‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 12 sur 136 · OLYMPE · texte numérisé non relu

OLYMPE

Il était une jeune fille, ( je me hâte de dire que ce n'est point une abonnée du bon Génie), qui se distinguait par une sotte fierté et par des exigeances extrêmement ridicules, sur-tout de la part d'une personne de son âge. Il n'y avait pas de domestiques qui pussent tenir aux manières hautaines, et aux traitements blessants de mademoiselle Olympe. Elle ne savait leur parler autrement que du ton du commandement; elle ne savait les regarder autrement qu'avec dédain; toujours prête à leur rappeler le} obligations de leur service, et à leur faire sentir d'une manière outiageante l'infériorité de leur condition, elle se serait crue déshonorée si elle leur eût adressé un remerciemeiit pour les soins et les services qu'elle recevait d'eux. Déjà elle en avait ainsi fait fuir un grand nombre, sans songer à tout ce que sa conduite à leur cf;ard avait d'offensant, ni au désagrément que ces changements continuels causaient à ses parents. Las enfin de voir que leur exemple était impuissant et que leurs avertissements et leurs réprimandes étaient sans effet, pour corriger Olympe d'un défaut qui aurait pu faire douter de la bonté de son cœur, son père et sa mère prirent le j-arti de lui donner une leçon sévère.

Olympe se trouvait présente lorsqu'un soir, Marguerite, la cuisinière de la maison, vint en pleurant demander son congé. M. et M"" D voulurent savoir quel motif la déterminait à prendre le parti de les quitter. Marguerite refusait de l'avouer. On exigea qu'elle s'ex|)liqu.U franchement; et il fallut enfin convenir que c'était encore madeujoiselle Olympe qui

faisait fuir la pauvre Marguerite. «N'est-ce que cela,

ma bonne Marguerite? dit M. D ; vous resterez

avec nous. Faites venir, je vous prie. Comtois et Lisbeth. " Marguerite appela le domestique et la femmede-chambre, et aussitôt qu'ils furent arrivés : « Rappelez-vous bien, leur dit M. D , ce que vous allez

entendre. Vous n'êtes point ici aux ordres de mademoiselle Olympe. Je vous défends très positivement de lui obéir en rien, de rien faire pour son service, et de souffrir qu'elle vous parle avec autorité. Lorsqu'on maltraite ses serviteurs, on ne mérite pas d'en avoir, et comme on s'expose ainsi à n'en pas trouver, il faut apprendre à se servir soi-même. Allez, mes amis, et souvenez-vous de ma défense expresse, n Les domestiques sortirent avec un air affligé. M.

D dit à sa fille: u Vous avez entendu. Olympe?»

Olympe ne répondit rien. Elle était rouge comme le feu, et avait le cœur bien gros. Cependant son premier mouvement fut de prendre fièrement son parti. Elle alla se coucher, en faisant semblant de chanter, mais au fond fort déconcertée. Le lendemain matin, elle pensa qu'il fallait d'abord faire son lit. Elle eut une peine extrême à remuer les niatelats, et se releva un ongle, ce qui lui causa une vive douleur. Le lit n'avait jamais été si mal fait, il était tout de côté, et avait la plus mauvaise tournure qu'on puisse imaginer. En ouvrant sa porte. Olympe vit qu'on avait placé un balai derrière. » Allons, dit-elle, je vois qu'il faut aussi que je balaye ma chambre. C'est dur! u Cependant elle prit le balai, et tant bien que mal, elle enleva le plus gros de la poussière, qu'elle fit voler de toute part, et en avala une partie de manière à tousser pendant deux heures. Ce grand travail fini, il s'agissait de faire sa toilette. Olympe n'était pas accoutumée à se lacer clle-!néme, en sorte que quand elle eut mis son corset, il était tout de travers et lui tordait complètement la taille. Mais ce fut bien une autre affaire, lorsque voulant mettre ses souliers, elle s'aperçut qu'ils étaient encore tout crottés de la veille. Oh I pour le coup elle fut attérée. Cependant elle prend la brosse, et la voilà frottant sur ses doigts au lieu île frotter sur le cuir, et s'emplissant la main de cirage. Après cette belle opération, elle voidut en effacer les traces en se lavant les mains. Mais le maudit cirage tenait bon, et il en resta quelques taches que la pauvre Olympe ne put parvenir à faire disparaître. Tout cela la conduisit jusqu'à l'heure du dt^'eùner. Elle descendit pour se mettre à table. En regardant le serrée , elle fut sur le point de s'écrier : n Voyez l'étourdi de Comtois, il a encore oublié un couvert 1 » Mais elle se ressouvint à temps que ce devait être le sien qu'on

