UNION FRATERNELLE
Oh! mes amis, que je vous conte un fait bien touchant et bien vrai, que je viens d'apprendre. Je suis sûr que vous allez aimer de toiit votre cœur mon intéressante petite Aline et son bon frère Emile.
Vers le milieu de janvier dernier, Emile N tomba
malade. On crut dabord que cela se bornerait à un gros riiume; mais après peu de jours, une fièvre violente se déclara, une oppression considérable se fit sentir, et le médecin armonça qu'Emile avait une flu.\ion de poitrine. La maladie ne présentait pas un grand danger, mais ce mot causa une épouvante affreuse à la pauvre Aline, de qui je vous peindrais difficileinenl et la douleur et les tendres alarmes. Elle passa tout le reste de la journée à pleurer, venant à chaque instant contempler son frère agité par la fièvre, et de qui la respiration était de plus en plus pénible, à mesure que le mal suivait son cours. Le soir on eut de la peine à la décider à s'aller coucher. M°'
N , inquiète de l'état de sa fille, alla voir au bout
d'une heure si elle était endormie. Elle la trouva à genoux sur son lit, et priant avec tant de ferveur^ qu'elle ne s'aperçut pas de l'arrivée de sa mère. " Ma bonne .\line, lui dit celle-ci, que fais-tu donc? C'est très bien de prier, et j'espère que le bon Dieu écoutera des vœux si sincères et si purs. Mais, ma bonne amie, c'est bien assez pour moi du chagrin de voir ton frère malade; prends garde de le devenir à ton tour, et de me causer une nouvelle inquiétude. — Oli ! >laman, s'écria Aline, je ne serai pas malade, soyez tranquille; mais j'ai besoin de prier le bon Dieu. Cela me console et me rassure. Il me semble que je suis moins alarmée depuis que j'ai prié. — Je le crois, mon enfant; on serait bien à plaindre si on ne pouvait s'adresser à Dieu dans le malbeur. Il est si doux de penser que Dieu entend nos plaintes et que, si elles sont justes, il les accueillera avec bonté! Aie confiance en lui, mon .Mine; il écoutera ta douce prière et rendra la santé à notre Emile. ?.Iais, je t'en prie aussi, fâche maintenant de prendre un peu de repos, et fais en sorte que je ne sois pas obligée de veiller près de mes deux enfants à-la-fois. — Eh bien, oui, Maman, reprit Aline; mais j'ai upe grâce à vous demander. Vous m'avez dit quelquefois que j'étais |a seconde maman de mon frère. Je réclanii; les droits que me donne ce titre, et je vous supplie de permettre que je veille près de lui de deux nuits l'une, au moins une bonne partie de la nuit. "
M"" ^' fut obligée de conseixtir à celte demande,
afin d'obtenir qu'Aline mit sa tête sur son oreiller et chercliât à dormir. Le lendemain, Aline était levée de bonne heure et courut au lit de son frère. Celui-ci de sa main brûlante saisit celle de sa sœur et la serra.
Il lui fit un j>. lit signe de tète et lui dit d'une voi.< eiitieroupée: « .\line, tua >u'ur, j'ai bien du plaisir à te voir, reste .itiprès de moi. — Je ne te quitterai que pour obéir à maman, lui répondit Aline; mais j'ai la permission de te veiller celle nuit. » Emile fit un sourire, et un mouvement pour exprimer tout le plaisir que cette nouvelle lui causait. Pendant toute la journée, ce fut Aline qui, alternativement avec sa mère, donna à boire a son frère. Elle ne s'absenta que deux
heures, pour aller prendre l'air, parce que M"' N
l'exigea. Le soir étant arrivé, elle s'installa comme garde malade. Pour lui complaire, 1M°" N tendrement émue, consentit à se coucher pendant quelques heures et à prendre un peu de repos. Il fallait voir la bonne Aline allant dix fois par nilnules regarder son frère; reborder son lit lorsqu'il faisait quelques mouvements qui auraient pu lui fahe gagner du froid; jetant sans cesse les yeux sur la pendule, pour voir si ce n'était pas l'heure de lui donner à boire; préparant la tisanne, la faisant chauffer ou refroidir à point, et la lui présentant avec une tendre sollicitude. Lorsqu'il voulait parler pour la remercier, elle lui imposait silence, en lui rappelant que le médecin l'avait
défendu. M"' N , couchée dans la même alcôve,
mais qui ne dormait que comme peut dormir une mère près de son enfant malade , était témoin de temps en temps de cette scène touchante, et en pleurait d'attendrissement. Vers trois heures du matin, elle exigea qu'Aline allât se coucher. La jeune fille fit sa prière accoutumée, et céda à la puissance du sommeil.
Les journées suivantes se passèrent de même; et de deux nuits l'une, Aline continua de remplir son rôle de garde malade. Cependant Emile allait de mieux en mieux. Quelle fut la joie d'.Alinc lorsque le médecin déclara que le petit malade était en convalescence! Ah! combien elle rendit grâces à Dieu qu'elle avait tant prié! Cette convalescence commença précisément avec le carnaval. Aline reçut la visite de plusieurs de ses amies et des invitations pour plusieurs soirées. Mais elle ne songeait guère à aller se divertir. Tout son temps était consacré à son frère. Elle s'efforçait de le distraire, de l'amuser, soit en jouant tranquillement avec lui, soit en lui faisant quelques petites lectures intéressantes. Emile la pressa plusieurs fois d'accepter quelque disti action, sa mère même l'engagea deux fois à aller passer la soirée chez sa tante avec ses jeunes cousines; mais Aline s'écriait: u C>h! Maman, je vous en prie, ne l'exigez pas. Où voulez-vous que je trouve un plaisir plus grand que celui de voir mon frère revenir à la santé? » Le bon Emile était ])énétré de reconnaissance. Il avait été fort docile pendant sa
maladie, et M"" N lui avait promis de lui accorder
ce qu'il demanderait, après sa guérison. Enfin le médecin permit la première sortie, < t ce fut une grande
joie. M"' N voulut, ce jour là même, tenir la promesse qu'elle avait faite à son fils, et lui demanda ce qu'il desirait. "Maman, dit-il, si cela vous est égal,
je désirerais de l'argent, u M'"' N fut fort étonne'e.
Cependant elle ne voulut point refuser, et remit à Emile six louis d'or, en lui disant que c'était tout ce dont elle pouvait disposer pour lui faire un cadeau. « Oh ! bonne Maman , c'est bien assez. — Et que vas-tu faire de cette somme? — D'abord, reprit Emile, en voici la moitié que nous distribuerons à de pauvres mères qui ont des enfants malades , en reconnaissance de ce que le bon Dieu m'a rendu la santé. Et puis, avec le reste, nous allons acheter un petit bureau à glace, comme ma sœur en désire un depuis bien long-temps. — Que dis-tu donc, mon frère?... — Ah! il ne faut pas contrarier un convalescent. " Le frère et la sœur sembrassèrent; M"" N....embrassasescnfants, et on monta en voiture.