LE CHAGRIN DE MÊLANTE
M. d'Oberval, veuf depuis dix ans, se consacrait entièrement à l'éducation de ses deux enfants. « Qu'astn donc. Mêlante?" dit-il un jour à sa fille âgée de douze ans, qu'il voyait assise tristement devant les livres de son frère et poussant de profonds soupirs. Il Ah ! Papa , c'est que j'ai du chagrin ! — Eh quoi ! ton serin serait-il envole? Ton beau rosier multiflore sàrait-il mort? — Oh! Papa, c'est bien autre chose... Je ne puis me consoler de ce que le ciel m'a fait naître femme. — Je suis d'autant plus affligé de savoir que c'est là la cause de ta tristesse, qu'il me semble qu'il y a peu de remède. Et pourrais-je connaître les motifs d'un pareil regret? — Tenez, Papa, je vous avoue que je n'y pensais pas, mais c'est mon ftère qui m'a mis cela dans la tête. Il dit toujours que les femmes ne sont bonnes à rien, et comme il tenait son histoire de France, il m'a cité la loi Saliqitc pouv me prouver qu'on les juge incapables de gouverner. — Je conviens en effet, dit M. d'Oberval en souriant, que par les lois de notre pays, le chemin du trône t'est fermé. — Et mon frère, continua Mélanie, ajouta que les femmes ne peuvent ni commander une armée, ni illustrer leur pays, ni parvenir à aucune célébrité. — Il est vrai, ma chère enfant, que tti ferais une pauvre figure avec des épaulettes de général . ou soutenant une
discussion dans la Chambre des Députés. — Papa
vous riez toujours'.... Moi, je vous avoue que cela m'a
beaucoup humiliée, d'autant plus qu'Adrien a ajouté que les femmes en savaient toujours assez pour garder la maison et surveiller le ménage. — Oh! pour le coup, je conviendrai que ton frère se montre trop peu galant. Heureusement que ce jugement n'est pas sans appel; et moi, par exemple, je suis d'un avis tout contraire. Je trouve que les femmes tiennent dans la société une place fort honorable , mais il faut qu'elles sachent s'en emparer et s'y maintenir. Le premier pas vers le bonheur est de le chercher dans le cercle que nous a assigné la nature; et le plus irrémédiable des maux est, ici-bas, d'être mécontent de son lot. Nous reviendrons, au reste, sur ce sujet, ma fille, car je le regarde comme important pour toi. Pour aujourd'hui, afin de te consoler un peu de l'infériorité de ton sexe, je te citerai trois de nos plus grands rois, Louis IX, Henri IV et Louis XIV^, et je t'engagerai à demander à ton frère quelles étaient leurs mères? — Il me nommera, répondit Melanie, Blanche de Castille, Jeanne d'Albret et Anne d'Autriche. — Et tu pourras lui faire observer, avec quelque orgueil , que ce fut à ces trois femmes, d'un mérite supérieur, que la France dut trois de ses plus grands rois. N'en pourrait-on pas tirer une induction favorable de l'influence des femmes sur leurs fils, dans quelque rang qu'ils soient, et en conclure qu'il est important, pour le bonheur de la société, que leur esprit soit éclairé, et leur caractère, religieux, noble et sage? » **.
VARIÉTÉS
LITHOGRAPHIE
Jeunes enfants, aimez les fleurs,
Les fleurs sont votre heureuse image; La terre s'embellit de leurs fraîches couleurs
Comme des grâces de votre âge; Leurs parfums délicats , dont les douces vapeurs
Se promènent sur le rivage.
Sont et l'emblème et le présage
De l'innocence de vos cœurs.
Elles vous offrent l'espérance
De se changer en fruits pour vous ;
Votre aimable et riante enfance
Nous promet des fruits bien plus doux.
, Veillez donc sur ces fleurs charmantes,
Veillez sur elles chaque jour,
Arrosez leurs tiges croissantes,
Et protégez-les tour-à-four
Contre les saisons inconstantes.
Mais en les cultivant avec un tendre soin,
O mes enfants, songez sans cesse
Que vous avez aussi besoin
Qu'on veille sur votre jeunesse.
