‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 146 sur 169 · A DIVERSES QUESTIONS DE SES JEUNES AMIS · texte numérisé non relu

A DIVERSES QUESTIONS DE SES JEUNES AMIS

On m'a fait encore cette fois beaucoup de questions, en répondant aux miennes. Cela augmente mon arriéré; mais j'espère pourtant que je parviendrai à satisfaire tout le monde. Afin de ne pas perdre de temps, je vais solder tout de suite quelques uns de mes petits créanciers.

On m'a demandé : Qu'est-ce que Toeix?

Je regrette de ne pouvoir traiter de nouveau ce sujet; cela a déjà été fait dans le numéro 3o de la première année de ce Journal, où j'ai parlé du miroir et donné la description de l'organe de la vue.

Qu'est-ce que le vitriol?

Il y a quelque temps que j'eusse été fort embarrassé pour répondre à cette question; mais rien ne m'est plus facile, depuis que je vous ai expliqué ce que sont les acides, les oxydes et les sels.

On donnait autrefois, et l'on donne encore vulg'airement aujourd'hui le nom de vitriol, à un sel métallique formé par la combinaison d'une base qui est Yoxyde de cuivre, et de Yacide sulfurique. Ce sel est appelé, dans le langage actuel de la chimie, sulfate de cuivre, n cristallise en Jjeau cristaux bleus. On le trouve quelquefois formé naturellement, dans les mines de cuivre; mais les cristaux les plus beaux et les plus nets, sont ceux qu'on obtient artificiellement dans les laboratoires de chimie. Vous avez pu en voir des grouppes que les pharmaciens exposent ordinairement, en montre et sous verre. Le sulfate de-cuivre se décompose facilement, lorsqu'il est exposé à l'hu-

niidité. Placé sur la lanfjuc, il y fait sentir une saveur très acre et pénétrante, qui ne permet pas de se méprendre sur son action corrosive. Celte substance est un poison.

Çu'est-ce que l/i corPEnosE?

C'est encore un sel métallique, dans la comjiosition duquel entre également latide sulfuririue, mais dont la base est Yoxycle de fer. Ce sel est le sulfate de fer des (bimistes, auquel on donne encore quelquefois le nom vulgaire de couperose. Il cristallise en cristaux verdâtre, et vous avez pu en voir aussi chez les pharmaciens, sous des cloches de verre. De même que le sulfate de cuivre , il se décompose facilement à Thumidité; il a une savein- acre, dans laquelle on distingue un arrière goiit de fer. Cest encore une substance qui peut être consiJérée comme un poison-

Le sulfate de cuivre et le sulfate de fer, sont employé-s dans les arts chimiques, et particulièrement dans ceux qui ont pour objet la teinture des étoffes.

LITHOGRAPHIE

Voilà de jeunes tilles et déjeunes garçons qui sont fort occujjés a faire l'éducation d'un perroquet, et qui sans doute lui apprennent à répéter de très jolies choses. Si nous étions encore dans le bon temps des iées et des génies, oîi ceux de ma nature pouvaient prendre toute espèce de forme, et passer dans le corps des animaux , selon leur caprice , je voudrais me mettre un moment à la place de cet oiseau, et j'étonnerais bien mes instituteurs et institutrices, en leur parlant ainsi;

'• ^ oyez-vous comme je suis beau, comme j'ai un brillant plumage et de vives couleurs! Eh bien, pourtant, je ne suis c[u'une béte très peu intelligente. Ne soyez pas trop glorieux de votre beauté.

il Entendez-vous comme je parle net, connne je répète exactement ma leçon? Eh bien, je n'en comprends pas un mot. Prenez garde de me ressembler, et de n'apprendre que par routine.

<i Je vous fais quelquefois bien attendre, quand vous avez envie que je parle; et puis ensuite vous ne pouvez plus me faire taire, et je vous étourdis. Ma petite maîtresse, avis h vous, quand vous vous faites prier pour jouer du piano. Avis à vous, mes petits professeurs, quand vos langues vont si vite qu'on veut en vain les arrêter.

a Quelquefois, vous avez beau me chasser, je reviens toujours sur votre éjiaule, pour vous forcer à vous occuper de moi. Que pensez-vous de l'importunité, Messieurs , et Mesdemoiselles ;'

(1 D'autres fois, en jouant avec vous, il m'arrive de vous moidre les doigts un peu fort. Vous me dites Aon: Allons, Jacot, de la modération dans vos jeux. Ne pourrais-je jamais vous répéter cette phrase à propos.

