EXPLICATION DE L^\ DERNIÈRE CHARADE
Le mot de ma dernière charade va me fournir aujourd'hui le sujet d'un long article. Ce mot est CHARBON, dans lequel on trouve cliar et ion.
Ohez les Romains, lorsqu'un général avaitremporté une victoire, il obtenait les honneurs du triomphe. 11 entrait dans Rome, monte sur un char et couronné de lauriers. Le char était orné des dépouilles des vaincus, que le triomphateur allait offrir à Jupiter et suspendre dans le temple de ce dieu.
Dans les allégories payennes, on a constamment représenté la Victoire portée sur un char. Les anciens donnaient un char à la plupart de leurs divinités: celui de Junon était traîné par des paons; celui de Vénus, par des colombes; celui de Neptune, par des chevaux marins, animaux fabuleux; celui de Pluton, par quatre chevaux noirs fougueux; celui de ("ybèle, par des lions; celui de Bacchus, par des tigres, des lions ou des panthères.
L'adresse à conduire les chars était fort estimée dans l'antiquité, et les courses de chars étaient un des nobles jeux de la Grèce.
Bon est un adjectif qui exprime une qualité, avec aquelle on est sûr de se faire aimer. Cette qualité
vaut mieux que tous les avantages physiques, car elle est elle-même la beauté do l'àme. Le fcon Génie désire que vous reconnaissiez qu'il n'a pas pris ce titre en vain, et il met toute son ambition à le justifier auprès de vous, car il ne souhaite rien tant que d'obtenir l'amitié de ses 6o»?i jeunes lecteurs.
Le CHARBON Oh! oh! je vois d'ici mes lectrices
faire une petite mine dégoûtée et s'apprêter à mettre leurs gants pour achever de lire cet article. Elles ne soupçonnent sûrement pas ou il doit nous conduire. Nous allons voir.
On connaît, dans l'économie domestique, deux sortes de charbon, le charbon de terre et le charbon de bois : parlons d'abord du premier.
Le charbon de terre porte un nom moins vulgaire qui est celui de houille. La houille est une matière noire, luisante, ayant la consistance d'une pierre, quelquefois assez fragile et susceptible de se briser en éclats. On la retire du sein de la terre, où elle se trouve en couches d'une grande étendue, qui ont plus ou moins d'épaisseur. Le plus conniiunément, cette . épaisseur est de trois à six pieds. Les lieux où on trouvuri] de ces couche?, et où l'on creuse la terre pour en r^j tirer la houille, sont des mines qu'on nomme /roM(î4 lères. La France, la ilelgique et l'Angleterre sont les I contrées de l'Europe où ces mines sont le plus nom-
breuses et abondantes. Les mineurs qui les exploitent mènent une vie bien pénible et bien laborieuse. Ils ne voient presque jamais le soleil, et passent leurs journées enfouis dans de profonds souterrains noirs. L'air qu'ils y respirent est souvent infecté de vapeurs impures, et quelquefois même ils y rencontrent un gaz inflammable qui, à l'approche d'une lampe prend feu subitement et leur donne la mort. Quelle' différence de la condition de ces pauvres mineurs à celle du laboureur qui respire un air pur, et contemple le ciel, les arbres et les fleurs des champs!
La houille est composée principalement d'une substance combustible à laquelle on donne le nom de carbone, et qui est le charbon pur. Elle en contient un peu plus des deux tiers de son poids. Elle renferme en oulre du soufre, substance minérale aussi combustible, comme vous savez; et du bnume , autre subtance minérale également combustible qui, pH^e isolement, brûle en répandant une odeur particulière qu on appelle bitumineuse.
La houille produit, en brûlant, une très vive chaleur; aussi les forgerons s'en servent-ils pour faire rougir le fer qu'ils travaillent. On l'emploie dans beaucoup d'endroits pour chauffer les appartementsmais elle a l'inconvénient de répandre quelquefois une odeur de soufre ou de bitume. Cet inconvénient n existe pas dans une espèce de combustible dont on fait une grande consommation en Angleterre et qui commence à être employé à Paris. Ce combustible qu'on appelle coak, est une houille qu'on a débarrassée du soufre qu'elle contenait, au moyen d'une première combustion lente.