Mes jeunes abonnés sont mes amis, ainsi je puis leur conter ce qui m'afflige. J'ai reçu de Brest une lettre qui m'a fait beaucoup de peine, quoique je ne connaisse que de nom la jeune personne qui me l'a écrite et que je me garderai bien de nommer. Il suffit que cette jeune personne soit au nombre de mes lectrices pour que je prenne à elle un sincère intérêt, et pour qu'il me soit pénible, par conséquent, de recevoir d'elle une lettre impolie, dans laquelle règne le ton d'un injuste mécontentement. Cette lettre a dû me surprendre d'autant plus qu'elle m'est parvenue en même temps que plusieurs autres qui renferment de très jolies choses au sujet de la politesse. Ma jeune abonnée m'annonce qu'elle ne répondra plus à aucune de mes questions, parce que je n'ai fait aucun cas de la lettre quelle m'écrivit au sujet (Tune de mes charades. Elle se trompe; j'ai fait cas de toutes les lettres que j'ai reçues; mais d'abord, celle dont elle parle me parvint beaucoup trop tard , et d'ailleurs, tout en appréciant les petits travaux de chacun de mes correspondants sans exception, je dois être parfaitement juste et impartial dans le jugement que j'en porte. J'aime à croire que ma jeune abonnée a écrit cette lettre et son post-scriptum singulièrement tourné, sans y avoir bien réfléchi, et qu'elle en éprouve déjà assez de regret pour que cela lui serve de leçon et l'enipêclie d'agir avec tant de précipitation à l'avenir. C'est dans son intérêt que je crois devoir lui donner ce petit avertissement; elle aurait tort de s'en fâcher, car il est dicté par une sincère bienveillance.
— Je m'apei'çois, d'après quelques-unes des dernières lettres que j'ai reçues, que plusieurs de mes abonnés ont cru que le prix de semestre devait être donné à la meilleure i-éponse faite à ma dernière qtiestion. Je dois leur rappeler que ce prix est promis à celui ou celle qui aura le mieux répondu aux diverses questions proposées pendant le cours des six mois. C'est au mois de novembre que je donne des prix pour les réponses à une question spéciale. Dans mon numéro prochain je ferai connaître les réponses au sujet delà politesse; et le dimanche suivant, 8 mai, le prix de semestre sera décerné.
AVIS. ^ — Ceux de nos souscripteurs de qui l'abonnement date du i" mai 182.4 pour un an, ou du 1" novembre i8?.4 pour six mois, et expire par conséquent à la fin d'avril courant, sont invités à le renouveler ivaut le dimanche i" mal prochain, afin de ne pas cprouver d'interruption dans l'envoi du journal.
[.Mi'RiMERiE DE JULES UIDOT AlNË, nipniMEun du noi, rue du l'oiii-de-Lodi
DrjANCiiE, i" Mai i8a
Le pris de r.ibonnoment est, pour Paris, de aa francs par an, et de 12 francs pour six mois. Ponr les déparlcmenl$, de 24 francs par an,
et i3 frr
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M lÊOÎI (eÉmi.
ir VNXFE. N" r
Bureau de l'abonnement, chez Louis Colas, libraire, rue D.iuphinc, n" 32 ; et chez les principaux Hbraires et directeurs tics postes des départements.
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Une annJe s'est eCwulée, mes jeunes amis, depuis que nous avons fait connaissance. Mes relations avec vous ont été bien douces pendant ce temps, et je vois avec un plaisir extrême qu'elles n'ont pas été non plus sans attrait pour vous. Je .lesire de tout mon coeur vous avou- convaincus que je suis votre ami, que je sens pour vous une affection sincère, et avoir réussi à vous inspirer aussi quelque peu d'amitié et de confiance. Nous allons continuer nos petites relations de vous à moi. Je n'ai plus besoin de préambule, puisque vous connaissez maintenant le mode d'entretien et. de correspondance que j'ai adopté. Seulement, avant de commencer cette seconde année de mon journal, je veux vous exprimer toute ma satisfaction pour I attention aimable que vous m'avez accordée, toute ma sensibilité pour les choses gracieuses qu'un grand nombre tl'entre vous m'ont adressées; ie veux vous promettre de faire de nouveau mon possible pour donnera ce journal autant d'intérêt et d'aprément que votre empresse.nent à me lire le n.érite; je veux enhn, mes chers enfants, vous inviter à fairi,
de votre cote, de nouveaux pffnrf= ^ - i- i
' "»e.iux ettorts pour réaliser les
espérances de toutes les npi'<n«r.„
. , ,, " P*^"'Onnes qui vous aiment,
et parmt lesquelles je désire vous persuader que vous pouvez bien réellement compter le bon gL.e.
