‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 130 sur 169 · LA PETITE FLEUR · texte numérisé non relu

LA PETITE FLEUR

Un jour Adèle, avec sa mère , De l'hirondelle avait devancé le réveil, Pour aller admirer le lever du soleil, Le chant du rossignol et la fleur printanière.

Aux premiers rayons du matin, L'air est si frais, si pur, la campagne est si belle!

Et sur-tout à l'âge d'Adèle,

On jouit tant d'un ciel serein , D'un zéphyre embaumé, d'une verte prairie! Le printemps est si doux au printemps de la vie !

L'heureuse Adèle avec ardeur

Marchait, gravissait la montagne;

Elle sentait battre son cœur ,

Et sa maternelle compagne.

Joyeuse, de son teint admirait la fraîcheur.

Tout renaissait dans la nature,

Et déjà mille jeunes fleurs

De leurs gracieuses couleurs

Émaillaient la riche verdure.

La simple Adèle, en folâtrant,

En vit une toute petite

Dont l'éclat lui parut charmant.

Adèle la cueille bien vite ; Son parfum répondait à cet éclat brillant;

Adèle la sent, et l'admire

D'un œil avide et curieux, La tourne, la retourne, et puis en vient à dire :

" J'en voudrais jouir encor mieux... « Si j'y goûtais.. .Voyons!. .Dieu! comme elle est amère! «Fi! la vilaine plante, et fhorrible saveur! " — Garde-toi d'accuser cette innocente fleur,

« Mon Adèle, lui dit sa mère ;

« Pour te charmer et pour te plaire, il Ne t'offrait-elle pas son modeste incarnat, i< Une forme charmante, un parfum délicat?

« N'accuse donc que toi , ma chère ;

« Et souviens-toi, pour l'avenir i< De ne pas demander aux choses de la terre

" Plus que l'on n'en peut obtenir. »

VARIETES

On m'a conté hier la petite anecdote touchante que voici, et qui est bien vraie.

Les trois petites filles de M"' **" étaient auprès de leur mère, se serrant autour du feu. L'une d'elles, je ne sais à quel propos, s'avisa de faire cette question: " Maman, pourquoi donc Ernestine, la fille de votre amie, a-t-elle toujours de plus belles robes que nous? — Cela est bien aisé à comprendre, répondit M"' ***; Ernestine est fille unique, et vous êtes trois. Je ne suis pas plus riche que la maman d'Ernestine , et ce qu'elle peut consacrer à la parure de son unique enfant, il faut que je le partage entre vous.» A ces mois, les trois petites iilles se pressèrent contre leur mère en s'embrassant, et s'écrièrent toutes à -la -fois: iiOh! Maman, il vaut bien mieux être trois et n'avoir pas de si belles robes! »

- — Une lettre que j'ai reçue de l'une de mes jeunes correspondantes, contient le paragraphe suivant :

« Ce que vous nous avez dit des Associations de bienfaisance, mon bon Génie, me donne l'idée de vous parler d'une petite société qui fut fondée, il y a environ dix-huit mois, dans notre village, par les demoiselles qui l'habitent. Elles eurent l'idée de se rassembler tous les jeudis, pour faire des habits aux pauvres de ce village et à ceux de deux petits hameaux des environs. Chaque sociétaire s'y abonne pour vingt sous par mois. On admet aussi, comme abonnés, les étrangers. On a déjà donné beaucoup de layettes. On donne aussi du pain et de la viande à ceux qui en manquent, et l'on paie le médecin pour les malades. Pour se procurer de l'argent, ces demoiselles font, tous les ans, deux loteries de leurs ouvrages. «iMontataire, le 3 janvier 1827.

uE. P."

iMfnniF.niE de JUI.IC* DIDOT AIKÉ, nipiuMErn ru uoi , ru.' du l'oin-clc-l.^nli , 11° C.

Dimanche, 3 1 janviehiSî

Le pris de l'abonnemem csl , pour Paris , de 2 2 francs par an, ei de 12 francs pour six mois. Pour les depariements, de ^4 francs par an , et i3 francs pour sis mois.