" Enfin, mes rhers petits maîtres et maîtresses, en

tâchant de faire parler votre perroquet comme vous, tâchez aussi de ne pas prendre l'habitude de parler comme le perroquet. »

VARIÉTÉS

En cas que vous ne le sachiez pas, mes amis, je vous préviens que c'est aujourd'hui le dimanche gras, demain le lundi gras, et après demain le mardi gras. Encore trois jours de divertissements, et puis on reprend sérieusement le travail, les études. J'ai parié que tous mes lecteurs y mettront autant d'ardeur qu'ils en ont mis à s'amuser pendant le carnaval. Vous ne me ferez pas perdre, n'est-ce pas?

— Dans le nombre des petites soirées auxquelles j'ai assisté, pendant ce mois de plaisirs, il en est une dont j'ai été tout à-la-fois charmé et édifié; c'est celle qu'a donnée M. Lévy à ses jeunes élèves. M. Lévy est un professeur distingué, qui réunit chez lui, rue de Seine n''32, un certain nombre déjeunes personnes, auxquelles il enseigne, par une méthode ingénieuse qui lui est propre, la grammaire, la géographie et l'histoire. Il y a huit jours qu'un petit bal charmant a remplace' la leçon. Environ trente jeunes filles fort intéressantes en composaient l'ornement; l'une d'elles, désignée par le sort, en faisait les honneurs avec beaucoup de grâce; chacune à son tour occupait le piano, soit pour faire entendre un morceau d'étude, soit pour faire danser ses compagnes. La confiance et la gaieté présidaient à cette jolie fête. On m'a montré différentes compositions et des cartes de géographie, parfaitement bien exécutées par les élèves de M. Lévy; j'en fais ici mon compliment à elles et à leur maître. C'est un bon temps, n'est-ce pas. Mesdemoiselles? que celui où vos professeurs vous donnent des bals et dansent avec vous.

— Une de mes petites correspondantes m'a adressé le logogryphe suivant, de sa composition :

"Rien n'égale ma blancheur; je suis dure, ]>uisje m'amollis, enfin je deviens liquide, et je préserve les végétaux du froid, quoique je sois très froide.

« Enmedécomposant , jesuis un Esprit imaginaire, bon ou méchant, beau ou laid. Parmi toutes les formes que je prends, j'en ai pris une qui me fait chérir des enfants que je me plais à instruire et à amuser. "

J'ai deviné sans peine ce logogryphe, et j'y ai même trouvé beaucoup de mots que Mademoiselle Cécile

de V n'y avait probablement pas vus; ce sont

ceux-ci : Le bon Génie a une bien aimable petite amie.

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Imphimehie de JUM;« OIDOT AINÉ

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Ju Poiil-dc-I.i)ili

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IIP ANNÉE. N" 44"

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LETAIN.

Je vous ai déjh entretenus de plusieurs métaux , mes rhers amis, mais il en est un dont je ne vous ai point encore parlt^, et dont vous ne soupçonnez probablement pas toute l'importance et l'utilité, c'est l'étaiii.

Ce métal est un des plus anciennement connus. Vous savez que sa couleur est le blanc argentin tirant un peu sur le bleu; son éclat est vif, sur-tout lorsqu'il est coulé sur des corps très unis; quand on le plie, il fait entendre un petit craquement qui est connu sous le nom de en de Félain; par le frottement et la chaleur, il répand une odeur désagréable; il est un peu plus dur que le plomb, et cependant encore assez mou pour qu'on puisse y planter une épingle; enfin , il jouit d'une assez grande ductilité, puisqu'on en fabrique des feuilles très minces.

L'éfaî'n ne se trouve jamais à l'état de pureté dans la Nature. Le minerai duquel on le retire est un oxyde d'étain, dont la couleur varie du blanc jaunâtre transparent, au noir brunâtre et opaque, eu passant par toutes les nuances-intermédiaires du jaune brun, du brun de cheveux, du rouge brunâtre, etc. Son aspect a quelque chose de gras, et il ressemble tellement à une pierre, que quand on ne l'a jamais vu, sa grande pesanteur peut seule y faire soupçonner la présence

d'un métal. Il se présente assez souvent en petits cristaux, dont la forme est celle d'un prisme carré, terminé par des pyramides plus ou moins compliquées. On exploite des mines d'étain dans l'Inde, à la Chine, au Mexique et au Pérou; il en existe de très riches en Angleterre, dans le comté de Cornouailles; l'Allemagne en possède aussi quelques unes; enfin, on en a découvert en France, depuis peu d'années, aux environs de Limoges, mais je ne sache pas qu'elles soient encore exploitées.

