‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 154 sur 169 · ENFANTS EXTRAORDINAIRES · texte numérisé non relu

ENFANTS EXTRAORDINAIRES

Nous avons vu depuis (juehpies années, à Paris, plusieurs petits artistes qui nous ont étonnés par des talents précoces. Il est probablement peu de mes lecteurs qui n'aieut entendu parler de la jeune Lcontine Fay, qui est maintenant sortie de l'enfance, et qui jouait la comédie et clianlait, à neuf ans, au moins aussi bien qu'à dix-sept; ainsi que du petit pianiste Listz, qui fait encore Tadmiration de nos plus grands artistes. Mais ce n'est pas de nos jours seulement qu'on a vu des petits prodiges de ce genre. Il en a paru dans tous les temps et dans tous les pays. !\Ies jeunes lecteurs ne seront peut-être pas fâchés que je leur en fasse connaître quelques uns, car il est difficile qu'ils ne prennent pas uu peu d'intérêt aux enfants de leur âge qui se sont rendus célèbres par des talents extraordinaires.

L'Allemagne est, je crois, le pays qui en a produit le plus grand nombre. Elle possédait, il n'y a pas long-temps encore, le jeune Fraun qui, à l'âge de dix ans, était un virtuose sur le violon, et de plus, soutenait des thèses de sciences et de littérature devant les docteurs des universités allemandes.

Dajis le dix-huitième siècle, avait paru un autre petit savant de la même nation, nommé Baratter. Celui-ci, à l'âge de trois ans, savait écrire; il parlait le latin avec son père, le français avec sa mère , l'allemand avec sa servante. A neuf ans, il composa un dictionnaire hébreu des mots les plus difficiles, avec des réflexions critiques assez curieuses; et il traduisit de cette langue une partie de la Bible.

En 1812, une jeune tille de huit ans, née aux États-Unis, et nommée Zeralt Colbuni , attira l'attention du monde savant, par l'inconcevable facilité avec laquelle elle faisait, de tête et rapidement, les calculs les plus difficiles et les plus compliqués.

Une autre merveille du même genre parut à Londres en i8ig; c'était encore une jeune personne, fille d'un tisserand nommé IJeynioocl, et qui à l'âge de onze ans, calculait, sans écrire et uniquement de tête, les nombres les plus considérables. On lui demanda, à la bourse de Londres, de multiplier 525,6oo par 25o; elle répondit en moins d'une minute : i3i,4oo,ooo. On lui fit aussi cette question : Combien y a-t-il de minutes dans quarante-deux années ? Il ne lui fallut que peu d'instants pour répondre : '22,0-5,200.

Quant à la France, ce n'est pas seulement dans ces derniers temps qu'elle a eu des enfants extraordinaires. Parmi ceux dont le précoce génie a chez elle attiré l'attention des contemporains, et laissé des souvenirs à la postérité, je nommerai Tlwo<lore Jcjrippa

iPÀubitjtic, qui produisit tant de sensation à la cour d'Henry IV. En ij56, cet enfant, à peine âgé de six ans, lisait le latin, le grec et fhébreu : à sept ans et demi, il traduisit en français un des écrits de Platon. 81 son érudition fut prématurée, son courage ne le tut pas moins: à treize ans, se trouvant au siège d'Orléans, il s'y fit remarquer par une valeur et par un sang-froid, dont il donna plus tard de nouvelles preuves au milieu des périls les plus imminents.

Je ne vous cite pas, mes amis,. ces enfants précoces, comme des modèles à imiter. Il pe dépendrait pas de vous d'y réussir, et cela n'est point nécessaire. Travaillez seulement à tirer le meilleur parti possible de vos études, et que l'instruction se perfectionne chez vous graduellement avec la raison, c'est tout ce qu'il faut. Les enfants dont je viens de parler sont des phénomènes, qui ressemblent à ces roses qu'on voit quelquefois fleurir isolées avant la saison. De semblables fleurs ont rarement l'éclat et le parfum de celles qui s'épanouissent dans leur temps, et il est rare sur-tout que leurs fruits parviennent à une parfaite maturité. Je n'ai donc point prétendu vous offrir des modèles; mais simplement des faits curieux à observer.

VARIÉTÉS

J'ai lu dans un Recueil anglais l'anecdote suivante : Pendant le rigoureux hiver de ly'io, le charitable duc de Montagne était sorti un matin incognito, pour aller, selon sa coutume, distribuer ses libéralités à quelques malheureux. Étant entré dans la misérable demeure d'une vieille femme qui paraissait bien pauvre, il lui demanda comment elle faisait pour vivre par un temps si dur, et si elle n'avait besoin de rien, u Non, répondit-elle. Dieu merci, je ne manque pas; mais si vous avez quelque charité à faire, j'ai là une pauvre voisine qui est dans la dernière misère. » Le duc visita la voisine, lui laissa une petite somme, et revint vers la vieille femme. « N'avezvous pas encore quelque autre voisin malheureux"? lui demandat-il. — Oui vraiment, répondit-elle; dans la chambre à gauche, il y a un pauvre homme, bien honnête, et tout-â-falt sans ressources. — Je viendrai à son aide, reprit le duc; mais en vérité, vous êtes vous-même bien généreuse et bien désintéressée. Je vous en prie, diles-moi quelle est votre position? — Je ne dois rien, et je possède trente shellings. — Et n'accepteriez-vous point une petite addition à cette faible somme? — Assurément elle me ferait plaisir, dit la bonne femme, mais je croirais, en l'acceptant, faire tort à ceux qui en ont plus besoin que moi. "

Le duc lui donna cinq gninées; et la pauvre vieille , stupéfaite à la vue de cet or , ne put que s'écrier : « Ah ! Monsieur, vous êtes donc un Ange! »

bii'RiMEniE DE JULES DIDOT AÎNÉ, nirniMEun du noi ,

du ronl-<lc-LuJi. Il" 6.

niMA.vaiF, 25 M*IIS lS>

I.e pi'ii Je rabonnenieiiv est, pour Paris, de 32 frauirs par an , el de 1 2 francs pour lii mois. Pour les dcparlemeois , de a4 francs par an , cl i3 francs pour six mois.

iir .oxÉE. N" 47-

Bureau de l'abonnement, chez I.OL'is Colas, libraire, rue tlaupbioe, n" 3^; et chez les principaui libraires et directeurs des postes des dép.

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