‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 126 sur 136 · UNE INDISCRÉTION DU BON GÉNIE · texte numérisé non relu

UNE INDISCRÉTION DU BON GÉNIE

Voilà un singulier titre et qui va faire ouvrir de grands yeux à tous mes lecteurs et à toutes mes lectrices, au moment où je viens de leur proposer une question au sujet d'une fable dans laquelle il s'agit précisément d'indiscrétion. J'espère toutefois qu'en examinant les faits, et sur-tout en voyant à quelle tentation j'ai cédé, ils me trouveront fort excusable.

J'étais, il y a quelques jours, chez une de mes jeunes correspondantes que jaime de tout mon cœur, et de oui le caractère est aussi attachant que son esprit est aimable. Une circonstance, qu'il est inutile d'expliquer, donna lieu à sa maman de feuilleter plusieurs des cahiers de cette jeune personne. Ces cahiers, propres, soignés, recouverts d'un papier de couleur qui n'était ni rongé, ni écorné, ni chiffonné, excitaient vivement ma curiosité. Cette curiosité fut bien plus vive encore, lorsque je sus qu'ils contenaient des compositions faites par mon intéressante petite amie. Je demandai à les voir: « Oh! non, non, non, s'écria-ton aussitôt; il y a ceci, il y a cela; je ne veux pas, je ne veux pas.» J'insistai, je dis que cela me ferait grand plaisir; bref, on finit par me permettre de les parcourir, et même d'en emporter trois. Jusqu'ici il n'y a pas d'indiscrétion; mais voilà qu'en les lisant j'y ai trouvé des choses qu'il m'a pris fantaisie d'imprimer dans mon journal ; entre autres, la petite composition qu'on va lire.

COVERS.4TI0N ENTRE TROIS JEUISTS PERSONNES.

Adrienne, Isabelle et Élisa , étaient trois jeunes personnes que l'amitié la plus tendre unissait depuis l'enfance. Elles s'étaient réunies pour attendre ensemble le retour du frère d'Isabelle qui devait revenir le jour même, d'un voyage qu'il avait fait dans le Midi de la France. Après s'être fatiguées à courir et à jouer une partie de la journée, elles s'assirent sous un berceau de chevrefeuil, et là, causant tranquillement ensemble, elles discutèrent sur les moyens que chacune d'elles ci-oyait les plus propres à assurer son bonheur.

Pour moi, dit Adrienne, je crois que les richesses me rendraient parfaitement heureuse, car avec elles je pourrais me procurer toutes les jouissances de la vie; je ne craindrais plus de me livrer à mes fantaisies, de suivre les caprices de la mode;je pourrais avoir tous les jours des parures nouvelles; j'irais au bal, j'aurais des loges à tous les spectacles, de nombreux domestiques, des chevaux, un équipage, et je goûterais enfin mille douceurs dont je suis privée aujourd'hui.

Isabelle: Mais ne craindrais-tu pas que cette facilité même à te procurer tout ce que tu désirerais n'en détruisît bientôt le prix? Crois-tu que le bonheur consiste seulement à se livrer à tous ses govits, à jouir des plaisirs les plus frivoles? Les charmes de l'amitié et de la bienfaisance ne sont-ils donc rien pour loi?

Adrienne ; Au contraire, j'en sens toute la douceur; mais comme j'aurais de l'argent, je serais sans doute très recherchée, j'aurais des amis, je pourrais faire beaucoup de bien. Ainsi, tu vois que je trouverais dans mes richesses la source du bonheur comme celle de tous les plaisirs.

Isabelle : Tu crois donc qu'on achète des amis avec de l'argent? Mais alors, c'est donc la fortune qu'ils rechercheront. Si tu secoures un malheureux avec ton superflu, tu feras une bonne action, mais tu ne goûteras pas ce contentement intérieur qui en est la plus douce récompense.