ILl BOM (EÈiai:

Iir ANNÉE. N" 3.S.

Dureau de l'alionnemcnt, clici LoDis Colas, libraire, nie Daupliine, a" 32; et cliez les principaux lil)raircs cl directeurs des postes des départeoienls.

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CORRESPO^'DA^'CE.

RÉPONSES AUX DERNIÈRES QUESTIONS DU BON GÉNIE

Je dois avant tout, mes ainis, vous remercier des vœux aimables que vous m'avez adressés en répondant à mes questions; je dois vous dire que j'en ai été vivement touché, et qu'il m'est bien doux d'avoir trouvé dans vos cœurs un souvenir, à l'instant où vous vous occupiez de ceux qui vous aiment le mieux et que vous chérissez le plus. Je vous en remercie, mes amis, et je puis bien vous assurer que votre affection m'offre déjà, en grande partie, la réalisation de ce bonheur que vous me souhaitez.

J'aurais tort de me plaindre, assurément, de ce que la nouvelle année parait avoir nui cette fois à ma correspondance. La plupart d'entre-vous, préoccupés sans doute par des soins et des devoirs bien naturels, ne m'ont écrit que pour me donner une marque d'ainitié, et n'ont pas répondu à mes questions. J'ai donc perdu un grand nombre de réponses; mais je pense que vous m'en dédommagerez la prochaine fois, et je vais toujours vous rendre compte de celles qui me sont parvenues.

Mes questions, au sujet du sens moral de ma dernière fable, m'avaient paru d'abord fort aisées à résoudre; mait il faut que je me sois trompé, car ce

sens moral n'a pas été en général parfaitement saisi. Peut-être est-ce ma faute , et ne dois-je accuser que mot de ne l'avoir pas fait assez bien ressortir de l'apologue. Dans tous les cas, il y a lieu de ma part à une explication.

J'ai voulu, par cette fable, donner une leçon aux enfants importuns qui, abusant de la complaisance des (grandes personnes et de la bonté qu'elles ont de se prêter quelquefois à leurs jeux, ne savent point cesser de jouer lorsqu'une affaire réclame les soins de ces dernières, et les persécutent pour les forcer à continuer de s'occuper d'eux.

Tel était le principal but de ma fable; mais il n'a été entrevu que d'une manière secondaire, et l'on a insisté plus particulièrement sur l'exemple donné par le fros chien, qui quitte le jeu aussitôt que le devoir l'appelle. Sans doute les réflexions de la plupart de mes correspondants à ce sujet, sont justes et bonnes; mais ils n'ont pas fait attention que cette conduite du jtros chien était toute naturelle, car il représente la grande personne qui se prête à amuser un enfant; le jeu du petit chien n'était point un véritable amusement pour le gros, qui par conséquent n'avait pas un grand mérite à le quitter pour aller à ses affaires. Un mérite plus réel de sa part, c'était sa complaisance, ainsi que quelques uns d'entre-vous l'ont observé.

Je vous devais , mes amis , ces petites obs'ervations. Je passe maintenant à l'examen de vos lettres. Selon ma nouvelle méthode, j'ai partagé mes correspondants en deux divisions. Dans la première, composée de ceux qui sont âgés de plus de onze ans, la lettre cpil m'a paru répondre le plus exactement aux (juestions proposées, est la suivante, qui est de mademoiselle Antoinette R. de la M.

«Mon bon Génie, le sens moral qu'on peut tirer de votre fable est d'abord qu'il ne faut être ni trop timide j ni importun; discerner les moments où il nous est permis de nous amuser, et être bien déterminé à abandonner nos plaisirs aussitôt que le devoir nous rappelle; qu'on peut se tromper, quand on juge les gens sur leur physionomie, et que tel a l'abord repoussant, qui porte un cœur rempli d'affabilité et de bienveillance; qu'il est enfin très honorable d'être poli et généreux envers les faibles. Nous y trouvons en outre une leçon qui n'est pas à négliger ; c'est qu'on mérite d'être humilié, lorsqu'on devient trop hardi et qu'on se permet de plaisanter à contre-temps.