n'avait pu mettre, puisque M. D avait défendu

de rien faire pour son service. Elle alla donc à l'office, sans rien dire, et y prit elle-même ce dont elle avait

besoin. Pendant le déjei'mcr, n'osant demander des assiettes, et embarrassée pour se lever et en aller prendre, elle mangea tout dans la même. Bientôt après, sa maîtresse de piano arriva pour lui donner leçon. La pauvre enfant avait la main fatiguée et toute tremblante du service inaccoutumé qu'elle avait fait le matin, en sorte qu'elle ne pouvait plus exécuter les choses même qu'elle savait le mieux, u Mais tenez-vous doue droite, lui disait sa maîtresse en lui voyant la taille de travers. Qu'avez-vous donc aujourd'hui dans Un doigts? Qu'est-ce donc que ces taches noires qui sont sur votre main? » Olympe ne savait que répoudre; de grosses larmes roulaient dans ses yeux; elle ne put prendre sa leçon jusqu'au bout. Le reste de la journée ne fut pas plus gai. Le dîné se passa à-peu-près comme le déjeuner. Seulement Olympe ne put s'empédier d'être touchée, en voyant l'air triste de Marguerite et de Lisbeth, et le bon Comtois qui faisait, d'un air suppliant, des signes à son maître, pour obtenir la permission de donner une assiette à Olympe. Quand vint le soir, Olympe s'attendait à être bien mal couchée. Mais quelle fut sa surprise en trouvant que son lit avait été refait I <i Quoi! dit-elle, c'est cette bonne Lisbeth, que j'ai si souvent maltraitée, qui a refait mon lit ! Oh ! mon Dieu , que c'était mal a moi ! » Elle se coucha, mais elle ne dormit guère, et en revanche réfléchit beaucoup. Au milieu de ses réflexions, ce fut enfin son cœur qui l'emporta sur son caractère; et après s'êtraavoué à elle-même tous ses torts, toute son injustice et sa vanité, elle se sentit plus contente, et goûta un peu de repos. En se réveillant, sa résolution était prise. Elle courut dans la chambre de ses parents, et les embrassa d'un air joyeux. " Ah! dit M.

D , Voilà qui est de bon augure. — Oh! oui, mon

Papa, j'ai compris combien je devais vous affliger, vous qui êtes si bon I Mais je veux réparer mes fautes, et me corriger. Je vais prier moi-même Marguerite de ne pas nous quitter. Et ne croyez pas que ce soit la paresse de faire ce que j'ai fait hier, qui me fasse prendre cette résolution. Pour vous prouver le contraire, je veux continuer à me servir moi-même en beaucoup de choses, et vous verrez que je ne serai plus fière ni exigeante. » M. et M"" D embrassèrent leur fille avec joie. Elle coiu'ut ensuite auprès de Marguerite, et la manière dont elle lui parla, les remerciements qu'elle fit à Comtois et à Lisbeth les firent tous pleurer d'attendrissement.

LITHOGRAPHIE

Nous allons entrer dans le carnaval, qui commence, cette année, le 3 février, et qui ne dure que jusqu'au i5 du même mois. J'ai voulu offrir à mes abonnés, dans la lithographie jointe à ce numéro,

un petit tableau des folies de cette époque. Ce tableau, je pense, n'a pas besoin d'explication. îMais peut-être quelques-uns de mes lecteurs seront-ils curieux de savoir ce que signifie ce mot Carnaval. Je vais profiter de cette occasion pour le leur dire.

Les Romains avaient imaginé, pour présider à la bonne chère, une divinité qu'ils appelaient Cama. Ils l'invoquaient pendant leurs fêtes des Bacchanales et des Saturnales; et lorsque ces fêtes se terminaient, ils la remerciaient en lui disant: Adieu, Cama, (en latin, Carvci , va le).

Lorsque les lumières de la vraie religion eurent détruit les absurdes erreurs du paganisme, quelques anciens usages se conservèrent parmi les nouveaux peuples chrétiens. Ainsi, pendant les derniers jours de réjouissances et de divertissements qui précèdent le temps de pénitence du carême, on continua de crier, par plaisanterie: Adieu, bonne chère; Cama vale; et c'est de là qu'est venu le mot de Carnaval, qu'on donne encore aujourd'hui à cette époque de l'année.

EXPLICATION de la Charade du dernier numéro.

Le mot de la charade qu'on a lue dans le précèdent numéro de ce journal est Tukenne, dans lequel on trouve lu et renne.

Je pense que tous mes lecteurs savent que tu est un pronom, et ce que c'est qu'un pronom.»