Élisa: Isaijelle a raison; les richesses ne feraient pas mon bonheur. Mais si nous étions encore au temps bienheureux des fées, où d'un coup de baguette elles vous procuraient tout ce qui pouvait vous plaire, je demanderais la santé; car sans elle, que seraient tous les plaisirs que se promet Adrienne? La santé seule permet d'en jouir. Quel charme goûterait-elle au milieu des fêtes et des jeux? Le monde, quel agrément pourrait-il lui procurer? Vous voyez donc bien que la santé est le bien le plus précieux, et vous conviendrez avec moi que mon choix est préférable à celui d'Adrienne.

Adrienne : Mais je n'abuserais pas de mes richesses; je serais assez sage pour ne pas me livrer trop imprudemment aux plaisirs. Au surplus, si tu crois que les richesses sans la santé ne peuvent rendre heureuse, je ne conçois pas comment on peut l'être par la santé sans les richesses.

Élisa : Mais il n'est déjà pas si facile d'user avec modération de sa fortune, lorsqu'on peut se passer toutes ses fantaisies; et il se pourrait que cette raison que tu te promets se trouvât promptement eu défaut. Mais toi, Isabelle, dis-nous ce que tu penses de nos opinions?

Isabelle: Je crois qu'elles peuvent avoir chacune

leur bon côté; mais ne vaudrait-il pas mieux encore demander la vertu? Avec elle, on est heureux dans toutes les situations où le sort nous place; on use avec réserve des plaisirs qui nous sont offerts; on emploie bien sa fortune; on ne compromet pas sa santé; on choisit bien ses amis, car la modéralion et la prudence sont inséparables de la vertu. Elle réunit donc tous les biens que vous vous promettez de la richesse et de la santé.

Adrienne: Je crois que nous allons être obligées de convenir que tu as raison, et que, quoique la plus jeune, tu es la plus sensée.

Isabelle : Tu fais trop d'honneur à ma raison. Avec un peu de réflexion, tu aurais pensé comme moi. Mais ce n'est qu'imparfaitement que j'ai énuméré les biens que procure la vertu. Comme elle est la source de toutes les qualités aimables, elle nous fait aimer de tout ce qui nous approche, elle nous porte à l'indulgence, elle nous inspire une douce gaité; content de soi, on l'est toujours des autres, et

Elle allait continuer, lorsque le bruit d'une voiture se fit entendre. Les trois jeunes filles se levèrent précipitemment, coururent vers le château et, si dans ce moment quelqu'un leur eût demandé ce qui pouvait combler leur vœux, elles auraient sans doute répondu toutes trois que c'était le retour d'un frère.

VARIÉTÉS

Un petit complot avait été formé la semaine dernière, par les externes contre les internes d'un des collèges royaux de Paris. Le directeur d'une des pensions qui fréquentent ce collège, en ayant eu avis la veille du jour fixé pour l'exécution, tout a été arrêté à temps. Il pleuvait à verse, et on i-emarqua que les élèves qui se rendaient au collège paraissaient ravis d'être munis de parapluies. On eut soin de les leur retirer à l'arrivée; puis à la fin de la classe, on ne permit aux internes de sortir qu'après que les externes eurent évacué les cours. Ainsi , la bataille projetée n'eut pas lieu. J'espère que ceux qui l'avaient complottée auront réfléchi depuis lors un peu sensément, et qu'ils auront remercié leur digne instituteur d'avoir prévenu toutes les suites fâcheuses que pouvait entraîner leur éiourderie.

— On m'a écrit pour me demander l'explication du phénomène connu sous le nom d'Echo; je prie ma jeune correspondante de m'excuser; ayant déjà traité ce sujet dans un numéro de la première année de ce journal, je ne crois pas devoir y revenir aujourd'hui.

Impkimeuie de JULES DIDOÏ AlNi;, imprimeuh du uoi ,

,lu l'(.m-de-LoJi.

