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LA PETITE LOTERIE

LITHOGUAPUIE.

La jeune Livie et son frère Edouard étaient deux enfants d'un aimable caractère. Élevés l'un et l'autre dans la maison paternelle, ils ne s'étaient jamais quittés, et avaient pris la douce habitude de confondre leurs pensées, leurs goûls, leurs affections, comme s'ils n'avaient eu à eux deux qu'une seule àme. Jamais la moindre mésintelligence n'avait troublé cette charmante harmonie; on en pouvait conclure qu'ils étaient bons l'un et l'autre, car il n'y a que le bien qui s'accorde avec le bien, et le mal ne s'accorde constamment avec rien, pas même avec le mal. Edouard et Livie étaient donc deux bons enfants; aussi étaient-ils parfaitement heureux. Ils étudiaient ensemble; leurs jeux étaient en commun; et comme ils aimaient à tout jiartager, l'un des deux n'aurait jamais fait une bonne action, sans y associer l'autre. Dans les heures consacrées à l'étude, on les voyait assis à deux jolis petits bureaux adossés, devant la même fenêtre; et le premier qui avait fini son devoir, au lieu d'aller jouer et de distraire le second, gardait le silence, prenait un livre, et attendait patiemmeut que son frère ou que sa sœur eut aussi achevé sa tache. Lorsque Livie était occupée à coudre ou à broder, Edouard lui faisait une lecture amusante, ou bien s'exerçait auprès d'elle, soit à tourner, soit à faire quelques petits ouvragesdcmenuiserie; exercices pour lesquels il montrait beaucoup de goiit et d'adresse.

Tous les jours, à chaque instant de la journée, enfin, l'on était sûr de trouver le frère et la sœur offrant un tableau qu'on aurait pu proposer pour modèle à tous ceux de leur âge. Or, il y a six ans que s'est passé le petit événement que je vais raconter.

C'était le premier jour de la foire qui se fient annuellement dans la commune où se trouve situé le château de Melcour, habité par les parents de nos deux enfants. Cette foire se prolonge pendant une semaine, d'un dimanche à l'autre. Le premier et le dernier jour, il est d'usage qu'on vient danser au bout de l'avenue du château de Melcour, et que quelques marchands y apportent de petits étalages. Les habitants du château ne manquent jamais d'aller visiter les villageois rassemblés dans ce lieu , et d'y laisser des traces de leur présence par quelques libéralités. M. et M'^de Melcour, avec leurs enfants et toute la société réunie chez eux, s'y étaient donc rendus, il y a six ans, le premier jour de la foire. Parmi les boutiques et les jeux qu'on y avait dressés, figurait une de ces petites loteries, que tous mes lecteurs connaissent, où l'on gagne à chaque coup des macarons, du pain d'épice, ou quelques autres friandises assez j)eu délicates pour des enfants accoutumés à de meilleures choses, mais qui ne sont point dédaignées par de petits villageois habitués à se nourrir de gros pain et de soupe aux choux. Edouard et Livie eurent la fantaisie de faire tourner l'aiguille de la petite loterie, qui était tout-à-fait pareille h celle cjue représente le dessin joint aujourd'hui à ce Journal. Ils gagnèrent des macarons qu'ils s'amusèrent à distribuer entre plusieurs petits enfants, rassemblés autour d'eux par la curiosité.

Lorsqu'on fut rentré au château, Livie, qui avait été un peu pensive en parcourant l'avenue, dit à son frère: "Edouard, il m'est venue une idée que nous pourrions réaliser ensemble, et qui nous procurerait

beaucoup de plaisir devine ce que c'est? — C'est

peut-être la même que j'ai depuis un moment, ma

sœur — Voyons! — Une loterie. — Tout juste. —

Oui, je vais faire la caisse, le cadran, j'y adapterai

une aiguille pour indiquer les numéros — Moi, je

vais me mettre à tailler des petites robes, des petites chemises, des petits bonnets, des petits mouchoiis, à

coudre tout cela , et puis — Cela sera-t-il prêt d'ici

à dimanche? — Oh ! que oui. — Bon ! je réponds de la caisse avant la fin de la semaine; et dimanche prochain, nous allons joliment nous amuser! »

Ce projet conçu simultanément par les deux enfants, fut confié le soir même a M. et M'" de Melcour, qui n'eurent garde de le désapprouver. Le lendemain de grand matin , le frère et la sœur étaient à l'ouvrage. La hache, le rabot, le tour, d'une part; les ciseaux, l'aiguille, de l'autre, furent mis en œuvre avec une

activité merveilleuse. Au bout de trois jours, la caisse de la loterie était terminée. Alors Edouard se mit .'» faire des cahiers de modèles d'écriture, à coller des images sur des feuilles de carton, et à préparer ainsi divers objets utiles ou agréables qui pussent figurer dans les lots. Pendant ce temps là, Livie travaillait toujours; elle eut le temps de coudre beaucoup de choses; et le samedi étant arrivé, on fit des petits paquets avec les divers vêtements taillés qui n'avaient pas pu être cousus.