« Le beau caractère que présente le gros chien ! Non moins bienveillant que généreux , inviolablement attaché à ses devoirs, il daigne rassurer par ses caresses le petit épagneul effrayé de sa grosseur, lui fait part de sa nourriture, et ne dédaigne pas de jouer avec lui; mais aussitôt qu'il entend le coup de marteau, il abandonne sans hésiter tout amusement, et nous donne par là un grand exemple de l'attachement qu'on doit avoir pour ses obligations.

H Je ne vois, dans la conduite de l'épagneul, que celle d'un étourdi sans discernement, qui passe subitement de la crainte à la plus grande familiarité, laquelle dégénère bientôt en hardiesse, et lui attire avec justice des menaces et l'humiliation.

" Antoinette R. de la M...., à Marseille»

Voici diverses pensées extraites de quelques autres lettres :

ic Quand l'heure du devoir est arrivée, on doit aussitôt quitter les jeux et les plaisirs Les enfants

doivent se garder d'abuser de la complaisance des personnes qui veulent bien jouer un instant avec eux, soit en cherchant à les retenir quand elles sont obligées de sortir, soit en les tourmentant quand elles ne

sont plus disposées à jouer. » (M"' Erncstine P , à

Monta taire.)

"La modération est ordinairement la compagne de la force

«Frippon nous représente un enfant gâté. Dès qu'on a commencé à s'occuper d'eux, ils ne laissent plus do tranquillité aux personnes qui leur ont montré quelque complaisance, et ils Fmissent, comme Frippon,; ar lasser la patience.» ( M"'' Ct'/(«(e(/c/i., à Caen.)

" La conduite de Sultan est celle de l'individu qui non seulement est brave, mais encore a le sentiment de ses devoirs, et leur sacrifie, aussitôt que leur voix se fait entendre, ses affections et ses plaisirs. La conduite de Frippon est celle d'un poltron qui, quand il na plus peur, devient fanfaron, importun, jusqu'à forcer à lui montrer les dents.» ( W' Aline L., à Baugé. )

" On ne doit jamais faire sentir sa supériorité. Le bon esprit consiste à se plier au caractère des autres, et non à montrer qu'on l'emporte sur eux. » (M"' Clémence de F...., à Villebadin. )

» Au temps de la récréation il faut bien jouer; mais lorsque le moment de travailler vient, il faut se mettre à l'ouvrage avec autant d'ardeur qu'on en a mis .i jouer. .. (M"" Sopliie Cli )

H Le petit épagneul ressemble à ces enfants qui ne sont jamais contents de ce que l'on fait pour eux, et qui en demandent toujours davantage. » M"' Virginie B....J à Metz.)

« Le gros chien est bien bon de s'occuper du petit chien. Je le compare à une personne complaisante qui veut bien jouer avec un enfant; et le petit épagneul, à un enfant gâté et indiscret qui croit que, lorsqu'on s'occupe de lui, c'est par obligation, et qu'on doit le faire à chaque instant. » ( M"' Ceci7e de P.)

Je me bornerai à mentionner, comme méritant d'être distinguées, celles des lettres de la première division , qui portent les signatures suivante :

M"" ArianedeC ; M''Mariede P...., à Versailles;

M'" Emina H. de St.-Y...; M"« Euphémie de M.....; M. Anibroise Beauchef, a La Flèche; M"' Augustine***, au Lude; M. Albert Patersi; M"' C. A. ; h Saint-Martinle-Beau; M. Jules Gtiérin.

Parmi les lettres de la seconde division, celle qui

m'a paru mériter la préférence est de M"' Louise D

La voici :

.. Mon bon Génie, le caractère de Sultan est charmant; plein d'ardeur pour son devoir, beau sans en être fier, bon, complaisant, se prêtant à tout, il partage avec son camarade la nouriture qu'on lui donne, sans jalousie et sans envie. La morale ,que l'on peut tirerdela conduite de ce bon chien, est que, quelques talents que l'on possède, il faut toujours se plier aux goiits et au caractère des autres, sans pourtant que cette complaisance fasse jamais négliger les devoirs.

