LE HAVRE
(1 J'ai été au Havre; j'ai vu la mer. Les vents étaient contraires; je n'ai pu voir aucun vaisseau entrer dans le port, mais j'en ai vu sortir plusieurs, entre autres un bateau à vapeur pour les côtes d'Angleterre. J'ai été étonne'e de la vivacité avec laquelle il allait sur l'eau. J'ai vu les roues qui font aller le bateau; elles formaient une longue trace d'écume. On m'a dit que c'était à-peu-près comme quand la mer est agitée. J'ai visité un paquebot américain; il se nomme le Henri. Je suis descendue au fond par un escalier d'acajou à rampe de cuivre qui était claire comme de l'or. Au bas, il y a une grande salle qui contient les cabanes où couchent les passagers. Dans chaque cabane, il y a deux lits, l'un sur l'autre. L'office est à côté, les plats sont plaqués en argent et d'une grande propreté. On prétend que les Américains excellent dans ce genre de bâtiments. L'équipage est composé de nègres. J'ai été à la Ilève, voir les phares. Il y en a deux. Je suis montée tout au haut, sur une terrasse où est placée la lanterne. C'est une espèce de belvédère où sont les quinquets qu'on allume tous les soirs. Les vaisseaux les aperçoivent de très loin. Au bas, il y a une salle, où l'on vend des coquillages et d'autres curiosités. J'ai vu des œufs d'autruche et différents ouvrages en coquilles, tels que des bourses faites entre deux coquilles, des pelottes faites de même, des roses faites avec des petites coquilles placées les unes sur les autres. Il y avait aussi des poupées, dont les habits sont faits avec de très petites coquilles de toutes couleurs, et sur lesquelles on jette de la poudre d'or, ce qui les rend fort brillantes. On m'a dit que c'était pour imiter la forme et les couleurs des vêtements des paludiers. Les paludiers sont les habitants des côtes de la Bretagne, et ce sont eux qui récoltent le sel sur les bords de la mer.
u Selon la mythologie normande , la Hève ou Heva était la compagne de la Seine, toutes deux nymphes de Cérès. Un jour qu'elles s'amusaient sur le bord de la mer et qu'elles fuyaient devant les flots, Heva aperçut Neptune, qui revenait des Orcades. A cette "vue elle jeta un cri et avertit la Seine qui s'enfuit vers les prairies. Mais Neptune les avait vues, et charmé de la bonne grâce de la Seine, il la poursuivit. Au moment où il étendait la main pour la saisir, la nymphe implora le secours de Cérès, sa maîtresse. Aussitôt son corps se fondit en eau, son voile vert, que le vent poussait devant elle, est la cause pour laquelle ses eaux sont de cette couleur. Enfin la Seine
fut changée en fleuve qui porte son nom. Heva fut si chagrine de la perte de sa compagne, qu'elle en mourut. Les Néréides lui élevèrent un tombeau de pierre? blanches et noires qu'on dit être la Hève.
« 'V^icTORiNE P n (de Rouen.)
Parmi les lettres que je viens de relire, il en est plusieurs qui sont foit intéressantes pour moi, parce qu'elles me prouvent que ceux qui les ont écrites ont appris beaucoup de choses depuis quelque temps, mais qui le seraient moins pour mes lecteurs, parce que les détails que renferment ces lettres seraient peut-être insuffisants pour eux. Ce sont particulièrement celles de M. Maurice de Faines , M"' Quitterie L...., de Seez; M"' Hortense; M"' Falérie de F...., de Vendeuvre.
Je crois enfin devoir mentionner, comme méritant d'être distinguées, les lettres, toutes plus ou moins intéressantes, de ceux de mes correspondants dont les noms suivent :
M"" Mathdde Q , de ÎNIarseUle; M"= Caliste B....,
de Mortefontaine; M. E. Chevalier; W' Félicie de la P....; M. Eugène Delisle, de Périgueux; M"° Marie de
P....; M"° Alexandriiie P , de Rouen; M. François
Guizol.
VARIÉTÉS
Une de mes jeunes abonnées m'a demandé pourquoi les Nègres sont noirs. Elle avait d'abord pensé que cette couleur était chez eux un effet de l'ardeur du soleil , mais elle a appris depuis que c'était une erreur. En effet, les Nègres sont noirs dès l'instant de leur naissance, lors même qu'ils viennent au monde dans les contrées les plus froides. Je ne puis, à ce sujet, apprendre rien de plus à M"° Augusta S..... que ce qu'elle me dit elle-même en terminant sa lettre, c'està-dire que les Nègres sont noirs i< parce que telle a été la volonté du Créateur, qui a tout prévu et tout arrangé pour le mieux. "
— Les élèves de l'institution de M. Morin, dans laquelle je suis charmé de compter des lecteurs, m'ont écrit pour m'annoncer qu'ils ne m'envoyaient pas leur souscription pour les incendiés de Salins, parce qu'ils en avaient fait une dans la maison même. Je saisis cette occasion pour féliciter ces jeunes gens des succès qu'ils ont obtenus , lors du dernier examen qui a eu lieu en présence des commissaires nommés par l'université, et des suffrages honorables qu'ils ont mérités, ainsi que leurs Instituteurs, de la part des chefs de l'instruction publique.
Imprimerie de JULES DIDOT AÎNÉ, imi-himelb du noi,
du Ponl-(le-Lo(li
DlMANCUr, 9 OCTOBRE 1825.
Le pris de l'abonnciuciii est, pour Paris, de 2 2 franco par an, cl de 12 francs pour MS mois. Ponr les dqu.ilLlucnis, de 24 fnmcs par an , ei i3 francs pour six nmih
Bureau de l'abonneiiicnt, chez Ï.ODis Colas, liliraire, rue Daupliinc , n" S2; ei chez les principaux liliraircs cl direcieurs des posles de»
déparlenients.