UNE CONVERSATrON AU JARDIN.
Après une longue maladie, pendant laquelle l.i jeune Félicie avait reçu de sa mère les plus tendres soins, elle descendit avec Lucien, son frère, dans uu beau jardin. C'était le i5 avril. I-elicie fut éblouie de voir que cette nature, qu'elle avait quittée, un mois avant, en apparence morte ou engourdie, maintenant était resplendissante de fraîcheur et de verdure, a Ah! mon Dieu, que je suis fâchée, dit-elle, que le printemps ne m'ait pas attendue! Je desirais tant voir se développer chaque feuille et suivre ses progrès! — Et moi, dit Lucien en regardant tristement une platebande de terreau, j'avais semé il y a plus de huit jours des graines de fleurs charmantes; je voulais t'offrir un bouquet, ma sœur; mais elles poussent si lentement, si lentement!... Ah! si j'avais pu les hâter! au lieu d'être hautes comme des épingles, elles seraient sorties de terre toutes prêtes à éclorc^--\'oilà deux souhaits bien contradictoires, ditx-î^' l'f^^îK mont qui avait suivi ses deux ent'ant^ljuffc-/. un peV';* dans quel désordre serait plongée l/h^aii\ ix- natur^^ '^ si, dans sa marche, elle écoutait lesp^èux 0;U les or- ■ dres des humains, et si leurs capriVeji réglaient ïe cours des années et des saisons. Ileiihçusciiielit que l'univers est paré et gouverné par une inaiuiplus libérale, moins fantasque, moins irrégulière que la
leur. La puissance ijiii rèyle le monde a établi des lois immuables auxquelles tous les êtres créés sont constamment soumis. Le cours des astres est tracé, la vitesse de leur mouvement est invariablement fixée. Ni la volonté, ni l'industrie de l'homme ne sauraient hâter d'une seconde le retour du soleil sur l'horizon,ou retarder d'une seconde le coucher de cet astre. Ni la volonté, ni l'industrie de l'homme ne sauraient presser ou ralentir la marche des saisons. Oh! que de merveilles à observer dans ces lois admirables de la création, dans cette sage prévoyance qui a pourvu à la conservation de l'univers! Son doigt est marqué jusque dans les plus petits détails de son immense ouvrage. Et puisqu'il est question en ce moment, mon cher Lucien, des graines que vous avez semées, leur végétation aussi est soumise à des lois, et malgré vos vœux, elles ne sauraient produire des fleurs sans passer par tous les degrés de développement que ces lois leur assignent. Ces graines, formées dans le sein des fleui's et destinées à en conserver les espèces, ne sont pas une des moindres merveilles de la nature, et leur structure infiniment variée offre elle-même une preuve de cette sage prévoyance dont je viens de vous parler. Il fallait, en effet, pour que les espèces se conservassent, que leurs graines eussent les moyens de se semer d'elles-mêmes. Eh bien, dans cette vue, les unes sont garnies d'un duvet léger ou d'aigrettes qui leur servent comme d'ailes, afin de pouvoir être emportées et dispersées par les vents. D'autres sont assez pesantes pour tomber sur terre perpendiculairement, et pour s'y enfoncer à la première ondée. D'autres, plus légères, sont garnies de petits crochets par lesquels elles se cramponnent à la toison des troupeaux ou aux vêtements des hommes, et se trouvent ainsi transportées au loin. (Quelques unes sont dans des enveloppes ou capsules élastiques qui, lors de \cur maturité, les lancent autour du lieu de leur naissance. Aucun moyen n'est dédaigné parla providence; souvent des corbeaux enterrent im gland, dont ils comptent se nourrir; oublié par eux, ce gland donne naissance à un chêne. D'autres oiseaux avalent diverses semences, traversent les airs, les emportant dans leur estomac où elles sont conservées intactes par la coque qui les enveloppe, et lorsqu'ils les rendent il la terre, souvent, h cette place, on voit lever et grandir un arbre ou une plante, dont l'espèce n'est l>.is même dans les environs.
