‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 155 sur 169 · LA PUCE · texte numérisé non relu

LA PUCE

Je vais vous entretenir aujourtrliui, mes amis, d'un petit animal que tout le monde connaît et que personne n'aime, c'est la puce.

Je ne sais si vous avez jamais examine' une puce avec attention; mais dans ce cas même, il vous aurait été difficile de vous faire une idée exacte de sa structure, à moins de l'observer à travers nn mvcroscope. Il ne sera donc pas inutile de vous en faire la description, que vous pourrez vérifier, quand l'occasion s'en présentera.

La puce est un insecte, dont le corps est ovale, comprimé, revêtu d'une peau assez ferme, et sans ailes. Sa tête est arrondie en dessus, très comprimée sur les côtés; elle est pourvue de deux veux petits, ronds, luisans. qui paraissent lisses, et qui sont situés sur les cotés. La bouche consiste en une espèce de lèvre supérieure, formée de deux écailles triangfulaires; elle est armée d'une espèce de bec, court, en forme de goutiere, et servant de jjaine à un suçoir, qui s'alonfre et que l'insecte introduit dans la peau des animaux dont le sang lui sert de pâture. Les pattes sont grandes, sur-tout celles de derrière dont l'animal se sert pour sauter; toutes sont plus ou moins dentelées, et terminées par des crochets. Le

ventre est très gros, en proportion du reste du corps Ces insectes, comme vous savez, vivent h nos dépends, et aux dépends de quelques autres animaux. Ils préfèrent à la peau des hommes, celle des femmes et des enfants, qui est plus délicate et facile à piquer. Ils se plaisent dans la fourrure des lièvres, des chiens, des chats, qui en sont très tourmentés, sur-tout en été et en automne. Plusieurs oiseaux en sont aussi attaqués, tels que les pigeons, les poules, les hirondelles.

Cet insecte, comme tous les autres, subit des métamorphoses avant d'arriver à son état de perfection. De l'œuf dépose par la mère, il sort une larve blanche et transparente, qui plus tard devient rougeâtre, se transforme ensuite en chrysalide, s'enveloppe dans une coque soveuse, grise, et en sort enfin sous la forme de puce. Mais ce qui est fort singulier, c'est que les larves des puces se cachent si bien, qu'on n'en rencontre jamais aucune daiis les habitations qui en sont le plus peuplées. Cest dans les nids des oiseaux, des pigeons, qu'il faut les chercher, si l'on veut en observer. Ces larves sont de petits vers sans pattes, très vifs, toujours en mouvement, et qui roulent et eontournent leur corps de mille manières.

En étudiant un si petit animal, plusieurs sujets d'adtniration se présentent à notre esprit : quelle force

prodigieuse dans les muscles de la puce, puisqu'elle s'élève en sautant, jusqu'à trente fois sa hauteur! quelle singulière structure dans le chalumeau avec lequel elle soutire notre sang! quelle forte armure, que cette peau ferme et élastique, capable de résister à la pression même de nos doigts! quelle forme favorable, que celle de ce corps comprimé, qui lui permet de s'insinuer entre les poils des animaux, et de se cacher dans les plis du linge! Tout cela était nécessaire pour la conservation de l'espèce, chez un faible animal qui ne peut prendre un repas sans se faire un ennemi.

Aurait-on jamais pensé que les puces dussent prêter matière à l'industrie de Thomme, et lui faire produire des effets surprenants d'adresse? c'est pourtant ce qui est arrivé. On a vu une puce de grandeur médiocre, traînant un canon d'argent, porté sur deux petites roues, pesant quatre-vingts fois plus qu'elle, qu'on chargeait de poudre, et qu'on faisait partir sans que la puce partit épouvantée. J'en ai vu moi-même une qui traînait un petit éléphant en or, parfaitement bien fait; elle y était attachée par une chaîne du même métal, avec un cadenas fermant à clef; le tout si délicat, qu'il fallait presque une loupe pour distinguer les anneaux de la chaîne, et que cet atelage entier ne pesait pas beaucoup plus d'un grain. Un ouvrier Anglais avait construit un carrosse en ivoire, à six chevaux, renfermant quatre personnes, ayant deux laquais sur le derrière, et sur le siège un cocher entre les jambes duquel était un chien. Cet équipage myiroscopique était si léger qu'on le faisait aussi traîner par une puce. J'avoue que je ne puis admirer beaucoup la finesse et la perfection de ces petits ouvrages; j'aimerais mieux voir tant d'art et d'adresse employés à des objets plus utiles.

Je ne terminerai pas cet article sur la puce, sans exprimer une réflexion que me suggère l'importunité connue de cet insecte. Nous nmrmurons quelquefois contre certaines œuvres de la création, dont notre ignorance ne nous permet pas de distinguer l'utilité et la destination. C'est ainsi que nous demandons avec impatience, à quoi servent les puces, les punaises et autres vermines. Je ne saurais vous le dire, mes amis, mais je n'en accuse que la faiblesse de mon intelligence, et je vous répéterai ce que je vous ai déjà <lit mainte fois : Dieu lia rien fait en vain. Je puis même vous faire remarquer un service réel que rendent aux hommes ces insectes incommodes. Une extrême propreté est le plus sur moyen de s'en délivrer: or, la propreté est nécessaire à la couservation de la santé; et cependant de pauvres gens, étroitement logés et occupés à de pénibles travaux , pourraient souvent négliger les soins qu'elle exige, s'ils n'y étaient rappelés par les iniporlunités de ces insectes si sou-

vent maudits. Ne seraient-ils pas, d'après cela, de petites sentinelles placées par la sagesse de la Providence, pour avertir certaines gens du désordre de leurs habitudes, de leur négligence, et d'un manque de propreté qui amène souvent des maladies sous le toit du pauvre?

MOTS A L'OREILLE

^ Les talents, la beauté, la grâce, la force, la fortune sont des bienfaits de la Providence, qui réclament de nous la modestie, la simplicité, la modération et les bonnes œuvres, comme juste retour d'un cœur reconnaissant.

^ Il y a, dans une fervente prière, de la foi, de l'amour et de l'espérance: c'est déjà du bonheur.

vç, Dieu cache un mérite sous chaque peine, pour qu'on la supporte avec courage et résignation.

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