LES PETITS POLONAIS
Il n'est aucun de vous, mes amis, qui n'aitentendu parler de cette campagne terrible de i8i2,ou tant de milliers de Français, vaincus par le climat rigoureux de la Russie, succombèrent victimes d'un aveuglement de gloire et d'ambition. Il n'est presque aucun de vous qui n'ait eu quelque parent ou quelque ami
( Mo )
témoin de ce {jrand désastre de Moscou , de cette retraite confuse, où nos soldats, sans ordre, sans chefs, sans guides, traversaient, à demi morts de froid et de faim, des champs déserts, dévastés et couverts d'horribles frimats. Je ne veux point entreprendre de vous retracer un aussi déplorable tableau; je n'ai à vous parler que d'un fait touchant qui m'a été raconté par un brave soldat, revenu de cette fameuse expédition. Ce fait m'a paru digne d'être consigné dans nos petites annales, et j'en ai fait le sujet du dessin que je vous envoie aujourd'hui.
Un malheureux soldat, accable' de fatigue, de besoin, les membres engourdis et presque gelés, avait parcouru tonte l'étendue du territoire Ilusse depuis Moscou jusqu'aux frontières de Pologne. Seul, égaré, séparé de tous ses compagnons, il n'était suivi que de son chien, qui lui avait peut-étie déjà sauvé la vie bien des fois, en lui réchauffant les pieds, lorsqu'il était obligé de s'arrêter.
Arrivé en Pologne, ce militaire sentit battre son cœur, comme s'il eût déjà touché le sol de la France; il se trouvait en pays ami. Son courage se ranima, il marchait avec plus d'ardeur; mais cette force momentanée, inspirée par un mouvement de joie, ne put le soutenir long-temps. Une vapeur épaisse dérobait à sa vue tous les objets; il cheminait au milieu du brouillard et de la neige, lorsqu'enfin les forces lui manquèrent et il tomba sans connaissance.
Il ne sait combien de temps il demeura dans cet état; mais quels furent son étonnement et son bonheur, en revenant à lui, de sentir ses deux pieds réchaulfés par un bon feu que des mains bienfaisantes avaient allumé! Quatre petits Polonais avaient pris ce soin; l'un d'eux l'aidait à se tenir sur son séant pour réchauffer aussi ses mains et son corps; un autre, et ce fut peut-être celui pour lequel le bon soldat sentit le plus de reconnaissance, un autre s'était emparé du chien fidèle, et le tenait debout auprès du foyer alimenté par ses deux camarades. Ces enfants étaient les fils d'un riche habitant du pays; ils avaient rencontré le militaire étendu sur la neige, et reconnaissant à son reste d'uniforme un Français, ils lui avaient prodigué tous les secours qui étaient en leur pouvoir. Ils eurent le bonheur de l'arracher ainsi à une mort imminente; et ne bornant pas là leurs soins généreux, ils lui procurèrent d'abord un asyle pour prendre du repos et retrouver des forces, et ensuite les moyens de continuer sa route.
Le brave soldat, en me racontant cette aventure, en était encore tout ému aiires plus de douze années, et il fut obligé d'essuyer une larme tombée sur sa moustache.
VARIÉTÉS
J'emprunte encore à l'abbé Blanchet le petit apologue suivant:
Un Arabe, égaré dans le désert, n'avait pas mangé depuis deux jours, et se voyait menacé de mourir de faim. En passant près d'un de ces puits, où les caravanes viennent abreuver leurs chameaux, il voit sur le sable un petit sac de cuir. H le ramasse, il le tâte: <i Allah soit béni, dit-il; ce sont, je crois des dattes ou des noisettes.» Plein de cette douce espérance, il se hâta d'ouvrir le sac: mais à la vue de ce qu'il contenait, » Hélas! s'écria- t-il douloureusement, ce ne sont que des perles! »
— Il vient de paraître, chez Noël aine et compagnie, rue de Vaugirard n° 34, une suite de lithographie de M. Garnery, représentant vingt-quatre proverbes mis en actions. Elles forment un petit recueil assez amusant, intitulé le petit Sanclio, et j'ai déjà vu des enfants s'exercer à en deviner les sujets.
— J'avais eu l'idée d'indiquer différents objets propres à être donnés en étrennes; mais comme ce n'est pas avec vos parents que je suis en correspondance directe, et comme, d'ailleurs, ils peuvent juger beaucoup mieux que moi, mes amis, de ce qui convient à chacun de vous, je n'ai voulu ni vous inspirer des désirs qui auraient pu n'être pas satisfaits, ni vous priver du plaisir de la surprise, qui vous est réservée pour demain.
CHARADE
Lecteur, daus mon entier Tu peux voir mon dernier Bâti sur mon premier.
( Ceux de mes correspondants qui devineront cette charade et qui voudront m'en donner l'explication, pourront me l'adresser en même temps que leur réponse aux questions contenues dans le précédent N".
J'avais renvoyé au i" janvier 1827 le mot de la charade du 1" janvier 1826; mais je pense bien que tout le monde a deviné que ce mot était année, dans lequel on trouve an et née.
AVIS
Ceux de nos souscripteurs de qui l'abonnement date du i" janvier 1826 pour un an, ou du i" juillet de la même année pour six mois, et expire par conséquent à la fin de décembre courant, sont invités à le faire renouveler avant le dimanche 7 janvier prochain, afin d(! ne pas éprouver d'interruption dans l'envoi du Journal.
IMPIUMEKIE DE JUl.E.S DIDOÏ AÎNÉ, IMIMUMliUU LU 110 1 , rui: Ju l'oiu-Jc-Li.
DlMAKCHP, 7 JANVIER iS^' ■
Le prix de rabonneroeni esl, pour Paris, de 3 2 francs par an, elde 12 francs pour sis mois. Pour les dt-parleoienis, de 1^ francs par an , <( i3 francs pour sii mois.
LIE BOB (EÈBIÎ
lir ANNÉE. N" 36.
Bureau de l'abonnement, cliei LoDis Colas, libraire, rue Dauplùne, n" 3a; et chez les principaux libraire»
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