‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 13 sur 136 · LA PE(JHE DE LA BALEINE · texte numérisé non relu

LA PE(JHE DE LA BALEINE

a La pécbe de la baleine, continuai-je, en parlant à ma jeune amie Louisa, est d'une grande importance, à cause du profit considérable qu'en retirent les peuples qui s'y livrent. Vous pensez bien que ce n'est ni avec un hameçon ni avec un filet, qu'on s'empare de ce monstrueux animal. Il faut lui dticlarer une véritable guerre, et qui n'est pas sans danger. Certes, celui qui s'aventura le premier à attaquer un semblable ennemi devait être doué d'un courage intrépide.

» Pour aller à la pécbe de la baleine, on équipe tous les-ans, dès le commencement du printemps, de forts bâtiments portant cbacun quarante à cinquante hommes, et munis de six à sept chaloupes, de vingt-cinq pieds, environ, de longueur. Chacune de ces chaloupes peut porter quatre rameurs, un liarponneur et un patron.

li Arrivés dans les mers glaciales, où les baleines font leur séjour, les pêcheurs aperçoivent de loin les jets d'eau qu'elles lancent, et qui ressemblent à la fumée des cheminées d'une ville. Un matelot est placé en sentinelle sur la dunette, et donne le signal dès qu'il aperçoit une baleine. Aussitôt tout l'équipage est en mouvement; on descend dans les chaloupes. Chaque harponneur tient uu harpon, instrument de fer, fait

en -Pèche, long de deux pieds et quelques pouces, emmanché d'un gros bâton de sept à huit pieds de longueur, mais qui peut se séparer quand on lance le harpon. Ce harpon est très affdé et tranchant. Un anneau de fer y est adapté, et le tient attaché à une corde de bon chanvre, qui a plusieurs centaines de pieds de longueur.

Il Les chaloupes s'approchent de la baleine, et dès qu'il est à portée, le harponneur lance son arme, avec vigueur et adresse, sur le dos de l'animal. Le harpon pénètre, et la baleine frappée fuit avec une vitesse inconcevable. On lâche, à mesure qu'elle s'éloiçne, la corde à laquelle est attaché le harpon, de manière que la baleine ne peut s'égarer dans sa fuite et être perdue pour les pécheurs. Toutefois, il faut lâcher cette corde avec habileté et célérité, car autrement la chaloupe serait exposée à chavirer en im moment.

« Après avoir plongé sous les glaçons, la baleine est obligée de revenir à la surface de l'eau, pour respirer et pour rendre du sang. Alors on retire la corde; on jette de nouveaux harpons; on s'approche de l'animal et on le frappe à coups de lance. Il devient furieux, bat les flots avec violence, rejette une écume mêlée de sang, dont il inonde ses ennemis, pousse des mugissements, et fait entendre un bruit effroyable. (' Cependant, il perd peu-à-peu ses forces, et finit

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"par succomber. On l'eritraine alors vers le bâtiment, qui s'est lui-même rapproché des chaloupes. On attache la baleine sur le flanc du vaisseau, et tout l'équipage se livre à la joie. Des matelots couverts de vêtements de cuir, s'attachent une corde par le milieu du corps, et descendent ainsi sur la baleine, armés d'une hache. Ils la dépècent, et enlèvent par tranches le lard qui a plus d'un pied d'épaisseur. C'est de ce lard qu'on retire, en le faisant fondre, l'huile de baleine. Les mêmes matelots détachent ensuite toute la gencive supérieure qui contient les fanons. On abandonne le reste; car on mange rarement la chair de la baleine, qui est dure et dégoûtante, à cause de l'huile dont elle est imbibée. Les nations barbares du Nord sont les seules qui s'en régalent.

il Celles-ci tirent un bien plus grand profit que nous de la baleine. Les habitants de Kamischatska et ceux du Gioënland mangent sa chair toute crue, et boivent avec beaucoup de plaisir l'huile qui en découle. Ils n'emploient pas pour la pêche les mêmes moyens que je viens de vous décrire. C'est pour eux une époque de grandes fêtes et de grandes réjouissances que celle de cette pêche. Pour s'emparer de la baleine, ils s'exposent aux plus terribles dangers , sur de frêles canots. Les uns vont l'attaquer directement, en la frappant d'une arme empoisonnée; d'autres parviennent à l'entortiller de courroies et de nœuds coulants, au moyen desquels ils la forcent d'échouer sur le rivage, oii ils la dépè jent ensuite. Les sauvages de la Floride ont été regardés comme les plus hardis de tous ces peuples. On a vu de ces sauvages se jeter à la mer, armés d'un maillet et de deux tampons de bois attachés à leur ceinture, aller droit à l'animal, s'élancer sur son col, et enfoncer les deux ta\npons, à coups de maillet, dans les deux évents par lesquels la baleine respire. Si la baleine plongeait, après avoir un évent bouché, le sauvage se cramponnait à elle, plongeait en même temps, et au moment où elle revenait à la surface pour respirer, il bouchait adroitement le second évent. La baleine, étouffée, reparaissait un instant après sans mouvement.

<i Les Groënlandais savent tirer parti de tout dans la baleine. Avec ses intestins, ils font des portes et des fenêtres pour leurs habitations; ils emploient ses os en fuise de bois de construction, et se servent do ses côtes comme de poutres; avec ses tendons, ils font du fil et de la ficelle; il n'est pas enfin jusqu'aux poils dont les fanons sont armés, qui ne forment d'estelkntes lignes pour la pêche.

11 Ainsi voilà un animal qui, à lui seul, offre une multitude de ressources, dans ces climats qui semblent si disgraciés, et oîi cependant la Providence n'a point oublié de pourvoir à tous les besoins réels de l'homme, n

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