" Vous comprenez, mes enfants, continua M"" d'Eglemont, que, pour conserver l'ordre admirable qu'elle a établi, la providence devait rester sourde à nos caprices et à des vœux contraires à ses lois; aussi se rit-elle des volontés et de l'impatience des honunes, et sui-tout de celles des enfants, qui sont souvent plus déraisonnables. — Mais, Maman, interrompit
Lucien, j"ai cependant hi et entendu dire qu'eu cultivant les plantes et en greffant les arbres, on obtenait des fleurs plus belles et des fruits meilleurs. N'est-ce donc pas là changer les lois de la nature? — Non, mon ami; car on ne fait ainsi que réunir les circonstances les plus favorables à l'exécution parfaite de ces lois. Ainsi par exemple, les végétaux se nourrissent des sucs que leurs racines puisent dans la terre, eh bien , si avec des engrais on rend ces sucs plus abondants, la racine y trouveja plus de substance; mais cela ne change rien aux lois de la végétation. De même, pour que la racine puisse pomper les sucs de la terre, il faut que la terre soit humide; eh bien, si on l'arrose pour lui donner de l'humidité, dans les temps de sécheresse, on ne fait encore là rien de contraire à ce qu'a prescrit la nature, trest ainsi, mes enfants, qu'en travaillant h développer votre intellipence et vos facultés morales, nous ne changeons rien à ce que Dieu a fait, et nous remplissons même un devoir qu'il nous a imposé. Dieu, en effet, a donné à l'homme un trésor qui lui est particulier; c'est la connaissance du bien et du mal et le libre choix de l'un ou de l'autre. L'homme a donc de plus que tous les êtres animi's le secours de sa volonté, dont il peut tirer un parti infini pour aider au développement de sou esprit. Admirable don, qui le rend supérieur au reste de la création, mais par lequel en même temps, il devient responsable du bien qu'il ne fait pas et du mal ([ii'il tolère. "
CORllESPONDAÎN'CE.
)li;PONSES AUX DEIINIÈUKS QUILSTIONS DU BON GÉNIE.
Dans mon numéro du 3 avril dernier, j'ai proposé I, s questions que voici:
Eli quoi consiste la politesse?
l'ourqiwi la politesse est-elle un devoir?
Quels avantages tmuve-t-on à être poli^
Elles m'ont été suggérées par une phrase de la rtponsede M"' ylanche H... à mes questions précédentes, que j'avais fait remarquer comme exprimant une idée qulne me paraissait pas juste. J'avais expliqué en même temps pourquoi on ne pouvait pas dire que la biaweillanre fut le complément de la politesse. On verra tout-à-lheure par quel motif je rappelle cette petite circonstance. J'ai vu avec beaucoup de plaisir de quelle manière M"' Blanche a reçu mon observation, et je lui en sais bon gré.
11 parait qu'on a trouvé cette fois .nés questions un peu difficiles, car il ne m'est pas parvenu un aussi grand nombre de lettres que de coutume. J aurais loutefoistortde me plaindre; on ne peut , en eltcl, ncn
voir de plus satisfaisant que les réponses que j ai sous les yeux Dans le nombre, deux m'ont paru mériter particulièrement d'être distingiuées, et je vais les imprimer ici en entier. L'une est de M"' Finjinie G ,
et l'autre est encore de M"' Blanche R Les voici :
.1 La politesse consiste à observer les égards qu'on se doit mutuellement, et à mesurer nos actions et nos discours de manière que les autres soient contents de nous et aussi d'eux-mêmes. La politesse est une qualité qui plait à tout âge: elle est dans nos actions et dans nos paroles.
«J'ai bien de la peine, mon bon Génie, à vous exprimer mes idées sur la seconde question; je vais essayer, quoiqu'elle me semble bien difficile.
n La politesse est un devoir, parce que nous devons des égards à tout le monde. Elle est un devoir envers nos supérieurs, parce qu'elle est rex|)ression du respect que nous avons pour eux. Envers nos maîtres , parce qu'elle est un moyen de leur marquer notre estime et notre reconnaissance. Envers nos égaux, pour établir entre eux et nous l'amitié et la bonne intelligence. Envers nos inférieurs, la politesse est un devoir dicté par la bienveillance.
il Quant aux avantages qu'on trouve à être poli, il me semble, mon bon Génie, que ce sont les mêmes que ceux que nous procure toute autre bonne qualité; c'est-à-dire, de plaire aux auti'es et d'en être aimé. La politesse est la preuve d'une bonne éducation et d'un esprit cultive; elle est donc un moyen d'être bien reçu dans la société, et d'y trouver les égards qu'on a soimême pour les autres.