Dimanche, iSdécem. 182

Le prix de l'abonnemem est, pour Paris, de 7 2 francs par an , cl de 12 francs pour sii mois. Pour les deparlcnients, de 24 francs par an, el i3 francs pour six mois

Bureau de l'alionneinent, chez I.OCIS Cola?, lil.rairc.

rue Daupl.ine, n" 32; e.

chez les principaux lilirairet cl directeurs des posles des dépariemcnts.

ni 1B(DB ©Èiai,

CORRESPONDANCE

RÉPONSES AfX DEIIXIÈP.ES QUESTIONS DU BON GÉNIE.

Je ne saurais exprimer k mes jeunes correspondants et correspondantes à quel point je suis enchanté des réponses qu'ils m'ont adressées cette fois-ci. Dans aucune occasion, même lorsqu'il s'agissait d'obtenir le prix annuel , je n'en avais reçu un aussi grand nombre de parfaitement satisfaisantes. Je vous remercie , mes aimables jeunes amis et amies, de ce zèle qui me charme et des choses touchantes que vous m'adressez personnellement; mais j'abrège mon préambule, afin de consacrer à vos jolies lettres le plus d'espace possible.

J'ai demandé quel était le sens moral de la fable intitulée le Lapin et le Renard, insérée dans le numéro 3o de cette année.

Dans le nombre des lettres qui me sont parvenues, j'en ai choisi, pour les imprimer, trois parmi celles de mes correspondants les plus avancés, et deux parmi celles des plus jeunes. Ce sont celles qui m'ont paru, après un mîir examen , l'emporter décidément sur des concurrents qui les suivent pourtant de bien près. Les trois premières sont de M"° Blanche R...., M"' Coteau P...., jeune hollandaise aveugle, et M"' LaureD.... Les voici :

.. Plus je vous écris mon bon Génie, et plus j'y trouve de plaisir. La bonté avec laquelle vous nous encouragez, l'intérêt si tendre que vous prenez à nos faibles succès, l'affection que vous voulez bien nous témoigner , tout contribue à nous rendre chaque jour plus douce et plus agréable la correspondance que vous avez eu la bonté d'établir avec nous , et doit nous engager toutes à redoubler d'efforts pour vous contenter. Pour moi, mon bon Génie, je vous prie de croire que je ne suis ni la moins zélée, ni la moins reconnaissante.

(1 Voici le sens moral que l'on peut tirer, je crois, de la fable du lapin et du renard : C'est que l'indiscrétion est un grand défaut qui peut avoir les suites les plus funestes ; qu'il ne faut pas placer sa confiance légèrement; et que, sur-tout lorsqu'on est jeune et sans expérience, on doit être plus attentif encore à se rappeler et à suivre les sages avis que l'on nous donne.

«La conduite du renard est bien odieuse et coupable. Il est toujours affreux de tromper; mais il est bien plus affreux encore d'abuser de la simplicité et de l'inexpérience de ceux qui se fient à nous et nou^^-— » témoignent de l'amitié et de la confiance. ^■' ^-

..Quant au petit lapin, sa conduite est ce]|^'d!tin étourdi et d'un indiscret. Il est la cause de la mort àé toute sa famille et de la sienne propre, ce qài nofts -^

proiivu que Fiiidiscret, sans être réellement mécliant, peut cependant faire beaucoup de mal. Il parle à tors et à travers, sans refléchir aux suites que peut avoir son bavardaffe; il ne respecte aucun secret; aussi personne ne l'aime, la société le craint, l'intimité le repousse, et il finit par rester sansamispourle|)laindre, sans parents pour le consoler. Ali! l'indiscrétion est un défaut dont les résultats son aussi affreux pour l'indiscret lui-même que pour la société. Cependant, mon bon Génie, si ce pauvre petit lapin est à blâmer, il me parait aussi bien à plaindre; car n'est-il pas un peu excusable de croire aux paroles de ce renard, qui se montre si sobre, si sage, si bienveillant? Il est malheureux de ne pouvoir pas toujours croire aux apparences et de devoir se défier quelquefois de ce que l'on nous dit et de ce qu'on aous témoigne.

«Adieu, mon bon Génie, permettez-moi de vous renouveler l'expression de mes sentiments d'affection et de reconnaissance. » blanche r... » (de Paris).

