‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 108 sur 169 · LES DEUX CHEMINS · texte numérisé non relu

LES DEUX CHEMINS

Le maître d'école d'un village sur les bords du Ithin enseignait un jour, au milieu des enfants de la commune, assis autour de lui et l'écoutant avec plaisir; car sa manière d'enseigner était pleine de force et de douceur. 11 parlait en ce moment de la bonne et de la mauvaise conscience, et de la douce voix du cœur.

Lorsqu'il eut fini, il demanda à ses élèves: Quel est celui d'entre-vous qui pourra me faire une comparaison sur ce sujet?

L'un d'eux s'avança en disant : Je pourrais bien vous en dire une, mais je ne sais pas si elle est juste.

Dis-nous-la à ta manière, répondit le maître; et l'enfant parla ainsi :

Je compare le trouble de la mauvaise conscience à ce que j'ai éprouvé un jour, lorsque les soldats ennemis passèrent par notre village. Ils emmenèrent de force mon père avec notre cheval. Comme mon père ne revenait point, ma mère pleurait et se lamentait, ainsi que nous tous, et elle m'envoya à la ville, à la recherche de mon père.

J'y allai ; mais je revins tard dans la nuit et le cœur bien triste, car je n'avais pas trouvé mon père.

Celait une nuit obscure d'aïuomiie. Le vent gronilait et sifflait entre les chênes , les sapins et les rochers ; les chouettes et les hiboux criaient. J'avais dans mon âme le pressentiment que j'avais perdu mon père, et je me représentais la douleur de ma mère quand je reparaîtrais seul à la maison. A cette idée, je tus saisi d'un frisson lerriblc, me trouvant dans la nuit obs-

cure; le mouvoment trune feuille m'épouvantait, et je pensais en moi-même: Voilà ce que doit éprouver l'homme qui porte en lui une mauvaise conscience.

Enfants, dit alors le maître, voudriez-vous marcher ainsi au milieu des ténèbres, cherchant en vain votre père et n'entendant que la voix des tempêtes et les cris des oiseaux de proie?

Oh! non, s'écrièrent tous les enfants à-la-fois, en frissonnant.

L'enfant recommença à raconter: Une autre fois, dit-il, je fis le même chemin avec ma sœur. Nous avions été acheter à la ville toutes sortes de jolies choses pour une petite fête que mon père voulait donner à ma mère le lendemain. Nous revenions tard dans la nuit, mais c'était au printemps; le ciel était clair et beau , la nature était calme, et il régnait partout un si profond silence, qu'on entendait le murmure de la source qui coulait le long du chemin, et au loin tout à lentour les rossignols chantaient dans les buissons. Nous marchions ensemble, ma sœur et moi, nous tenant par la main, et le cœur si content que nous n'avions pas envie de parler: et nous rencontrâmes notre bon père qui venait au-devant de nous. Alors je me dis en moi-même : Voilà ce que doit éprouver l'âme de l'homme qui a fait le bien.

Le jeune garçon se tut. Le maître regarda un instant ses enfants avec bienveillance; puis ils s'écrièrent tous ensemble : Oui , nous voulons devenir des hommes de bien!

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