‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 10 sur 169 · LA MOUCHE · texte numérisé non relu

LA MOUCHE

FABLE

Un professeur était pérorant dans sa chaire ;

Soixante et dix jeunes lutins,

Assis en rang sur des gradins , Formaient son auditoire et ne l'écoutaient guère.

Au beau milieu de la leçon ,

Voilà qu'une insolente mouche

Vient piquer, sans nulle façon ,

Tantôt le nez, tantôt la bouche,

Les yeux, l'oreille, le menton Du pauvre professeur. Sans que rien l'effarouche , Elle va , vient , voltige ; en vain il s'interrompt ,

En vain il se frappe le front , 11 se gratte l'oreille, ou bien il fait la moue ;

La mouche légère se joue

De ses gestes , de ses fureurs ,

Et ne quitte l'œil ou la joue

Que pour aller piquer ailleurs, (^uant à nos écoliers, on devine sans peine

Que l'embarras du professeur

Était pour eux fort Ijonne aubaine.

Et qu'ils riaient de tout leur cœur.

Enfin pourtant, notre importune.

Après s'être soustraite h maint coup de bonnet,

A cent tapes, en reçoit une Qui du front doctoral la fait tomber t out net.

Malheur à qui , dans toute chose.

Sur son adresse ou son bonheur Avec trop de foi se repose;

A qui s'obstine avec ardeur A satifaire un goût trompeur.

Et ne voit pas, dans son erreur.

Le péril auquel il s'expose!

Page 1