Les usages de Yétaiti sont fort intéressants; c'est un des métaux qui nous rendent le plus de services. A l'état de métal pur, il fournit un grand nombre d'ustensiles de ménage, qui sont précieux pour la campap'ne. En Suisse, en Normandie, l'étain de la maison d'un fermier est un des principaux articles du mobilier; et cette vaisselle, véritablement économique, a l'avantage de conserver, comme l'argenterie, sa valeur réelle, après avoir servi pendant nombre d'années.

L'étaiH fondu, mis en contact avec le cuivre, s'y attache et y adhère si fortement, qu'on ne peut l'en détacher qu'en le grattant. C'est cette propriété qui permet de l'employer pour clamer les vases de cuivre dans lesquels on prépare nos aliments; précaution bien nécessaire, a cause des dangers que présente ce dernier métal.

Vétaiii niélé avec le mercure, compose un amalgame qu'on applique derrière les glaces qui décorent nos appartements. C'est cette couche métallique qui leur donne, ainsi que je vous l'ai expliqué en parlant du miroir, la faculté de réfléchir l'image des objets qui passent devant elles.

hétain en fusion, auquel on ajoute une petite quantité (ïanthnoine, et dans lequel on plonge des feuilles de fer convenablement préparées, donne à ce métal un vif éclat, et le convertit enfer-blœic, comme je l'ai déjà dit en traitant du fer.

Vétaui combiné avec le soufre, produit une substance nommée or massif , qui sert à bronzer les figures de plâtre et de bois, que l'on peint en vert pour imiter l'aspect du bronze.

L'oxyde d'étain , vitrifié par l'action du feu , acquiert une dureté considérable, et sert à polir les pierres et autres corps durs; il est connu sous le nom de potée d'étain.

Plusieurs préparations d'eVamsont employées dans l'ait de la teinture, pour obtenir le rouge et l'écarlate. Enfin, l'alliage de Vétain avec le cuivre, dans différentes proportions, produit le bronze ou Vairain. Cet alliage, comme vous le savez, est la matière des canons et des mortiers. Il est aussi celle des cloches; mais pour ce dernier usage, on y ajoute de Wtnlimoine ou de Varijent, qui le rendent plus sonore. Les cymbales, l'instrument bruyant des Chinois, qui porte le nom de tam-tam, sont également en bronze, avec une addition de quelques autres métaux alliés au cuivre et a Yétai)t dans de certaines proportions. C'est encore le bronze qui fait la matière d'une partie de notre petite monnaie courante. C'est lui qui, revêtu par la main de l'art des formes les plus élégantes, embellit les demeures somptueuses, où il se montre façonné en vases, en pendules, en candélabres. Enfin, c'est à lui que l'on confie le soin de perpétuer l'image des honnnes illustres et la mémoiredes grands événements : les colonnes, les statues, les médailles sont de grands souvenirs gravés sur l'airain.

Vous voyez, mes amis, à combien d'usages nobles et utiles l'industrie de 1 homme a su employer Vélnin; et vous penserez sans doute que ce métal méritait bien que je lui consacrasse quelques lignes, pour vous faire aprécier son importance.

MOTS A L'OREILLE

SOUFFLÉS PAI! LK lîON GÉNIE.

^ Il n'y a que ceux qui n'ont rien essayé qui trouvent tout facile.

^ L'homme le plus instruit est celui qui sait le mieux

combien de choses lui restent encore à apprendre.

% Faisons deux catalogues, l'un des choses que nous savons, l'autre des choses que nous pouvons apprendre; nous serons tout surpris de voir combien le premier sera court, tandis que le second ne finira point.

^ Je sais, je sais! propos d'enfant, qui revient à ceci : J'ai de la vanité, donc je n'apprendrai rien.

% Il n'est point de talent qui ne se perfectionne par l'attention , l'étude et la comparaison des modèles; il n'en est point qui ne s'affaiblisse et ne se perde par la négligence, la paresse et la présomption.

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