ACTE II , SCENE X
DOLCY.
J'ai , grâce à Dieu , d'aatres ressources , et quand je viendrais même à les perdre , nous vivons dans un temps où, sans avoir besoin dlraportuner l'autorité, un jeune homme est toujours sur de faire son chemin avec du travail, de Thonneur et du courage... Laissons monsieur le comte Dirselle dispenser ses faveurs à ses protégés.
FAUVILLE.
Sans doute.
DOLCT.
Qu'il donne cette recette à quelque homme incapable, peut-être à quelque intrigant.
FAUVILLE.
Intrigant !
DOLCY.
Oh ! sois en sur , va , il aura nommé quelque intri-^ gant ! je le'parierais avec toi. Eh'bien ! que m'importe? Pourvu que ce malheur, si c'en est un , ne m'empêche point de prétendre à la main de mademoiselle Derbelet, qu'ai-je à me plaindre? Jusqu'ici, un peu timide, j'hésitais à me déclarer avant d'avoir un avenir assuré. Puisqu'il faut n'j plus songer, au moins pour le moment, je m'enhardirai, je parlerai 5 et d'ailleurs, mon ami , je connais toute la bonté de mademoiselle Laure ; elle a de la noblesse , de la dignité dans le caractère 5 ma disgrâce la touchera 5 cette disgrâce me servira mieux que mon amour , mieux que le succès ne m'aurait servi j et c'est Laure , oui , c'est peut-être elle qui va maintenant m'épargner les premiers pas.
FAUVILLE.
Ah! mon ami!...
DOLCY.
Eh bien ?
FAUVILLE.
A peine si j'ai la force de te Tavouer : madame Derbelet partage toutes les préventions du comte Dirselle contre toi.
DOLCy.
Se peut-il ?
FAUVILLE.
Tu sais qu'elle est très-intéressée : eh bien , en apprenant que la place était donnée à un autre . . .
DOLCY.
Achève! a-t-elle déjà promis sa fille?
FAUVILLE.
Non, pas positivement 5 mais...
DOLCY.
Ce serait là mon véritable malheur : mais au moins ^^ suis bien sûr que mademoiselle Laure...
Tu comprends qu'une jeune personne , en pareille circonstance , ne peut manquer d'obéir à ses parens : l'autorité maternelle est sacrée , invincible ! Que le dirai-je, mon ami? tout le monde ici s'est mêlé de ta malheureuse affaire. Le bon monsieur Beaugrand luimême , voyant le comte Dirselle irrité contre toi , ses cousines fort piquées , et la mère surtout décidée à ne point te donner sa fille , monsieur Beaugrand s'est félicité de ton absence , et il a même été jusqu'à me dire...
DOLCY.
Quoi?
FAUVILLE.
Il a pensé que tu ferais peut-être sagement de ne point reparaître. Il a craint que tu ne sois gêné* il a craint de compromettre le plaisir et le charme de sa société : un maître de maison...