‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 71 sur 136 · LES MOMIES · texte numérisé non relu

LES MOMIES

Il ne faut pas se figurer que mon petit public soit très facile à contenter et ne me montre aucune exigence. Il sait fort bien relever mes expressions, et si je néglige d'y joindre l'explication qu'il aurait désirée, il ne manque pas de m'en demander compte. Dans le premier article de mon numéro de dimanche dernier, j'ai laissé échapper le mot momies, et voilà que, dès le mardi suivant, je reçois trois lettres dans lesquelles on me demande des détails et des explications au sujet des momies : <c Mais, mon bon Génie, vous

ne nous avez pas dit Mon bon Génie, ne nous

expliquerez-vous pas? Je serais bien curieux, mon

bon Génie, de savoir , etc.» On voit qu'il n'y a

pas moyen d'ajourner. Parlons donc aujourd'hui des momies.

Les anciens Égyptiens avaient un grand respect pour les morts et leur rendaient de grands honneurs. La preuve en est dans ces fameuses pyramides , masses énormes de pierres entassées, dont la construction dut coûter des sommes incalculables, employer des milliers de bras, et qui ont mérité d'être mises au nombre des nierveiljes du monde. Chacune de ces pyramides n'était qu'un tombeau. Il est vrai que c'était le tombeau d'un roi ; mais la vénération des Egyp-.

tiens .pour les morts n'est pas moins attestée par les sépultures plus modestes, dont on a obsers'é les ruines. Ces sépultures sont de vastes grottes creusées dans les montagnes, des caveaux, des chambres souterraines où l'on parvient par des puits, et dans lesquelles on trouve des cercueils et des corps très bien conservés et disposés avec une sorte de symétrie. Ce sont ces coi-ps auxquels on a donné le nom de momies, et dont plusieurs ont été apportés en Europe par les voyageurs qui ont visité l'Egypte. Ces cadavres, qui ont duré aussi long-temps que les pyramides, n'ont dû cette étonnante conservation qu'à l'habileté avec laquelle ils avaient été embaumés. Les Eg^'ptiens paraissent être les premiers qui aient songé à faire embaumer les dépouilles mortelles de leurs pères, afin d'en perpétuer la durée, et de pouvoir conserver longtemps auprès d'eux, ceux qu'ils n'avaient cessé d'honorer pendant leur vie. Ce pieux devoir se rendait non seulement aux parents, aux amis et aux étrangers, mais encore à certains animaux qui étaient i grande vénération en Egypte.

On ne sait rien de très positif sur la méthode était employée pour ces embaumements. Il para^tT ^^^jj^^jf; même qu'il y en avait plusieurs, trois, dit-on , plus ''"V^f q y v moins dispendieuses, selon le rang et la fortune des individus. Après avoir pénétré le corps de parfums, on

l'enveloppait de bandelettes de toile de coton ou de lin, qui existent encore sur les momies qu'on a retrouvées. Certaines de ces momies appartenant à des personnes opulentes et d'un rang élevé, étaient renfermées dans des cercueils de bois de cèdre, sur lesquels on peignait des liyérogliplies, ou figures symboliques qui étaient en usage chez les Egyptiens pour exprimer la pensée, en présentant à l'œil des objets connus, et qui ont précédé l'invention des lettres.

Les hommes qui étaient chargés d'embaumer les corps ne pouvaient exercer aucune autre profession; mais ils s'acquittaient de la leur avec un art qui n'a été égalé chez aucun autre peuple, quoique 1 usage de conserver les morts ait été connu chez presque tous. Les Ethiopiens les couvraient d'une espèce de résine; les Perses les enveloppaient dans de la cire; les Scythes les cousaient dans des sacs de peau; les Grecs et les Romains ont employé, pour les embaumements, les plus précieux parfums; mais ce n'étaient là que des imitations très imparfaites des embaumements des Égyptiens, car ces derniers, quoique les plus anciens, sont les seuls chez lesquels on trouve encore des momies conservées. Il paraît qu'ils employaient, entre autres substances, dans cette opération, une liqueur tirée du cèdre, et un bitume qui porte le nom 6''mj)liake.

Pour qu'on ne me demande pas ce que c'est que le bitume, je vais le dire de suite. Le bitume est une substance minérale «jui se présente tantôt à l'et >t liquide, tantôt à l'état solide. On le distingue sous ces deux formes, en donnant au premier le nom de ;je'trole et à l'autre celui d'asphalte. Ce dernier, exposé à la chaleur, redevient très promptement mou et liquide. La couleur du bitume est noire. Il exhale une odeur très forte, et c'est un corps éminemment combustible. On trouve ce minéral dans les lieux où il a existé des volcans. La mer morte, en Judée, contient de Vasplialte en si grande quantité, qu'on lui a donné aussi le nom de lac asphaltile. Ce bitume flotte sur les eaux salées du lac, et on le recueille en abondance, lorsqu'il est poussé vers les bords. Les exhalaisons bitumineuses et autres qui se répandent autour de cette petite mer, frappent son rivage il'uiie stérilité complète. En France, on trouve du bitume dans les montagnes de r.\uvergne, où il a existé jadis des volcans. Je crois avoir déjà dit ailleurs que la houille ou charbon de terre, contient une certaine quantité de bitume. Celle qui en contient le plus est celle qui brûle avec le plus d'activité; elle a seulement l'niconvénient de répandre une odeur très forte et fort inconnnode.

Mais je m'aperçois que je mêle ici cours de niinélogie avec cours d'antiquités. Il est tenqis que je m'arrête, afin de ne pas être entraîne' dans une nouvelle digression.

MOT.S A L'OREILLE

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