.' Recevez, mon bon Génie, etc.
<i Virginie G »
11 J'ai bien compiis, mon bon Génie, votre observation au sujet d'une phrase de ma dernière lettre, et dorénavant je réfléchirai davantage avant d'écrire
«Mon bon Génie me permettra-t-il à son tour de lui faire une réflexion? Il me demande pardon de l'observation qu'il a faite sur ma lettre; il me semble que loin d'avoir à lui pardonner, j'ai au contraire à le remercier de l'attention et de l'intérêt avec lesquels il a lu ma réponse. Maman m"a dit souvent que les avis, les conseils, prouvaient l'intérêt, et je suis bien contente de penser que j'en inspire au bon Génie. Au reste, je crois que cette petite phrase : Je demande paixtoii etc , n'est ici qu'une simple phrase de politesse.
«La politesse consiste dans des formes, des habitudes, qu'on est convenu généralement d'adopter. Mais ses règles varient suivant les temps et les pavs. Ainsi, j'ai lu que, chez les Gaulois, rien n'était plus poli, en se saluant, que de s'arracher un cheveu et de le présenter à la personne qu'on rencontrait. Dans
d'autres pavs, on tourne le dos à celui qu'on salue, et on ne regarde jamais celui qu'on veut honorer.
« Il me parait que la politesse a pour but de rendre plus aj'réablcs et plus faciles les rapports des hommes eutrc eux. C'est donc un devoir d'être poli; d'ailleurs, ces rèHes ayant été reçues généralement, il faut les oljscrver et s'y soumettre.
i. La politesse a pour résultat de disposer à la bienveillance les personnes qui nous entourent, de les rendre plus promptes à nous obliger, à nous servir, et p^énéralement de nous faire bien accueillir dans le monde.
" Si je ne craignais d'avancer encore quelque chose (le faux, mou bon Génie, je vous dirais bien une idée qui m'est venue quelquefois, c'est que souvent c'est un peu aux dépends de la vérité qu'on est poli.
« Adieu, mon bon Génie, croyez que ce n'est pas seulement par politesse que je me nomme votre affectionnée, etc.
« ItLANCBE K n
Deux autres lettres méritent d'être mentionnées immédiatement après celles-ci, et je regrette qu'elles ne renferment pas de phrases susceptibles d'être extraites et isolées. Ce sont celles de M"' Aigusta de
V , de Rennes, et de Al. Eugène Delisle, de Pé-
rigueu-i.
Voici quelques extraits de plusieurs autres lettres : 11 Je crois que la politesse consiste à ne faire aucune action, à ne dire aucune parole qui puisse blesser les autres. L'observance des usages, des bienséances, toute seule, ne serait que de la civilité. « (M"° Abel'me B , de Vienne, département de l'Isère).
«La politesse consiste à ne dire, et à ne faire que ce qui peut être agréable aux autres, en employant des manières fines, nobles et délicates.» (M"' Élisa M....).
Il II V a deux sortes de politesse, la politesse d'usage et celle du cœur. La politesse d'usage s'enseigne par l'habitude du monde; celle du cceuT ne s'apprend pas, elle est inspirée par un fonds de bonté naturelle, qui fait que nous prenons de l'intérêt à ce qui concerne les autres, et que nous saisissons toutes les occasions de le leur montrer. La pohtesse d'usage est commune aux bons comme aux méchants, mais celle du cœur ne se trouve que dans les âmes sensibles. » ( M"' Anaïs
P , de Lyon).
(Cette défirrition et cette judicieuse distinction sont charmantes).
" Quand on parle à un supérieur, on doit se servir de termes respectueux; quand on parle à un égal, de termes polis; et quand on parle à un inférieur, de termes honnêtes, v ( M"' Marie de P.... . de Versailles '.
« Les avantages de la politesse sont d'établir le plus doux conynerce entre les hommes, et d'amener, même les impolis, à une sorte de réciprocité. » (M. Auguste T...... de La Flèche).