«Mon bon Génie, j'ai déjà voulu répondre aux questions que vous fîtes au sujet de la sincérité; mais j'avoue franchement que la certitude de me voir surpassée par des émules beaucoup plus jeunes que moi m'a retenue. Cette crainte était l'effet de l'amourpropre, et comme c'est une faute, jo veux la réparer et vous écrire maintenant. J'espère que vous lirez ma lettre avec beaucoup d'indulgence, car je ne sais pas bien le français, et il m'est très difficile d'exprimer mes idées dans cette langue.

« Je crois que la morale qu'on peut tirer de votre fable est le danger de l'indiscrétion, qui nous fait parler, sans réfléchir si nos paroles peuvent avoir des suites dangereuses pour nous-mêmes ou pour les autres, et si celui à qui nous les adressons est digne de notre confiance. Ce défaut est d'autant plus impardonnable, qu'il mène jusqu'à divulguer les secrets qui nous sont confiés; aussi est-il ordinairement accompagné de la curiosité, ce qui le rend encore plus dangereux.

« Quant au petit lapin , il montrait d'abord un prand désir de causer, en entamant la conversation avec quelqu'un qu'il ne connaissait pas, et qui avait une mauvaise réputation; ensuite, beaucoup de légèreté, enjugcant si f jvoralilement du renard , malgré ce qu'il en avait enicntlu dire par des personnes plus raisonnables, et peut-être par ses parents; enfin, lorsqu'il vantait tant les avantages que possédait sa famille, il montrait un peu de vanité, mais sm-t lUt do l'indiscrétion et de l'imprudence, parce qu'il parlait à un étranger, et peu de délicatesse, paice qu'il parlait de son lionhcur .j quelqu'un qu'il croyait plus malheureux et plus pauvre ([ue lui. Cependant je trouve bien pire celle du mécliant renard qui joignit la fausseté à

la cruauté. Il connaissait la vertu, et se servit de son voile pour cacher son caractère odieux, séduire ainsi l'innocence et exécuter plus aisément ses mauvais desseins.

«Voilà, mon bon Génie, ce que je pense de cette fable.

« Vous serez peut-être étonné que mon écriture soit la même que celle de Julie D Comme j'ai le malheur d'être aveugle, elle a eu la bonté d'écrire cette lettre sous ma dictée. « cateau p ; ( à Maestricht.)

«Après nous avoir fait sentir que la sincérité est un devoir, vous avez voulu, mon bon (jénie, par la fable du lapin et du renard, nous apprendre à ne pas confondre cette vertu avec l'indiscrétion. Soyons francs et sincères, mais soyons discrets. Avant de parler et d'agir, réfléchissons toujours aux suites que peuvent avoir nos paroles et nos actions.

«Le renard voyant un jeune lapin qui lie conversation avec lui, lorsqu'il devrait le fuir, cherche aussitôt à profiter de son inexpérience et à capter son amitié, en se donnant des qualités et des vertus qu'il n'a pas: il joue le rôle d'un hypocrite. Le lapin, qui se croit assez en sûreté derrière son fossé, est bien mal avisé, lorsqu'il adresse la parole à un animal qu'on lui a appris à redouter. Il commet ensuite une grande imprudence, en donnant sur sa famille des détails qui excitent l'avidité de son ennemi, qui le voyant en train de jaser, le fait ajouter à sa faute et l'amène h lui découvrir indiscrèlemcnt le pont qui mène à sa retraite. La conduite du renard est odieuse, abominable. Pour celle du jeune lapin, dont l'indiscrétion a si bien servi le perfide renard, et a causé sa perte et celle de tous les siens, je sens, mon bon (jénie, combien elle est blâmable, mais je ne puis la qualilier. — Adieu , mon bon Génie, etc.

« LAURE D.... » (à Beaune. )

Les deux lettres choisies parmi celles de mes plus jeunes correspondants sont de î\iM. Charles Mojsen et Gabriel il' Lrccville.