.1 Le jeune chien, poltron comme le sont en général les êtres faibles, joueur, étourdi comme beaucoup d'enfants, nous ofifie une utile leçon; c'est qu'un enfant doit éviter de se rendre importun , en abusant de la bonté des grandes personnes (jui veulent bien se prêter à ses jeux. " Loimse D » ( lo ans. )

Je donnerai encore place ici à l'extrait d'une autre lettre, dans laquelle j'ai rencontré quelques jolies pensées qui ne se retrouvent pas dans les autres :

(. On se fait aimer de tout le monde, quand on est complaisant, quand on aime le travail. Pourquoi Sultan recevait-il bon accueil de toutes les personnes de la maison? Pourquoi permettait-on à Sultan de venir dans le salon? c'est qu'on savait que Sultan était un bon chien qui n'abuserait pas de cette permission, et que, quand l'heure de partir serait arrivée, il retournerait sans murmure à son poste. Voilà comment la docilité et l'amour du travail nous font aimer de tout le monde. Il n'en était pas de même de Fripon qui n'aimait qu'à jouer, qui était bien étourdi et bien poltron, comme tous les petits enfants ignorants et irréfléchis; car la peur ne vient que de l'ignorance et

et de l'irréflexion

« Aimée L , à Strasbourg.» (g ans.)

J'ai remarqué encore, comme fort satisfaisantes, dans cette division, les lettres de M. Anatole de T....,

à Autun; M"' Pauline de M , à Osmond; etM, Louis

Beauclief, à La Flèche.

EXPLICATION DE LA DERNIÈRE CHARADE

Le mot de ma dernière charade est Rochefort, dans lequel on trouve roche et fort. L'explication ne m'en a été donnée que par un petit nombre de mes correspondants. Quelques uns ont cru que le mot était Montfort. Voici la meilleure explication que j'aie sous les yeux :

a Roche est le nom donné en minéralogie à toute masse de pierre d'un grand volume. Il y a beaucoup d'espèces de roches.

"Un/ort est un terrain de peu d'étendue, fortifié d'abord par la nature et ensuite par l'art, et occupé par des hommes de guerre. Vnfort est une espèce de citadelle, destinée à garder un passage important.

a Rochefort. Il y a six villes de ce nom en France; mais je suppose que, dans la charade , on veut parler de celle qui est dans le département de la Charente- Inférieure, ancien pavs d'Aunis. Cette ville a été bâtie par Louis XIV, en i6t54. Ce roi en fit un port militaire très commode, et y établit un département de la marine. Elle est sur la Charente, à cinq lieues de son embouchure. L'entrée de la rivière est défendue par plusieurs forts, qui la rendent inaccessible aux vaisseaux qui voudraient s'en approcher.

« ViRGisiE B , à Metz. »

J'ajouterai, pour ne laisser aucun doute sur l'exactitude de la charade, que cette ville, quoique située dans un pays marécageux, se trouve bâti sur des roches.

RÉPONSES DU BON GÉNIE

A DIVERSES QUESTIONS DE SES JEVNES iMlS.

Puisque les réponses de mes correspondants me laissent de la place aujourd'hui, je vais en profiler pour ni'acquitter envers quelques uns de ceux qui m'ont à leur tour adressé des questions.

Il y a déjà long-temps qu'on m'a demandé l'explication des mots latins qui figuraient, le jour de la saint Charles, dans le transparent placé au-dessus de la grande porte de l'IIulel des Gardes du Corps. Ce transparent représentait un soleil, au-dessous duquel on lisait ces mots : Nec plcridis i-mpar.

