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CORRESPONDANCE
RÉPONSES ALX DEKXIÈRES QUESTIONS DU BON GÉNIE
Mes bons amis et aimables jeunes amies, je dois commencer par vous dire que je suis enchanté, et que la lecture de vos réponses vient de me faire passer quelques heures bien douces. Vous ne pouvez vous hgurcr avec quel plaisir j'observe et j'étudie le développement de vos bons sentiments et les progrès de votre esprit. En vous adressant en général des féliciaIZ^\^ ce sujet, je ne me crois pas quitte d'en faire de pan.cul.eres a .nesdeu,oiselles Caroline et Mw-guc- ■nen/li""' 'ï"' '*"' progres, depuis le com.nencen e. de notre correspondance, m'ont sur-tout frappé, ran\ o.rri """T' 5"^'"<^llement jusqu'au prem^; rang ou elles se placent aujoui-d'hui
Je remercie M'" B. R. de m'avoir fourni des questions qu. m'ont valu tant et de si jolies réponses
e " n oh"^' ^"*^ J " '^X'^ J^ ^"'^^ ^' «^'--^ liante, '^ e.T entier, deus de ces lettres intéres-
memiï:^ ''T^',^".""^* coirrespondants. Les deux
^BlancleR '""' "^^ -^Je.demoiselles' Caroline L , et
4ue"tions^'r;' T ^ 'TT/''^ elle-même a ses propres questions, 1 autre est de M. Gabriel dErceville.
Un se rappelle que les questions étaient celles-ci •
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Voici les réponses :
Mon bon Génie, quoique j'ai toujours un grand plaisir à vous répondre, aucune question ne m'a inspiré ph.s d'intérêt que cette dernière. Quoi de plus doux que de parler de l'amité? ce charme de la vie, l'ornement de la jeunesse, la consolation de la vieillesse, le soutien de tous les âges! Au pauvre elle tient lieu de richesse, à l'orphelin elle tient lieu de parents, à l'exilé elle tient lieu de patrie, à l'infortune elle tient lieu de tout.
i< Comment vous dire, mon bon Génie, les qualités que je préférerais dans une amie, quand les veu.x de l'amitié semblent les voir toutes réunies dans cejle qui vous est attachée? Sa conversation adoucit le chagrin ; sa gaieté dissipe la tristesse; sa prudence donne de bons conseils; sa vue même réjouit. Mais la plus belle qualité qu'on puisse désirer dans une amie, c'est la confiance, ou plutôt, sans la confiance il ne peut exister de véritable amitié. Dès qiiune action, une parole, une pensée reste un secret pour une amie, vous avez rompu les liens qui vous unissaient à elle. Que rien de ce que vous faites ne lui soit caché: que rien de ce que vous pensez ne lui soit inconnu, iju'elle pense par vous, comme vous pensez par elle. Quoi de plus agréable que ces épanchements de deux cceurs qui se comprennent mutuellement? Quoi de pi us il oux que de voir une amie se réjouir de votre bonheur 01 pleurer sur votre infortune? Les chagrins partaga s'affaiblissent, et les plaisirs sont doublés. fkl "
1. Si la confiance est indispensable dans l'amitié,!"^ douceur et l'indulgence ne le sont pas moin? pour\
rendre durable. Souvent, lorsqu'une liaison date de plusieurs années, on finit par de'couvrir des défauts qui auparavant vous échappaient. La véritalile amie saura excuser ces imperfections qui tiennent à notre nature; elle pardonnera, afin qu'il lui soit pardonné; et si quelques nuag^es viennent obscurcir la douceur de cette union, une aimable cordialité les dissipera bien tôt. Il Je ne manquerais pas d'exemples pour peindre les douceurs et les sacrifices de l'amitié; mais l'iiisfoire ne cite que des hommes. Comment douter cependant que notre sexe n'ait eu ses Pylades? A quoi donc attribuer ce singulieroubli? N'est-ce point que l'homme, écrivant l'histoire, rapporte tout à l'homme, tandis que la femme, modeste et retirée, se contente d'être vertueuse sans se proclamer telle, et fait de belles actions sans se donner pour exemple? Mais qu'elle se console; la vertu cultivée dans le silence est bien préférable à celle qui se montre au grand jour, car du moins, on ne peut la soupçonner d'ostentation. Il Caroline L u
Il Je ne sais trop si je dois vous remercier, mon bon Génie, de la manière dont vous me renvoyez mes questions. Loin de m'aider, vous me jetez dans un embarras plus grand encore, car, si déjà je craignais de mal répondre, combien ne le craindrài-je pas davantage aujourd'hui que c'est à vous que je m'adresse et que vous me donnez des concurrents si redoutal)Ics? Je ne puis pas dire comme vous que tout est profit ])our moi dans cette petite circonstance, mon bon Génie; mais il suffit que vous le desiriez pour que je tâche de vous répondre. Je vais donc essayer de le faire le moins mal possible.