«Mon bon Génie, vous demandez ce que je pense de la conduite du renard et de celle du lapin? Je vous réponds franclicment que j'en pense fort mal , et que je n'y vois rien que je veuille imiter jamais. D'abord, où va-t-il, ce petit lapin, loin du terrier de sa mère? que peut-il trouver loin d'elle? un méchant, un flatteur, un renard qui, il la vc'rito, /.(i( la réuérence , <jui i:sl si sobre, qui tw. (kinnndc rien, pas même un fromage au corbeau mais qui prend tout. Loin de se

défier de ce renard qui passait chez eux pour ti-is méchante engeance, notre lapin lui confie tout, comme à son meilleur ami: leur richesse, leur luimbreuso

famille, lendroit de leur terrier et le petit pont qui y conduit; lui recommandant pourtant de ne le pas publier chez quelque animal carnassier. Hélas! que ne s'est-il garde lui-même de l'aller publier chez quelque animal carnassier! Avec tous ces moyens de faire le mal, comment un renard ne leùt-il pas fait? Comment eùt-il pu trouver les raisins trop verds et bons pour des goujats? Ainsi une seule indiscrétion coûta la vie, non seulement au lapin, mais encore à la mère et à ses quatorze enfants.

Il Je tire de cette fable ce sens moral : Le me'chant ne fait le mal que quand il en a la pensée et le moyen ; fort souvent l'indiscret lui donne l'une et l'autre. Ou bien: L'indiscrétion nuit, non seulement à nous, mais aux autres. Prenez donc garde, ajoutera le bon Génie, vous, mes petits amis, assis maintenant au coin du feu, prenez garde de dire les secrets du coin du feu.

Il Adieu, mon bon Génie,

« CHARLES MOYSEN. » ( à Mussy-sur-ScInc.)

« ^lon bon Génie, vous nous avez un peu aidés, en faisant dire au lapin: Fous êtes un méchant; et au renard : Et vous un indiscret. Ils avaient raison tous les deux. En effet, c'était bien méchant de la part du renard, de tuer les lapins qui ne lui avaient rien fait; mais il est en quelque sorte excusable, parcequ'i! faisait son métier. La conduite du lapin était aussi blâmable, car son indiscrétion a causé la ruine de toute sa famille. Ainsi cette fable nous montre qu'il ne faut jamais découvrir ses secrets aux méchants, ni juger les gens sur la mine. On peut encore en retirer deux instructions salutaires: La première est que l'indiscrétion cause des maux extrêmes; et la seconde que celui qui commet une indiscrétion ne s'en aperçoit, hélas I que trop tard.

Il Adieu, mon bon Génie,

«GABRIEL d'erceville. )) ( au château de chapuis. )

Il est encore plusieurs lettres que j'aurais désiré pouvoir imprimer ici en entier, si l'espace me IVùt permis. Ce sont, entre autres, celles de M"° Zéîvobie !>...., ( à Maestricht); M. Emile Gautier, ( à La Rochelle); M"' Julie D...., (à Maestricht); M"' MargueniTE L...., (à Paris); M. Auguste R...., ( élève de l'institution ^luron, à Paris.)

Il en est un grand nombre d'autres qui renferment de jolies pensées très bien exprimées, entre lesquelles jeclioisirai les suivantes:

" II faut toujours écouter les conseils de nos parents, puisqu'ils sont les amis les plus véritables et

les plus éclairés que nous puissions avoir, p (M"' Désirée P , à Paris.)

Il II y a beaucoup de danger h prendre des préventions, en bien ou en mal, car on peut se tromper et être injuste. » ( M"' Ariane S , à Crans.)