Le renne est un animal quadrupède, qui est devenu domestique chez les Lapons, et dont ce peuple misérable tire un très grand parti. Sa forme a quelque rapport avec celle du cerf et du daim, quoiqu'il soit bien moins élégant et gracieux. Le bois dont sa tête est surmontée est beaucoup plus grand que celui du cerf, et se divise en un plus grand nombre de rameaux. Ses pieds sont larges, et il peut courir sur la glace et sur la neige gelée, avec autant d'assurance que sur une belle pelouse. Les Lapons s'en servent comme du cheval pour traîner des voitures et des traîneaux. Il marche avec rapidité, et peut aisément faire trente lieues par jour. La femelle donne un lait qui est plus substantiel et plus nourrissant que celui de la vache. Cet animal, destiné à vivre au milieu des frimats du Nord, et à n'y trouver qu'une chétive nourriture, a été doué d'une grande sobriété. Il mange, en été, les feuilles des arbres, et en hiver, il se contente d'une mousse blanche qu'il trouve sous la neige, en fouillant avec son bois et avec ses pieds.

Ce n'est pas seulement pendant sa vie qu'il est utile à son maître. Sa chair est bonne à manger; son poil fait une excellente fourrure, et sa peau devient un

cuir souple et solide. C'est ainsi que la Providence soigneuse de pourvoir aux besoins de l'homme dans tous les climats, a placé sous le ciel glacé de la Laponie, où le cheval, le bœuf et la brebis ne pourraient pas vivre, un animal qui , a lui seul , peut rendre tous les services qu'on obtient de ces trois animaux.

Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte deTvrexne, maréchal de France, naquit à Sedan, le ii septembre 1611. Il était le second fils de Henri de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, et d'Elisabeth de Nassau, princesse d'Orange. Turenne avait reçu en naissant toutes les vertus qui constituent un héros. Il montra, dès son enfance, un goût lîécidé pour l'art de la guerre. Il n'avait pas plus de dix ans, lorsque, par une saison fort rigoureuse, s'étant absenté de la maison, il n'y reparut point le soir. Son gouverneur alarmé le cherchait de toute part, avec la plus grande anxiété. Désespérant enfin de le rencontrer, il passe, pour s'en retourner, à travers les batteries du rempart de Sedan, et trouve le jeune Turenne endormi profondément sur l'affût d'un canon.

(]e fut sous les ordres de son oncle, le prince Maurice de Nassau, que Turenne fit ses premières campagnes. Son oncle voulut qu'il commençât par porter le mousquet, et qu'il acquit lui-même tous ses grades. Il fut fait maréchal de France à 32 ans.

Vous lirez, dans l'histoire de France et dans les histoires particulières qui ont été écrites sur Turenne, une foule de traits et de mots qui prouvent à quel point ce grand capitaine savait allier la bonté, la simplicité et la modération, à toutes les hautes vertus d'un général d'armée. Il me faudrait plus d'espace que je n'en ai pour les rapporter ici ; mais je dois vous avertir que la vie de Turenne est une suite de belles leçons et de beaux exemples.

Le 27 juillet i(5-:>, Turenne fut tué, près du village de Saltzbach, par un boulet de canon. La France fut consternée de cette perte; les soldats étaient au désespoir, et brillaient de combattre ceux qui avaient tué leur général. On rapporte que ces braves, voyant que les généraux français ne savaient quel parti prendre, après ce funeste événement, criaient de tous cotés: Lâchez tapie, elle nous conduira. C'était le nom du cheval que Turenne montait dans les batailles.

Les restes de Turenne furent déposés à Saint-Denis, auprès des dépouilles des Rois. On les arracha de cet auguste asyle, à l'époque désastreuse où les tombes royales furent profanées. Son tombeau est maintenant dans l'église des Invalides.

Nota : Je recois un peu trop tard plusieurs jolies lettres relatives .1 cette charade. J'en rendrai compte dans mon numéro prochain.

Imprimerie le JULES DIUOT AÎNÉ, imphimlur du noi, luc du l'oiu-dc-Lodi , n" 6.

Dimanche, 6 FÉmiEn i825

Le prix de l'abonnemeni est. pour Paris, ilc 22 francs par ail, cl de 12 francs pour six mois. Pour les départements, de 24 francs par an , et i3 francs pour sis mois.

NiMÉno 4O.

l'Uteau de l'alionnentcnt.

cliiz I.oi'is Colas, lihraire, rue Daupliine , n° 32; et chez les principaux lihraircs et directeurs des postes des départements.

]Li iB®ii <^twm.

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