Le carbone, qui forme la base principale de la houille, existe dans un grand nombre d'autres corps et particulièrement dans les végétaux. C'est en faisant subir au bois qui en contient le plus , une combustion lente, et en arrêtant cette combustion au moment convenable qu'on obtient ce qu'on appelle le charbon de bo,s. Le dernier n'est donc autre chose que le car bone du bois, dégagé en grande partie des autres substances auxquelles il était uni dans l'état d'or-anisation végétale. ^
Il ne faut pas croire cependant que le carbone soit ainsi réduit à un état .le pureté parfaite. D.ms l'état de pureté parfaite, en effet, il est sus.eptible de prendre un bien autre aspect, et je vais vous étonner probablement beaucoup en vous disant que le carbone pur c est e diamant. Oui , ce diamant , si beau , si éclatant, le plus brillant et le plus .lur de tous les corps n est pas autre chose que le cUbon ou le carbone pur' cristal.se. L.xposé à un feu suffisant, il brûle tout enfer avec une petite flamme brillante... Eh bien , quoi ' cela ,l.m.,.uerait.il votre estime pour le diamant? Il me semble, a moi, qu'il n'y a rien que d'honon.b!.
pour lui dans ce rapprochement avec un corps, moins beau sans doute, mais assurément bien plus utile. Je n'en fais pas moins assez de cas du diamant pour penser qu'il mérite un article particulier. C'est pourquoi je m'arrête en me réservant de vous parler un autre jour du diamanV, des pierres précieuses et des cristaux en général.
P. S. L'article qu'on vient de lire était déjà composé à l'imprimerie quand j'ai reçu, au sujet de la charade, une lettre fort intéressante, que je regrette de ne pouvoir plus imprimer en entier, mais dont je puis au moins donner quelques extraits, car elle contient des détails qui ne se trouvent pas dans mon article, et qui le compléteront.
uLa fable, dit mon jeune correspondant, attribue l'invention des chars à Érésichton, roi d'Athènes et fils deVulcain, qui avait, dit-on, le corps terminé par une ([ueue de serpent, et qui se servait d'un char pour cacher cette difformité. Les Romains leur donnaient différents noms, suivant le nombre de chevaux dont ils étaient attelés; ainsi, l'on nommait les chars à quatre chevaux quadriga:
a Vous dites que le charbon se trouve dans la terre; cependant, celui que vos abonnés ont pu voir chez leurs parents est le résultat de la combustion du bois. Pour l'obtenir, on couvre de terre un tas de bois plus ou moins grand, en ayant soin de laisser un espace libre au milieu, pour que l'air circulant alimente le feu. Un grand nombre de nous ont pu voiries préparatifs de cette opération ou les places noircies où elle avait eu lieu. On éteint ce brasier, lorsqu'on juge le bois suffisamment brûlé pour ne plus produire de fumée quand ou l'emploiera. Il s'exhale toutefois de ce charbon une vapeur qui asphixie ceux qui ne prennent pas assez de précautions pour aérer la pièce où
ils l'emploient
u L'exploitation des mines de houille est dangereuse à cause du gaz hydrogène carboné que les mineurs appellent grison ou moffeUe. Ce gaz, en se mêlant à l'air, s'enflamme et produit des explosions souvent funestes aux ouvriers. Pour éviter ce danger, M. Davy, savant anglais, a inventé une lampe appelée laMpe de sûreté, dont la flamme est entourée, au lieu de verre, d'un treillage fort serré en fil de métal. Alors, le gaz attiré par la flamme, se consume dans la lampe, sans communiquer la flamme à celui qui se dégage de nouveau.
11 Quehpies personnes pensent que les bancs de houille sont produits par des forêts qui auraient été enterrées dans quelque grande catastrophe du globe, et qui auraient ac.piis ces nouvelles propriétés par un long séjour dans la terre. Quoi qu'il en soit, on y
trouve des vestiges de plantes et d'arbres que l'on croit appartenir à de grandes espèces de fougères et aux palmiers n Léon Desormeaux.»