Il Une amie doit être pour nous comme une seconde conscience que nous puissions consulter en toute occasion, et dont nous puissions sans crainte suivre tous les avis. Il faut que nous trouvions dans sa raison de salutaires conseils, et dans son cœur une douce indulgence; il faut qu'elle soit notre consolation dans les peines, notre appui dans le malheur, enfin, dans toutes les circonstances de la vie, un guide sûr et éclairé, en un mot un bon Génie.
Il Pour remplir des devoirs si importants, il faut donc qu'une amie possède des qualités bien essentielles. 11 me semble que voici les principales: Je lui voudrais d'abord de la raison, du jugement, afin de
Î)ouvoir la consulter avec confiance et sécurité; de a sincérité, pour qu'elle m'avertit des (orts que je pourrais avoir, et qu'elle m'éclairât sur mes défauts. Mais il faudrait aussi qu'elle fût bonne et indulgente, car ces deux qualités font le charme de l'intimité.
Il La discrétion me semble aussi une qualité bien nécessaire, car sans discrétion il ne peut exister de confiance, et sans confiance je ne comprends pas l'amitié.
Il Voilà, mon bon Génie, les qualités que je crois indispensables dans une amie. Il n)e semble que ce sont celles-là aussi qui sont le plus propres à inspirer des sentiments durables; car, si la bonté, la douceur, l'indulgence font naître l'amitié, ce sont elles aussi qui, jointes h la raison, à la sincérité et à la discrétion, l'entretiennent et la rendent chaque jour plus vive et plus fendre.
Il Vous trouverez peut-être, mon bon Génie, que je suis bien exigeante; mais je sais bien que toutes les qualités que je demande dans une amie seraient sans aucun résultat, si elles n'étalent ])as rit-iproques, et
que je dois commencer par les acquérir moi-même si je veux un jour obtenir et justifier ce titre si doux. C'est à quoi tendront tous mes efforts, et j'y travaillerai avec d'autant plus d'ardeur que ce sera le meilleur moyen aussi de reconnaître et de mériter l'amitié du bon Génie. « Blanche P> >
«Mon bon Génie, si je choisissais un ami, j'en choisirais un qui fiit bon, sage, aimable, religieux, sincère, franc, loyal, comjjlalsant, poli, Instruit, sobre, et qui ne fût ni raisonneur, ni menteur, ni lambin, ni mutin, ni orgueilleux, ni avare, ni envieux, ni paresseux, ni sujet à la colère. Alors, je pourrais l'aimer comme je vous aime, mon bon Génie, c'est-à-dire, de tout mon cœur.
Il Mon bon Génie, pour faire duier l'amitié je crois qu'il faut être bon, aimable, complaisant; en outre, il ne faut être ni raisonneur, ni menteur, ni mutin, ni orgueilleux, ni envieux, ni uniquement occupé de soi. Voilà, mon bon Génie, ce que je pense de ces deux questions. Adieu, mon bon Génie, recevez, ete.
