‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 41 sur 136 · DE M"' DE R A SON FILS, FÉLIX DE R · texte numérisé non relu

DE M"' DE R A SON FILS, FÉLIX DE R

Au moment où il venait d'entrer au collège.

En nous quittant, mon cher enfant, nous nous sommes j)romis d'entretenir une correspondance exacte, et je suis la première à te donner l'exemple. Il est mille choses que je n'ai pu te recommander eu me séparant de toi, parce que, je l'avouerai, j'étais trop attendrie pour pouvoir parler. Quelle est la mère, qui, lorsqu'elle quitte pour la première fois un fils chéri, nourri et élevé par elle, ne trouve pas en l'embrassant plus de larmes que de paroles?

Cependant, mon Félix, la raison doit reprendre ses droits: je crois la tienne au-dessus de ton âge, et je regarde comme un devoir, de te donner une idée juste de notre situation.

Tu sais déjà, mon fils, que tu es le seul appui de

tes trois sœurs, et que si elles avaient le malheur de me perdre, elles n'auraient pas d'autre ami, d'autre protecteur que toi. Mais tu ignores peut-être combien peu de fortune a laissé ton père en mourant. Gardetoi d'imaginer que cette médiocrité fut le résultat de dépenses folles ou d'aucuns désordres. Non, la mémoire de cet homme respectable est sans tache comme le fut sa vie, et si la fortune a refusé de sourire à ses entreprises, il ne l'a jamais regretté que pour vous. Hélas! il me semble encore le voir succombant à une longue maladie. Après m'avoir long-temps parlé des consolations qu'il avait puisées dans la religion, toutà-coup, d'une main, il serre la mienne; il ctend l'autre pour bénir ses quatre enfants, et me dit : .* Sois couu ïageuse et remplis ta tâche : veille soigneusement

« sur les seuls trésors que je puisse te laisser! » Ce

furent ses dernières paroles.

Dieu a béni cette tâche, que j'ai remplie de mon mieux. Notre petite fortune, aidée de mon travail, a suffi pour que, dans la petite ville de province que nous habitions, mes chers enfants ne connussent ni le besoin, ni même les privations: je fus, tu le sais, mon fds, votre nourrice, votre berceuse : tour-à-tour, couturière, lingère et maîtresse d'école, j'appris à tes sœurs à coudre, je vous montrai à lire, à écrire, a compter-, avant tout, je vous avais instruits à prier Dieu, à vous confier en sa bonté paternelle. Lorsque nos journées étaient ainsi remplies, tu sais encore, Félix, que la gaieté, l'abondance refînaient dnns notre petit ménage. Tu n'oublieras pas, sans doute, la galette et les cerises, que la bonne Mathurine, notre unique servante, apportait, pour le souper, sur le gazon qui s'étend devant la maison.

Cependant, des gens désœuvrés ou bavards, car il n y a que ceux-là qui s'occupent des affaires des autres, se demandaient pourquoi je vivais si simplement; pourquoi je n'avais pas une bonne de plus, des habits plus élégants, etc., etc. Toi-même, mon cher Félix, en revenant de chez ta tante, qui n'est pas beaucoup plus riche tu t'étonnais de ne pas trouver chez nous, les objets de luxe que tu voyais chez elle. Tu vas maintenant comprendre le motif de cette sévère économie. Je ne pouvais me dissimuler que je t'avais appris tout ce que je savais, mais qu'étant sorti de la première enfance, d'autres instituteurs que ta mère te devenaient nécessaires; en un mot, qu'il te fallait quelques années de collège, pour te mettre en ctat d'embrasser un jour une carrière quelconque, d ou dépendait ton avenir et celui de tes sœurs. C'est pour subvenir à la dépense, assez forte, que nécessite ce séjour au collège , que depuis bien des années ,'amasse unesomme qui est destinée h ton éducation. Vo.là,mon

fils, l'explication de ma mise si simple, de ma table, saine, mais frugale, en un mot, de toutes les privations qu'un devoir sacré m'ordonnait de ni'iniposer.

Aussitôt que j'ai eu amassé l'argent nécessaire, je t'ai envoyé à Paris, dans l'un des meilleurs collèges de cette capitale. C'est à toi maintenant de completter mon ouvrage. Il faut que par une volonté lèrme, une attention suivie à tes études, tu fasses fructifier le grain que j'ai semé. Il faut que tu te dises chaque jour: » Sijesuisinatteiitif, inappliqué, indocile, je rends inutiles les sacrifices et les privations auxquels ma mère s'est soumise depuis plusieurs années. 11 dépend de moi de tromper son attente, ou de la surpasser; d'être un fils reconnaissant

ou ingrat » Je suis bien sure, mon Fclix, que ton

choix est déjà fait.

Il était nécessaire que cette petite explication précédât notre correspondance; maintenant, mon enfant, tu es au fait de tous mes secrets, et j'attends avec impatience ta première lettre. Tu vas sans doute me raconter combien la ville de Paris t'a paru belle et grande, à toi qui n'as jamais quitté ta ville natale! Quant à moi, je n'ai pas de grandes nouvelles à te donner: tes deux sœurs aînées, Alphonsine et Juliette, prient Dieu chaque soir avec moi, pour notre cher petit voyageur; ta petite sœur, Sophie, qui est trop jeune pour calculer les distances et le temps, dit, chaque jour, que c'est sûrement demain que tu reviendras: et ton chien, Azor. va régulièrement se coucher sous la chaise où tu avais l'habitude de t'asseoir, comme s'il t'attendait.

Quant à moi, mon cher enfant, je pense à toi, et t'embrasse avec toute la tendresse d'une mère, je ne connais rien de plus fort.

CHARADE

C'était jadis sur mon premier Qu'après la victoire, un guerrier Montrait son front ceint de laurier.

Dans mon nom, mes enfants^ vous trouvez mon dernier; Doux titre, qu'envers vous je veux justifier. C'est dans la terre enfin qu'on cherche mon enuer. (J'invite mes jeunes lecteurs à s'occuper des questions que je leur ai proposées dimanche dernier plutôt que de l'explication de cette charade. Je me charge de la leur donner moi-même dans mon prochain n°).

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