Il II y a, dans la conduite du renard, quelque chose de très cruel, c'est le reproche qu'il fait au lapin: Et vous un indiscret. C'est bien indigue de faire sentir au lapin qu'il est la cause de la mort de sa famille,

dans un moment aussi affreux, n ( M"' Ariane de C ,

à Montfleury. )

Il On peut plaindre l'imprudence, mais on abhorrera toujours la trahison et la malice. » (M. Eugène Delisle, à Périgueux.)

il Quand on est vraiment vertueux, on le prouve par ses actions et non par ses paroles; caria modestie est sœur de la vertu. » ( M"' Caroline L , à Paris. )

(i L'indiscrétion est ordinairement causée par trois défauts, l'imprudence, l'irréflexion et l'envie de parler. •> {W' Clémence de F...., à Villebadin , département de rOrne. )

<i Nous ne devons pas placer notre confiance indistinctement; nous devons craindre d'être dupes. Cependant, il ne faut pas se méfier de tout le monde: cela fait trop de mal. » (M"' Augusta ds F...... à Ven- '

deuvre. )

Il Quand on se trouve à causer avec ceux qui nous ont été sjgnalés comme dangereux, il ne faut le faire qu'avec prudence. » ( M"' FirginieG , à Paris.)

Je me bornerai à mentionner, comme méritant d'être distinguées, les lettres signées des noms suivants :

M. Jules Guérin, (à Paris); M"' Jacqueline P...., (a Maestricht); M"" Hortense de F...; M"" Delphine F...., (à Vienne, département de l'Isère); M. Ambroise Beauchef, (à La Flèche); M. Charles Daru, ( à Paris);

^I"' Caltste B , ( à Mortefontaine ) ; M"° Léonie B ,

(à Paris); W' Pauline de R , (à Metz); W' ErnestineP...., (à Montataire); M"' Cécile de C..., (à Fol-

lembray); W' Sophie M. G..., (à Nuits); M. Isidore N...., (à Paris); M. Fortuné Boucault, (à Privas);

M. Eniestd'Erceuille; M"' Caroline de F...... (à Paris);

^I"' Louise F.... , ( à Grenoble); M. Albert Patersi, élève

de l'institution Morin; W^' Constance L. G ,( à Mou.

lins); M"" Fictorine et Ale.vandrine P...., (à Rouen );

AI"" Aurélie et Eugénie D , (à Saverne); enfin une

lettre signée par plusieurs élèves de linstitution de M"'=Gontard, à Ch.itillon.

EXPLICATION DE LA CHARADE Proposée dans le numéro 3o de cette anjiée.

Le mot de ma dernière charade est Moisson , dans lequel on trouve mois et son. Il a e'té devine' par tous ceux de mes lecteurs qui m'ont écrit, et probablement aussi par la plupart des autres. Dans le nombre des explications qui m'ont été adressées sur ce sujet, j'ai cru devoir donner la préférence à celle qu'on va lire:

Il On croit que les Égyptiens ont été les premiers à diviser l'année en douze mois, chacun de 3o jours, ce qui faisait 36o. Thaïes de Milet, un des sept sages de la Grèce, qui avait étudié l'astronomie sous les prêtres égyptiens, reconnut que la révolution du soleil était de plus longue durée, et fit ajouter cinq jours à l'année, qui fut dès-lors de 365 jours. Les Itoniains ayant substitué le calendrier égyptien à celui de Numa qui comptait l'année par les lunaisons, reconnurent que l'égyptien n'était pas exact, et Jules César parvenu à l'empire ajouta encore six heures qui cumulées de quatre en quatre ans donnent un jour de plus, et l'année s'appelle alors bissextile.

" Le son est le produit du choc de deux corps qui excite en eux un mouvement appelé vibration, qui, communiqué à l'air, parvient jusqu'à nos oreilles que Dieu, dans sa bonté, à organisées exprès pour en rerevoir l'impression.

«La moisson, au propre, signifie l'action de récolter les fruits de la terre, et plus particulièrement les grains. Dans le sens de la charade , ce mot est employé au figuré, pour les grains eux-mêmes et pour les plantes, qui les produisent. En effet, lorsque le soleil, par sa douce influence, les fait mûrir, ces plantes prennent une couleur qui ressemble à peu près à celle de l'or, et c'est ce qui fait dire au figuré que le soleil dore la moisson.