«GaDUIEL d'ErCEVILLE. I)
Je donnerai aujourd'hui un peu plus de place que de coutume aux extraits de plusieurs lettres , qui renferment de si jolies choses que je ne puis me décider à les sacrifier. Voici ces extraits :
Il Je crois devoir des remerciements à l'aimable rivale qui nous donne occasion de retracer les douceurs de l'amitié Si jamais il fut permis de rêver
la perfection, c'est sans doute lorsqu'il s'agit de souhaiter des qualités à une amie. Quoi de plus doux que de voir citer comme un modèle celle qui nous est attachée par les liens si purs de l'amitié! Aussi ferais-je des vœux pour que chacun trouvât en ell« réuni tout ce que mon cœur y verrait. Douceur, bonté, modestie, toutesles vertus qu'il est possible d'atteindre seraient son partage. Fière des éloges qu'on lui prodiguerait, il me semblerait les partager ; heureuse de son bonheur, je n'oublierais pas qu'elle le devrait à
la vertu Fortune, richesses, honneurs, tout pourra
vous fuir, mais l'amitié vous sera fidèle. Car ce n'est pas la véritable amitié, celle dont parle Goldsmith dans ces vers :
« Aiicï wliat is friendship but a name,
« A cliarni ihat tulls to slccp,
« A sliade thaï follows wcaith ami famé
" But leaves the wretch to «eep!
«Je me suis permis d'essayer la traduction de ce passage, dans l'espoir que, placée sous les auspices du bon Génie, ma témérité se trouverait excusée.
» L'amitié n'est qu'un songe heureux,
« Un charme vain qui nous caresse,
i< Une ombre qui suit la ricliesse
c. Et s'éloigne du m.ilheui'cux. »
(M"' Manjuerite L )
Il Lorsque l'âge ne nous a pas encore donné assez d'expérience^ ilfaut toujours consulter les personnes qui en ont, et sur ce qu'elles nous disent nous pouvons faire choix d'une amie. » ( M"° Catli.w B )
Il II ne faut pas chercher des amis dans un rang troj) au-dessus ni trop au-dessous de celui qu'on occupe. II (M"" Pauline de R )
Il La délicatesse fait éviter les petites offenses qui pourraient à la fin nuire à l'amitié. Cette qualité prçduit aussi mille attentions nécessaires à sa conservation, telles que de ne jamais donner à garder à son
( ly^ )
amie un secret qu'elle ne pourrait confier à ceux à qui elle doit une confiance illimitée. » ( ÎM"' Ariane de C , h Montfleiiry.)
11 Les qualités que je recherche dans une amie sont la douceur, la franchise, la bonté, l'indulgence, la
sensibilité et l'amabilité J'ai, mon bon Génie, de
jeunes amies qui possèdent toutes ces qualités. Tout le temps de ma maladie,elles m'écrivaient tous les jours, tantôt l'une, tantôt l'autre, des lettres si touchantes et si aimables, que nous en avions souvent, Maman et moi, les larmes aux yeux. Toutes ces jolies lettres étaient toujours sur mon lit, à côté de votre journal qui ne m'a jamais quittée. » (M"' Sophie Cli )
11 Je désirerais que mon amie fût plus raisonnable que moi, afin qu'elle put m'aider de ses conseils et m'empêcher de commettre des fautes. » {W' Delpliine F...... a Vienne.)
«Celle qui ne nous avertirait pas de nos défauts, qui ne chercherait pas à nous en corriger, ne serait pas une véritable amie. » (M"" Laure D...., à Beanne.)
Il Je souhaiterais pour ami un petit garçon de mou âge, qui fût doux, et qui aimât beaucoup à travailler et beaucoup à jouer. » (iM. Pol d'Erccville. )
11 Quand on a des parents aussi bons que les miens, et un bon Génie qui ne nous donne que de bons conseils, il me semble qu'on n'a pas besoin d'avoir d'autres amis.» ( M"'^lexatidniie deL....,au château de Dobert.)
<i Qu'ai-je besoin d'une amie? j'en ai une que le ciel m'a donnée. En elle se trouvent réunies toutes les qualités que je rechercherais dans une amie; c'est ma mère! C'est celle qui toute ma vie me conduira; elle marche devant moi, m'aplanit les chemins et me montre la route qui conduit vers le bien. Quelle est l'amie qui partagerait mieux qu'elle ma joie et mon affliction? et qui pourrait sentir mieux qu'elle tout ce que j'éprouve? i> (M"' Adélaïde de B.... )
11 On doit chercher un modèle dans son amie, et lui trouver les qualités que l'on voudrait avoir soimême. Il CM"" Clémence de F...., à Villebadin.)
