‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 104 sur 136 · L'ETOILE TOMBANTE · texte numérisé non relu

L'ETOILE TOMBANTE

Un des plus magnifiques spectacles qu'il ait été donné à l'homme de contempler est celui du firmament pendant une de ces belles nuits où, sous un ciel pur et serein, les astres brillent de tout leur éclat. La vue de ces innombrables étoiles que l'œil humain, non seulement ne peut compter, mais dont il ne peut même apercevoir qu'une faible partie, plonge l'âme dans une profonde méditation oit elle se perd. Quand on a devant soi l'immensité, c'est-à-dire, l'espace sans limites, il faut bien croire à l'éternité, c'est-à-dire, au temps sans bornes, sans commencement, sans fin. Alors, se recueillant dans sa faiblesse et comparant sa petitesse avec cette grandeur qui confond, son infirmité avec cette puissance infinie, l'homme ne trouve d'autre moyen pour satisfaire sa raison, son intelligence, ses désirs, son espoir, que de se prosterner et de dire: « O mon Dieu! »

C'était ce que je venais de faire, et j'étais demeuré absorbé dans un sentiment de pieuse et ravissante contemplation, sans m'apercevoir que je n'étais pas seul et que d'autres personnes près de moi regardaient le ciel , dans un silence religieux comme le mien. Nous étions sur une colline élevée, d'où l'œil plongeait dans le vallon sur des objets faiblement éclairés, que l'ima-

gination pouvait revêtir de toutes les formes, et sur lesquels au reste mes regards se portaient peu, parce que, dans ce moment, mon âme était loin de la terre.

Tout-à-coup, je fus tiré de ma rêverie par l'aspect d'un météore lumineux, et par ce cri parti à côté de moi : " Une étoile qui file! »

C'était un jeune garçon que je n'avais point encore aperçu et qui se trouvait avec son père, sa mère et sa sœur, à dix pas du lieu où j'étais moi-même. Touché du silence qu'avaient gardé jusque là ces enfants , et qui m'attestait l'impression produite sur eux par ce spectacle sublime des œuvres deDieu, je me sentis vivement intéressé en leur faveur et je me rapprochai involontairement. Alors j'entendis la conversation suivante :

,< Ce que tu viens de voir, Alfred, dit le père, n'est point une étoile. — Comment, mon papa! répartit l'enfant; cela y ressemble cependant beaucoup.— Oui, reprit le père, mais tout corps lumineux vu a une certaine distance au milieu de l'obscurité, y ressemblerait également. Celui qui vient de nous apparaître a parcouru rapidement un espace assez considérable et a disparu tout-à-coup, comme une fusée d'artifice qui s'élance en traçant un sillon de lumière, éclate et s'éteint soudain. Avec un peu de réflexion, ^ tu comprendras sans peine que les étoiles, qui sont, très probablement des soleils, sans doute beaucoup \

plus gros que le nôtre, et placés à des distances qu'on n'a pas le moyen de calculer, ne peuvent faire des mouvements ainsi aprëcialjles pour nous et disparaître subitement à notre vue. L'étoile tombante que nous avons aperçue tout-à-rbeure et qui n'est point une véritable étoile, s'est perdue dans l'air à une distance très rapprochée de nous, car elle était dans notre atmosphère même. — En vérité, mon papa? Oh! expliquez-moi cela, je vous en prie. — Ces corps lumineux, mon ami, ne sont autre chose que des météores produits par quelque matière gazeuse inflammable, telle, par exemple, qu'un gaz •nommé gaz hydrogène phosphore, qui a la propriété de s'enflammer dès qu'il est en contact avec l'air. Ce gaz, ou quelque autre matière également combustible, se trouvant subitement dégagée et isolée de tout autre corps étranger, s'enflamme et brùle au milieu de l'atmosphère. On a remarqué que ces météores suivent en brûlant la direction du vent, et parcourent ainsi un certain espace, jusqu'à ce qu'ils soient consumés ou qu'ils s'éteignent. Ils présentent, en effet, dans leur course, l'aspect d'une étoile qui tombe, et jieuvent produire cette illusion. C'est sur-tout une heure ou deux après le coucher du soleil qu'ils se manifestent, et ils sont plus fréquents et plus brillants dans les soirées des jours les plus chauds de l'été. — J'ai entendu parler quelquefois de /,-tix follets, et d'après ce que vous venez de me dire, mon papa, je pense qu'il doit y avoir un certain rapport entre le phénomène auquel on donne ce nom et celui des étoiles tombantes?—Ce que tu dis n'est pas sans raison, répondit le père. Les fiux follets , sur lesquels on a bâti bien des histoires merveilleuses, et dont on fait peur aux enfants et aux bonnes gens, sont produits par le paz hydrogène phosphore qui se dégage des marais d'eau croupissante, des lieux où sont des matières animales en putréfaction, et qui s'enflamme aussitôt qu'il se trouve en contact avec l'air. Il forme alors nne petite flamme qui biûle en changeant de place au gré du vent, et qui a souvent causé de grandes fiayeurs aux habitants ignorants et crédules des campagnes. Ce qui a donné lieu à beaucoup de contes terribles faits à ce sujet, c'est que, par une cause toute naturelle, on a souvent observé des feux follets dans les cimetières, ou dans des lieux redoutés à cause de leur insalubrité. — Je vous assure, mon papa, que je voudrais bien voir des feux follets, et que je n'en aurais pas la moindre peur. — J'ai assez bonne opinion de ton esprit, mon fils, pour n'en pas douter. Mais il est temps, mes enfants, de nous retirer; sauf à reprendre un autre jour notre conversation. — Ah ! mon papa, nous venons de passer une soirée charmante... ., Je faisais à l'instant la même réflexion, et je me promettais d'écrire ce que je venais d'entendre.

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