Il m'est bien facile de vous dire d'où cette devise a été empruntée; c'était celle de Louis XIV. Mais il n'est pas aussi aisé de vous en faire connaître le véritable sens ; personne ne l'a jamais bien expliqué. Ces mots , en effet, peuvent s'entendre de deux manières : //> même pour tous, ou bien: Qui eu vaut plusieurs ensemble. Quelle était la pensée de Louis XIV, en adoptant cette devise? C'est ce qu'on ignore. Le fait est que, sous ses deux acceptions, elle pouvait convenir à ce monarque : par sa grandeur, il se trouvait placé à une telle hauteur, qu'il répandait également sur tous ses sujets l'éclat de sa gloire, comme le soleil verse également ses rayons sur tous les hommes; par sa puissance, il égalait celle de plusieurs rois ensemble, et pouvait défier leurs forces réunies. De toute manière on ne peut disconvenir qu'il n'y eût un peu d'orgueil dans cette devise. J'aimerais mieux toutefois le premier sens, auquel on pourrait rattacher des idées de justice et de protection, en l'interprétant ainsi ; Le même pour tous, c'est-à-dire, qui protège également tout ce gui est au-dessous de lui, et rend également justice à tous, sans distinction de personnes ni de ranqs. Expliquée de cette sorte, la devise devient une des plus belles qu'un prince ait pu choisir.

Une autre question m'a été faite an sujet du Itois de fer.

On donne vulgairement ce nom au bois d'un arbre qui croit dans plusieurs iles et dans quelques parties du continent de l'Amérique, et que les naturalistes ontnomxnc siderodendron. Cet arbre s'élèveà une assez grande hauteur: son bois est très pesant et d'une dureté telle, que les meilleures haches se brisent lorsqu'on veut le couper, sur-tout quand il est sec. On en fait cependant des meubles et des ustensiles dune grande durée, en prenant la précaution de le travailler pendant qu'il est encore vert, ou de le tenir dans l'eau jusqu'au moment où l'on doit l'employer. Sa couleur est d'un brun un peu nuancé, plus foncé que celui du marron, et quelqutfois presque noir.

Les lances, caèse-tétes, haches et autres armes de certains peuples sauvages de l'Amérique, étaient faites avec (lu bois de fer.

Une de mes jeunes abonnées, qui a une fort jolie écriture, et qui parait mettre un jjrand soin à tenir ses cahiers parfaitement nets, comme ses lettres, m'a demandé d'où provient la poudre de sandarcujue , dont on se sert pour empêcher le papier de boire, lorsqu'on a gratté un mot mal écrit et qu'on veut en tracer un autre à la même place.

On appelle sandaraijue une espèce de résine produite par un arbre vert qui porte le nom de thuya. C'est cette résine pulvérisée dont on se sert à l'usage indiqué par ma jeune correspondante.

Un autre de mes lecteurs désire savoir ce que c'est qu'une aurore boréale.

Une aurore boréale est un phénomène lumineux qui se manifeste près du pôle arctique, et qu'on observe très fréquemment pendant l'hiver, dans les contrées Septentrionales. C'est une masse de lumière, ordinairement blanchâtre et faible près de l'horizon, mais rongeàtre et plus éclatante dans sa partie supérieure où elle parait comme ondoyante, et semble lancer en haut des traînées de flammes semblables à celles d'un volcan. Ces aurores sont d'autant plus élevées et plus lumineuses que le froid est plus intense; lorsqu'il excède trente degrés, elles s'étendent quelquefois au point que toute la moitié du ciel paraît lumineuse.

On a cherché à expliquer ce phénomène, en l'attribuant à diverses causes, entre autres à l'électricité, soit que le météore fût produit par l'inflammation de la matière électrique elle-même, soit qu'il résultât d'une combustion de gaz hydrogène accumulé dans les hautes régions de l'atmosphère et enflammé par le fluide électrique. Ce ne sont là que des suppositions, mais elles sont rendues vraisemblables par l'observation de deux faits; l'un, que l'électricité est extrêmement active dans ces contrées; l'autre, que Vaurore /)oyéa/e électrise les pointes isolées, placées dans des tubes de verre (i). Quelques voyageurs, en outre, piétendent avoir entendu, pendant la durée du phénomène, un pétillement semblable à celui d'étincelles électriques.

