‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 127 sur 136 · L AMIANTE · texte numérisé non relu

L AMIANTE

Etant entré hier dans une boutique pour y faire emplette de quelques objets dont j'avais besoin, j'y trouvai des petites lampes de nuit à mèches incombustibles. Cela me donna aussitôt l'idée d'entretenir mes lecteurs de cette substance singulière qu'on nomme amiante, et je me sus, à cause de cela, bon gré de la curiosité qui m'avait fait examiner les divers objets étalés dans la boutique.

L'amiante est une substance qui se présente sous la forme de filaments blancs ou gris, soyeux, plus ou moins longs, flexibles, susceptibles de se froisser comme de la charpie, de se carder jusqu'à un certain point, et de se filer même, à la manière du lin, du chativre ou du coton.

Après cette description, il vous paraîtra sûrement singulier, mes amis, d'entendre dire que l'amiante est une pierre. C'est pourtant la vérité; et cela, dans le fait, n'a rien de plus merveilleux que tant d'autres choses qui nous frappent moins parce que nous y sommes plus accoutumés. Vamiante est une variété de l'espèce de pierre qu'on nomme asbeste. Dans ses autres variétés , celte espèce minérale présente l'aspect, tantôt d'un morceau de liège, tantôt d'un morceau de cuir, tantôt d'un faisceau de filaments durs et solides,

et sous ces formes diverses, c'est toujours la même substance. De toutes ces variétés la plus intéressante est la première, l'amiante, dont je me bornerai à vous parler aujourd'hui.

Cette pierre se trouve dans les fentes de certains rochers. Les monts Ourals, en Sibérie, les P^,-rénées, les Alpes et la Corse sont les lieux qui la fournissent en plus grande abondance et en filaments les plus longs, les plus blancs et les plus soyeux.

Les anciens connaissaient l'amiante , et il est à croire qu'ils la tiraient des Alpes. Ayant remarqué qu'elle ne se consumait point au feu, chose toute simple, puisque l'amiante est une pierre, ils essayèrent de la filer, de la tisser, et y ayant réussi, ils l'employaient particulièrement à faire des tuniques et des suaires, dans lesquels on enveloppait le corps des grands personnages dont on voulait recueillir les cendres sans qu elles se mêlassent à celles du bûcher. On voit encore à Rome , dans la bibliothèque du Vatican , un de ces draps incombustibles qui fut trouvé dans une urne funéraire déterrée en 1702. On raconte aussi que les anciens avaient imaginé des lampes perpétuelles, qui se composaient d'une mèche d'amiante placée dans un peut réservoir alimenté par une source de ce bitume appelé huile de pétrole, dont je vous ai parlé à l'occasion des momies. La mèche étant in-

combustible et le re'servoir se trouvant toujours rempli par le suintement du bitume, il n'y avait pas de raison pour que la lampe s'e'teignît.

De nos jours, les ouvrages d'amiante sont de pure curiosité, et cependant ils sont bien supe'rieurs à ceux des anciens par la délicatesse du travail. Afin de filer et de tisser plus facilement l'amiante, on y mêle une certaine quantité de lin; puis, quand l'ouvrage est terminé, on l'expose au feu qui consume le lin et laisse l'amiante pure et intacte. On fait ainsi de la toile, des dentelles, même assez fines, et un papier qui n'est pas, toutefois, aussi beau et d'aussi bonne qualité que celui de Hollande. Ce qui a été produit de plus parfait dans ces différents genres est sorti de la fabrique établie à Côme, ville d'Italie, par une dame nommée Candida Lena Perpenti; elle a fait jusqu'à des voiles en dentelle d'amiante. C'est dans la fabrication du papier qu'elle a le moins bien réussi. Il est dur, pesant, épais et a peu de consistance. Ce serait pourtant l'emploi le plus précieux qu'on pût faire de l'asbeste que d'en fabriquer un papier incombustible. En imprimant sur ce papier avec des encres inaltérables par le feu, dont la composition serait facile par les moyens qu'offre la cbimie, on pourrait avoir des livres qui seraient à l'abri de l'incendie. Mais on n'en est pas encore là, quoique j'aie cependant ouï dire qu'il existe, dans la bibliotlièque de l'Institut, un exemplaire d'un livre entier imprimé sur du papier d'amiante.

En Corse et à la Cbine, on fait entrer l'amiante dans la pâte des poteries, ce qui leur donne beaucoup de liant, et ce qui s'oppose d'une manière très efficace à la rupture produite par le cboc ou l'alternative du chaud et du froid. Le célèbre naturaliste Dolomieii, voyageant en Corse, où l'amiante abonde, se plut à einballer toute une collection d'écbantillons de minéraux, dans des fils d'amiante, en remplacement du foin et de la filasse que l'on emploie ordinairement à cet usage.

C'est enfin avec des fils de cette substance qu'on a composé de nos jours des mèches de veilleuses, lellcj que celle qui a donné lieu à cet article.

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