Enfin le grand jour a lui ; c'est dimanche, le dernier jour de la foire. Voyez-vous d'ici notre Edouard et notre Livie, chacun d'un côté de la caisse aux lots, transjiortée au bout de l'avenue? Voyez-vous la foule qui se jiresse autour d'eux? Les enfants seuls sont admis à faire tourner l'aiguille; Edouard maintient l'ordre, indique les tours; et Livie se charge de distribuer les lots gagnés. Quel plaisir! que de cris de joie! que de surprises charmantes! que de pauvres enfants heureux à peu de frais! Il s'écoula plus d'une heure avant que la caisse fut vidée. Alors, une douzaine de petits villagois s'en emparèrent, pour la reporter au château comme un trophée; et les deux jeunes bienfaiteurs furent accompagnés, en se retirant, d'un concert délicieux de bénédictions.

Ce n'est pas tout : il eût été dommage qu'une aussi jolie scène ne se renouvelât point. Aussi Edouard et Livie eurent-ils bien soin d'annoncer qu'elle aurait lieu de même, tous les ans à pareille époque. Elle est devenue maintenant une fondation ; et même nos deux enfants ont trouvé le moyen de la rendre plus complète et plus utile, en admettant plusieurs de leurs jeunes amis à y coopérer par leurs petits travaux. A l'approche de la foire, le salon de Melcour ressemble à un atelier où l'activité nait de la bienfaisance: on y travaille pour la petite loterie.

VARIÉTÉS

J'ai reçu le billet suivant:

u Mon bon Génie, en mangeant l'autre jour, à mon second déjeuner, des confitures de prunes deAIimbeUe, j'ai réfléchi sur le nom de ce fruit, qui m'a paru fort drôle; et cela m'a fait désirer de savoir quelle en pouvait être l'origine. Seriez-vous assez bon pour me le dire? etc. »

J'avoue que je suis très embarrassé pour répondre à cette question, car j'ignore absolument, et personne n'a pu m'apprendre, d'où les prunes de Mirabelle tirent leur nom. Tout ce que je sais, c'est qu'il existe, près de l'entrée de la baie de Manille, une petite île appelée indifféremment Marivelle ou Mirabelle, qui pourrait bien avoir donné son nom à l'espèce de prunes dont

il s'agit, si les premières ea ont été apportées chez nous. Cependant, je ne trouve aucun indice de ce i"ait dans la relation du voyage de La Pérouse, où je viens de lire une description de l'île de Mirabelle, (jui amusera peut-être mes jeunes lecteurs.

«Je me décidai, dit le voyageur, à passer vingtquatre heures à Mirabelle. Vers midi , je descendis au village; il est composé d'environ quarante maisons construites en bambou, couvertes en feuilles, et élevées d'environ quatre pieds au-dessus de la terre. Ces maisons ont pour parquet de petits bambous qui ne joignent point, et qui font assez ressembler ces cabanes à des cages d'oiseau.v; on y monte par une échelle, et je ne crois pas que tous les matériaux d'une pareille maison, le faitage compris, pèsent deux cents livres.

a En face de la principale rue, est un grand édifice en pierre de taille, mais presque entièrement ruiné; on y voyait cependant encore deux canons de fonte, à des fenêtres qui servaient d'embrasures.

Il Nous apprinu's que cette masure était la maison du curé, l'église et le foit. Cette paroisse est si pauvre, que nous n'y pûmes acheter (ju'une douzaine de poules et un petit cochon. Le cm'é nous vendit un jeune bœuf, en nous assurant que c'était la huitième partie de l'unique troupeau qu'il y eut dans la paroisse, dont les terres sont labourées par des buffles. Nous vîmes, chez ce curé, trois polîtes gazelles qu'il destinait au gouverneur de Manille; ce petit animal est très délicat, il n'excède pas la grosseur d'un fort lapin; le mâle et la femelle sont absolument la miniature du cerf et de la biche.

Cl Nos chasseurs aperçurent dans les bois les plus charmants oiseaux, variés des plus vives couleurs: mais ces forets sont impénétrables, à cause des lianes dont tous les arbres sont entrelacés; ainsi leur chasse fut peu abondante, parce qu'ils ne pouvaient tirer que sur la lisière du bois. Nous achetâmes, dans le village, des Tourleiellcs-à-coup-dt-poignard: on leur donne ce nom, parce qu'elles ont au milieu de la poitrine une tache rouge qui ressemble exactement à une blessure faite par ini coup de couteau »

Vous voyez que, dans tout cela, il n'est pas question de prunes; il faudra donc, au lieu de solution, nous contenter aujourd'hui d'une supposition probable.

On m'apporte à l'instant l'épreuve de ce numéro, et je vois qu'il y manque ii-peu-près une colonne. Ln jetant par hasard les yeux siw la feuille de papier qui l'enveloppe, j'y trouve le commencement d'une pièce de vers imprimés; et tout tn les lisant machinalement, pendant que je cherche avec quoi je rempli-

rai ma colonne vide, je m'aperçois que ces vers sont fort jolis, et pourront completter ma feuille de manière à intéresser mes jeunes lecteurs. Voici ce fragment, dont je regrette beaucoup de ne pas connaître l'auteur, pour le nommer en lui empruntant ses vers touchants.

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