Quoiqu'il en soit, les aurores boréales sont un bienfait de la Providence pour les habitants des pays voisins du pôle. Durant les longues nuits qui enveloppent d'ol)scurité celte partie de la terre, elles viennent dissiper pour quehjues instants les ténèbres; et quoique leur lumière ne soit pas vivifiante et pure comme celle du soleil, elle offre du moins une con-

(l) Je suppose que mes Iccleuis n'ont pas oublie' ce que je Iciu- ai ilil, letc dernier, au sujet de l'éleetricite.

solation et une distraction précieuse, en l'absence de cet astre.

Autre question: Qu'est-ce que la malachite?

G est un minerai de cuivre, dans lequel ce métal se trous-e combiné avec Vacide carbonirfue. et que, pour cette raison, les chimistes appellent carbonate de cuivre. Cette combinaison produit un corps d'une très belle couleur verte, et assez dur poiïr recevoir un brillant poli. La malachite forme, dans les mines, des espèces de stalactites ou de concrétions composées de couches, en sorte que, quand elle est sciée et polie, elle présente des cercles de diverses teintes de vert, qui font un effet très agiéable à l'œil. On l'emploie dans la bijouterie, et l'on en fait aussi des vases d'ornement et des tables qui sont d'un très grand prix, parce qu'il est fort rare de trouver de grandes masses de malachite, qui ne soient point percées de trous plus ou moins grands et nombreux. La plus belle malachite vient des mines de cuivre exploitées dans les monts Oural, en Sibérie. On voit, dans le château de Trianon, deux vases magnifiques et deux superbes tables de cette matière, qui sont des présents faits par l'empereur de Russie.

Je vous ai parlé à! acide carbonique , et je pense que vous ne devez pas savoir ce que c'est qu'un acide ; il faudra que je vous le dise prochainement. Quant aux stalactites et concrétions , il n'y a pas long-temps que je vous en ai entretenus.

J'imagine que c'est une petite enrhumée qui m'a demandé avec quoi l'on fait la pâte de jujubes. Cette pâte est une gelée très solide, préparée avec de la gomme arabique, du sucre, et \e jujube, qui est le fruit d'un arbrisseau apy>e\é jujubier. Cet arbrisseau, dont les feuilles sont ovales, longues, luisantes et d'un vert clair, les fleurs jaunes, et les fruits d'un beau rouge, ayant à-peu-près la forme et la grosseur d'une olive, croît naturellement dans le Languedoc, la Provence, et en général dans le midi de l'Europe. On le cultive dans ces pays pour son fruit, qu'on y sert en hiver sur les tables, et qui est nourrissant et agréable, quoique un peu fade. On fait sécher ce fruit sur des claies, au soleil, et on l'envoie, en cet état, aux droguistes et aux apothicaires. La pâte de jujubes est très bonne pour calmer les toux, les irritations de la poitrine, et c'est un remède qui ne déplait point aux palais délicats.

On m'a fait encore bien des questions ; Qu'est-ce que la salamandre? Qu'est-ce que l'arsenic? Qu'est-ce que la chaux? Qu'est-ce que le caméléon? Qu'est-ce que etc.? Je ne puis répondre à tout cela en peu de mots; il faut des articles spéciaux pour chaque chose; et par conséquent, du temps; et par conséquent, un peu de patience.

iMPRiMEBu: DE Jt.U.ES DIDOT AINl';, nipiuMiiin iii, f.i

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Dimanche, 58janvihiii837'

Le prii de l'abonnenicui est, pour Paris, de 22 franrs |iaran, elde 12 francs pom six mois. Pour les dêjiartcnients, de 24 francs par au , et i3 francs pour six mois.

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liui'c-au de l'abonnement clici Louis Colas, libraire, rue Daupliinc. n" Sïj et chez, les principaux libraire."; <'i diiicieurs des postes des déparlenients.

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