Forcé à regret de mettre un terme à ces extraits, je me bornerai à mentionner, comme méritant d'être liarticulièrement distinguées, les réponses de mes correspondants et correspondantes dont les noms suivent:
M. Jules Guérin ; M"' Adèle Desb.... ; M"' Louise D.... ;
M"= Constance L , à Moulins; M"' Syda de A'....;
M. Raoul de In Barre, à Lyon; M"' Jthénais de S. A. , à Rouen; M"« Jmjusline, au Lude; M. Charles Daru; M. Ernest d'Erceville; M"' Louise F...., à Grenoble; M. Fortuné Boucault , à Privas; M"' Molly de K...., à
Quimper; M"= Cécile de P ; M"' Victorine P...., à
Kouen; M"' Jdèle Ch. de C..., à Fontenelle; M"' ErneslineP...., a Montalahe;M"'JntoinetteR. delà M...., a Marseille; M"" E. et Jmélie 0....;^' Léonie D...., à Lyon; M. Charles Moysen, à Mussy; JM. Albert Patersi; M. Ernest Adam, à Fontenelle.
EXPLia-iTION DE LA DERNIÈRE CHARADE.
Le mot de ma dernière charade est Strasiîolrg, dans lequel on trouve stras et bourg. On se plaignait de ce que mes charades étaient trop faciles, mais il parait qu'on n'a pas jugé celle-ci telle, puisqu'il n'y a f|uun petit nombre de mes correspondants qui 1 aient devinée, et que plusieurs se sont trompés en
devinant Lunebounj , Cherbourg , faubourg , etc. Parmi les explications peu nombreuses qu'on m'a adressées à ce sujet, la meilleure et la plus complète est de mademoiselle Caroline L Je serai dispensé d'y rien
ajouter. La voici :
11 Mon bon Génie, ce n'est pas sans peine que j'ai deviné le mot de votre charade, et je n'eusse jamais pu découvrir que c'était Strasbowrj , si un hasard ne m'avait fait connaître, il y a quelque temps, ce que c'est que le slras.
11 Le stras est une composition imitant le diamant. Si on n'y prenait garde, on pourrait se laisser éblouir par l'éclat trompeur que jette ce faux brillant. C'est ainsi qu'on voit des personnes dont l'extérieur parait annoncer quelque talent; dont les discours apprêtés et le ton tranchant peuvent en imposer; mais si on les approfondit, on verra bientôt que tout leur mérite se réduit à un bavardage ridicule et à d'inutiles paroles.
a Bourg, chef-lieu du département de r.\in, ne nous offrirait rien de remarquable, s'il n'avait donné naissance à Vaugelas. Dans le même département se trouve la petite ville de Nantua, qui nous rappelle avec plaisir le bon Simon, dont la morale pure et simple a mérité une couronne (i).
a Strasbourg , capitale de l'ancienne Alsace, est située sur la rivière d'Ill, pi es le Rhin. Cette ville, remarquable par plusieurs beaux édifices, mérite surtout d'attirer la curiosité des étrangers par l'église cathédrale dédiée à Notre-Dame. Sa tour, commencée en 1229, n'a été finie qu'en i449- C'est une pyramide de ^j\ pieds de haut, et on y monte par un escalier cpii a 635 marches. L'ancien nom de cette ville est Argentoratus. Elle ne fut considérable que vers la fin du quatrième siècle. Elle était gouvernée par un comte, et était la seconde ville des Gaules, où l'on fabriquait toutes sortes d'armes. AMâcon, l'on faisait des flèches; à Autun, des cuirasses; à Trêves, des boucliers et des balistes : Strasbourg était un arsenal com- ' plet et universel.
u Argentoratus servant d'entrepôt à la Gaule et à la Germanie. Les Allemands la ruinèrent au cinquième siècle, et à la place de ses ruines, ils ne bâtirent que des cabanes. Louis XIV la réunit à la France, et depuis ce temps, elle compte parmi nos villes les plus considérables. u Caroline L .,
Parmi ceux de mes correspondants qui m'ont envoyé aussi l'explication exacte de la charade, je mentionnerai :
M. Féli.x Mennechet, à Saint-Quentin; M"' Élisa M.....; M"' Cécile de F....; M"' Adèle Ch. de C..., à
Fontenelle: M"' Sophie Ch....; M"' Victorine P à
Rouen.
LITHOGRAPHIE