« Il faut être poli envers ses supérieurs, par respect ; envers ses égaux, parce que l'on n'a pas le droit de les traiter grossièrement; envers ses inférieurs, pour leur faire en partie oublier leur infériorité.» ( M. Maulice de Vaincs).
J'ai réservé pour les derniers les (rois extra iis suivants de lettres plus enfantines; mais qui m'ont paru bien jolies :
" La politesse consiste à saluer lorsqu'on entre chez quelqu'un ; à ne pas parler trop haut lorsqu'on est à table; à ne point importuner; à ne pas interrompre lorsque de grandes personnes parlent ensemble; à ne point faire de train, lorsqu'on est dans une chambre avec de grandes personnes; à ne faire que des questions raisonnables, mais seulement quand la conversation cesse; à écouter ce qu'on vous dit; à répondre lorsqu'on vous parle, et à ne faire jamais répéter. Voilà en quoi consiste la politesse. » ( M. François Guizot).
«La politesse est un devoir, parce qu'on est en société et qu'il faut être honnête et poli ; car, si on était tout seul, comme Robinsori Crusoé, on n'aurait pas besoin d'être poli, n ( M. Ernest d'ErceviUe).
u Les avantages qu'on trouve à être poli sont : que les autres vous rendent service, vous aiment. Quand on est en compagnie, en hiver, on vous laisse un petit coin du feu, on se dispute le plaisir de vous obliger. Quand quelqu'un vous prie de venir passer la soirée chez lui et que vous arrivez tard, tout le monde se lève de sa place et vous salue. Au contraire, quand vous êtes grossier, on ne vous regarde pas. Mais si vous êtes poli, on vous invite aux bals, et on a du plaisir à danser avec vous; on vous invite à des petites fêtes ou bien à des dîners, le jour de l'an ou de l'Kiiiphanie; enfin, on a pour vous tous les égards possibles. ( M. Gabriel d'ErceviUe).
11 me l'esté à mentionner un certain nombre de lettres très satisfaisantes dans plusieurs parties, mais qui ne sont pas susceptibles de fournir des extraits. Ce sont celles de
M. Louis Mennessier , de Metz ; M. Augustin Maqnan, de Marseille; M"' Sophie Cli....; M"' Adélaïde M...., de Marseille; M"' Clémence de F...., de Villebadin, département de l'Orne; M"' Atliénaïs de S. A., de Rouen ;
M. Louis Herman, de Mézières; M"' Élisa A , de
Limoges; M. Charles Daru; M"" Fictorine T..., de la
pension du Sacré Cœur, à Seez; M" Euphrasie P de la même pension ; M"' Léonie C...
Dans mon numéro de dimanche prochain, le prix de semestre sera décerné.
VARIÉTÉS
Le hasard vient de me faire connaître une anecdote de 1 enfance d'une noble princesse dont on admire et on respecte aujourd'hui les pieuses et touchantes vertus. Elle savait sa sœur dangereusement malade et tout enfant qu'elle était encore, ni les jeux de ses compagnes, n, la légèreté naturelle à son âge ne pouvaient la distraire de ses tendres inquiétudes. Jouant un soir à un jeu dans lequel on donnait des gages, son tour vint d'ordonner une pénitence, pour le rachat d'un gage qu'on avait touché. « J'ordonne, ditelle d'une voix émue, à celui ou à celle à qui appartient le gage, de faire une prière pour ma sœur. .. Cette vertueuse princesse n'avait pas alors cinq ans accomplis.
— Je remercie celle de mes jeunes abonnées qui m'a écrit une lettre fort aimable et fort touchante, au sujet de mon premier article Variétés de dimanche dernier. J'aurais du plaisir à faire connaître cette lettre; mais je dois donner à mes lecteurs l'exemple de ne pas entretenir trop long-temps et trop souvent les autres de ce qui nous est personnel. C'est un précepte de politesse qui se trouve bien placé dans ce numéro. L'article sur la manière de bien apprendre par cœur a donné lieu à quelques observations qui m'ont été adressées par un de mes lecteurs. Il trouve ma méthode très bonne pour apprendre des morceaux de prose ou de vers; a mais, ajoute-t-il, pour apprendre des mots vides de sens, il n'y a pas d'analyse à faire, le jugement n'y est pour rien, etc. j>
Premièrement, je ne conçois pas bien la nécessité d'apprendre des mots vides de sens, et je ne connais même pas de mot qui n'ait un sens et n'exprime une idée, car autrement ce ne serait pas un mot mais seulement un vain assemblage de lettres. Il n'y a de mots vides de sens en apparence que ceux d'une langue étrangère, pour la personne qui n'entend pas cette langue. Alors, je lui conseillerais d'apprendre la signification des mots avant de chercher à les retenir. Il est vrai qu'ici l'analyse des pensées ne peut plus être d'un grand secours; et il s'agit seulement d'avoir assez de mémoire pour retenir ces mots par son seul effort. Ce travail cependant peut être rendu plus facile au moyen de certains procédés; mais je n'ai point à les expliquer ici, attendu qu'ils sont l'affaire du maître, et que l'élève ne pourrait tout seul en faire usage.
