5 Tojons, de quoi suis- je victime?
FAUVILLE.
Mon ami, comme tu l'avais bien prévu, le comte Dirselle est encore irrité de ta conduite dans ton collège électoral , et il n'a pas voulu m'entendre... Voilà bien les hommes d'état , n'est-ce pas ?
DOLCY.
Et ce serait sans espoir ?
FAUVILLE.
La place est donnée à un autre.
DOLCY.
A un autre !
FAUVILLE.
Tu conçois bien que les concurrens ne devaient pas manquer.
DOLCY.
Je le crois : et sais-tu à qui?
FAUVILLE.
A qui? Mon ami, le comte veut encore que ce soit un secret. ( A part. ) Ma foi , il l'apprendra toujours assez tôt. ( Haut, ) Et moi , en le voyant décidé à ne pas te servir , j'ai été si consterné , si navré , que je n'ai pas pu trouver une seule parole 5 tu le sais , moi je suis faible 5 je melaisse aller...
Remets-toi, mon cher Fauville : c'est une nouvelle fâcheuse , sans doute ; mais la perte d'une place , et en général tout ce qui tient à la fortune , à l'argent , y a-t-il là de quoi se désespérer? non, mon ami, non, tu ne dois pas t'en affliger plus que moi. FAUVILLE , àpart.
C'est lui qui me console.