" Veuillez, mon bon Génie, etc.,

" ANTOINETTE R. DE LA M. 1) ( à MaiScillc. )

Parmi les autres explications delà charade qui méritent d'être distinguées, je citerai celles de M"' Laure D.; M"° Ariane S. de C; M"= Clémence de F.; M"' Augusta S. de C...;W''Augustade F. ;M"'AnnadeF....

On n)e permettra sûrement d'ajouter à ces noms celui d'une de mes jeunes abonnées pour laquelle j'ai beaucoup d'amitié. M"' Sophie Cti...., qui retenue par une grave maladie, n'a pas pu m'écrire, mais que j'ai été voir et qui a voulu me donner verbalelent l'explication de la charade. J'ai été témoin en même temps de la douceur, de la patience, de la do-

cilitéde cette bonne et intéressante jeune personne; et je les puis citer comme exemples à tous mes lecteurs. J ai été témoin aussi de sa reconnaissance pour les tendres soins de ses parents; elle m'a vivement touché, mais aucun de mes lecteurs n'a besoin de leçon à cet égard.

ANECDOTE

Celestine G*** était venue passer quelques mois à Paris avec son père. Quoique bien jeune encore, elle se faisait remarquer par la vivacité de son intelligence et par son désir d'acquérir de l'instruction; la bonté de son cœur ne la rendait pas moins aimable. M. G*** s'était plu à montrer à sa fille tout ce que Paris pouvait offrir de plus curieux et de plus instructif pour son âge. Mais rien n'avait si fort attiré l'attention de Celestine qu'un établissement de bienfaisance où l'on recueille de malheureux enfants aveugles, pour leur apprendre, à force de soins et de persévérance, les moyens de s'occuper utilement, de se préserver de l'ennui, et même de pourvoir à leur subsistance par leur propre travail. Celestine, lorsqu'elle visitait cet établissement, s'était fait tout expliquer; elle avait même voulu continuer une leçon qu'on donnait à une aveugle pour lui apprendre à tricoter. L'intérêt que cette jeune enfant paraissait prendre à tous ces détails, la joie qu'elle éprouvait quand elle avait compris, étonnaient les personnes qui en étaient témoins. Son père seul avait lu dans son cœur.

Dans la maison de campagne que M. G*** habitait loin de Paris, une jeune domestique aveugle, que l'on gardait par bienfaisance, était l'objet de soins prévenants et d'un attachement sincère de la part de Celestine. La vie de cette malheureuse était un long loisir, bien monotone et bien triste. Mais Celestine venait de concevoir l'espérance de distraire et d'occuper sa jeune protégée. Elle pressa son père de partir, et dès le jour de son arrivée, elle commença à donner des leçons qu'elle n'avait pas oubliées; son bon cœur en conservait trop bien le souvenir. Debout, derrière la chaise de la jeune aveugle, elle guidait ses doigts avec ses petites mains, et lui expliquait la raison de tous les mouvements qu'elle lui faisait faire. Elle consacrait plusieurs heures par jour h cette occupation, et loin de se rebuter, elle redoublait sans cesse de zèle, de patience et d'amitié. Les progrès et la joie de son élève furent enfin sa récompense. Celestine avait de plus rendu son père bien heureux, caB il n'est pas de satisfaction plus douce pour un père que devoir son enfant faire une bonne action.

iMi'fiiMiîRiE DE JULES DIDOT aîné, imprimeih ni' hoi

(II, \'orii-(le-I.odi

niUANCHE, 35 DECEM.

Le prix de l'abonnemcii - ir Paris, de 31 franc ei de 13 francs pou ix mois. Pour les deparlt ueois, de 24 francs par nu t i3 francs pour sii mos

esl.po par

ir ANNÉE. N" 35.

Bureau de l'abonDement, cliei Locis Colas, libraire, rue Daupliine, n" 3i; ei chez les priocipani libraires cl directeurs des postes des départements'

ni BOB (ElMai,

Page 1