IMPRIMEBIE DE .IULES DIDOT AINli, IMPRIMEUR DU BOI , rue du Poni-Jc-Loili , n« c.
DijAsCHE,'8 Mu 1825.
Le I»ris de l'abonncmcnl est. pour Paris, de 22 francs par an, el de 15 francs pour six mois. Pour les dp|)5riemenis, de 24 fr-iucs par an, et i3 francs pour six mois.
ir AX>,-ÉE. N" 2.
Cureau de rabonnemeut»
cliez I.x)Cis Colas, libraire, rue Paupbine, n" Sa; et chez les priucipani libraires et directeurs des postes des départements.
LE B©1 SlMl.
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^î.n distribuant trois pris, au mois de novembre de Tannée dernière, j'annonçai qu'au bout de six mois, c'est-à-dire à l'époque oii nous voici arrivés, je donnerais un prix de semestre à celui ou celle de mes jeunes abonnés qui aurait le mieux répondu aux diverses questions que je proposerais pendant ce laps de temps.
J'ai tenu note , avec un soin scrupuleux , du mérite des lettres qui me sont parvenues, et dont j'ai rendu compte dans mes articles Correspondance. Comme j'ai conservé toutes ces lettres, auxquelles je tiens d'autant plus, que la plupart renferment des expressions affectueuses dont je suis bien touché, je viens de les examiner de nouveau , de les relire attentivement , et je puis maintenant donner le prix avec une sûre connaissance de cause.
J ai du tenir compte, dans le jugement que j'ai porté, de l'exactitude et de l'assiduité à répondre à toutes mes questions; j'ai du tenir compte aussi des explications qui m'ont été adressées au sujet des charades. Ainsi, le prix a du être décerné à la personne qui m'a écrit le plus grand nombre de lettres susceptibles d'être mises en première ligne.
Je me suis borné à faire suivre le prix de quatre
accessit, et dedouzementionshonorables. Ce nombre de nominations m'a paru suffisant, non point en raison du mérite de mes jeunes correspondants, que j'aurais voulu pouvoir nommer tous . mais parce que cette réserve me semble devoir donner plus de valeur aux encouragements que j'accorde, et inspirer un plus vit désir de les obtenir. Au reste , comme la dernière fois, je fais ici une mention générale de tous ceux et celles qui n'en auront pas une nominative, et je leur témoigne toute ma satisfaction. Lorsqu'un prix est proposé à un grand nombre de concurrents, tous ne peuvent pas l'obtenir, car il s'en trouve toujours un qui a fait mieux que les autres, ce qui n'empêche pas que les autres ne puissent avoir bien fait aussi. Toute la différence est alors du bien au mieux. C'est ce qui est arrivé dans notre petit concours, et c'est pourqu dois des éloges à tous les concurrents. Je les donne de bon cœur, et j'ajouterai que leur ain correspondance m'inspire un intérêt bien doux, fait passer des moments on ne peut plus agréabl On pense bien que mon intention est de conti de leur proposer des questions de temps en temp' mais je veux encore que les réponses à ces diverses questions concourent pour un prix. Ainsi, au mois de novembre prochain, c'est-à-dire dans six mois, je donnerai un prix de semestre à celui ou celle de mes
jeunes abonnés qui aura le mieux léponclii aux questions que je proposerai d'ici-là. Il sera indépendant du prix aimiifl, que je dois décerner à la même époque, pour la meilleure solution d'une question spéciale ([ui sera proposée dans le premier numéro d'octobie prochain.