‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 161 sur 169 · LA SÈVE · texte numérisé non relu

LA SÈVE

J'ai devant les yeux, mes amis, sous la fenêtre près de laquelle je vous écris, des touffes de lilas et de chcvreretiille qui verdissent et montrent déjà les boutons de leurs fleurs prochaines; à quelques pas de là, un tilleul commence à déployer ses petites feuilles d'un vert tendre; et plus loin j'aperçois un prunier couvert de fleurs légères, blanches comme la neige; mon grand peuplier verdoie aussi; dans quelque temps, ce sera le tour des acacias; voici décidément la belle saison. Quelle charmante nouvelle! quel délicieux spectacle! que le printemps est doux! que le soleil est beau! comme le jeune feuillage des arbres est frais et riant! Nous nous sommes plaints de la neige, de la pluie, des frimats; eh! mes amis, sans ce contraste, jouirions-nous aussi bien du retour des beaux jours? sans les matinées brumeuses et les sombres soirées de l'hiver, aurions-nous tant de plaisir maintenant à voir le soleil se montrer plus diligent d'un jour à l'autre, nous amener de brillantes matinées, et prolonger des soirées où la nature parait si belle? Ohl celui qui atout fait est sage et bon! Jouissons de toutes ses œuvres; et pour en mieux jouir, pour les mieux admirer, examinons-les d'aussi près qu'il a permis à notre intelligence de le faire.

Quelle puissance vient rendre graduellement la vie à ces arbres dont les branches dépouillées présentaient, il n'v a pas plus d'un mois, l'image de la mort? oîi ont-ils puisé cette vigueur soudaine? comment poussent-ils de nouveaux bourgeons? comment ces bourgeons se développent-ils en rameaux et en feuillage? quelle est la substance qui les nourrit, qui les fait croître et se revêtir ainsi chaque année d'une verdure renaissante? C'est la sève.

Les racines des végétaux sont munies de petites fibres très déliées, qui se terminent par des espèces de bouches jouissant de la faculté d'aspirer. Au moven de ces organes, lorsque la ferre, réchauffée par les premiers feux du printemps, se ramollit, les racines des plantes, qui sont plongées dans son sein, y pompent l'humidité dont elle est imprégnée. Cette humidité est chargée de différents sucs propres à nourrir la plante, et dont le mélange avec l'eau forme un liquide sans couleur, qui monte dans la tige et se répand dans les branches, en suivant le cours des vaisseaux dont la plante est pourvue, et cpii sont comme ses veines. Ce liquide est la sève; c'est elle qui élaborée dans le sein des végétaux , com me les aliments dans le corps des animaux, se transforme en organes, nourrit la plante et fournit à son accroissement. Chaque année, elle recouvre la tige de l'arbre d'une

couche nouvelle qui se forme au-dessous de l'écorce, elle donne la matière des jeunes pousses et du nouveau feuillage. Pendant l'hiver, les vaisseaux sont gorgés de ce liquide; mais il y est épais et stagnant; le printemps, en ramenant la chaleur, détermine aussitôt l'ascencion des sucs dontla tige semblait être obstruée. La force avec laquelle cette ascencion s'opère est considérable; on a fait des expériences qui ont prouvé qu'elle peut balancer la pression exercée par une colonne d'eau de plus de trente-trois pieds de hauteur. Mais ce n'est pas là le seul phénomène étonnant que présente ce fluide. Après avoir été pompée par les racines, après avoir parcouru, dans sa marche rapide et puissante, la tige, les branches et les petits rameaux de l'arbre, après y avoir répandu les sucs nourriciers qu'elle contenait, la sèue arrive enfin aux feuilles. Ici s'opèrent des phénomènes d'un autre ordre. Les feuilles et les parties vertes sont les organes de la transpiration végétale. Par les pores dont ces organes sont pourvus, la sèue se débarrasse de l'eau quelle avait en surabondance, et des principes qui sont devenus étrangers ou inutiles à la nutrition du végétal. En même temps que ce dégagement a lieu, les feuilles pompent à leur tour d'autres substances qui se trouvent répandues dans l'air atmosphérique. Ainsi, tandis que la sève perd, par la transpiration des feuilles, une partie des principes qui la constituaient d'abord, elle éprouve une élaboration particulière et acquiert des qualités nouvelles. Alors, suivant une route inverse de celle qu'elle h parcourue, elle redescend, des feuilles vers les racines, en parcourant d'autres vaisseaux. Le mouvement de la sève dans les végétaux n'est pas, comme vous le voyez, sans quelque analogie avec la circulation du sanp dans le corps des animaux.

Je viens de vous dire qu'il se fait une sorte de transpiration par les pores des feuilles des végétaux. C'est en général sous la forme de vapeur que l'eau rejetée par cette transpiration, s'exhale dans l'alu)Osphère. Cependant, lorsqu'elle est très abondante, elle forme sur les feuilles de petites gouttelettes, qui se réunissent quelquefois en une seule d'un assez gros volume. La transpiration des végétaux et fabsorbtionjqu'ils opèrent de certains principes répandus dans l'atmosphère, exercent une salutaire influence dans les lieux ou ils sont abondants. Ils assainissent et purifient l'air, du moins pendant le jour; car il parait qu'après le coucher du soleil et en l'absence de la lumière, ils exercent une action toute contraire. Ainsi, le séjour sous les arbres, pendant le jour, est très sain, mais il ne l'est pas également pendant la nuit. Cela est au reste assez bien ordonné ainsi , car c'est sur-tout pendant les heures oii le soleil darde ses rayons, que l'ombrage des bois est utile et attrayant. Cette vertu

salutaire des plantes n'est pas toutefois sans exceptions , et vous avez sans doute entendu dire qu'il existe, dans certaines contrées, des arbres qui n'offrent au voyageur qu'une ombre perfide, sous laquelle on ne peut se reposer et sur-tout s'endormir impunément.

La circulation de la sève, la transpiration et l'aspiration des feuilles, ne sont pas les seules fonctions vitales des v('gétaux qui aient quelque rapport avec celles des animaux. Les végétaux ont aussi des excrétions. Les matières dont la sève se débarrasse ainsi, et qui sont rejetées par certaines parties de certaines plantes, sont des résines, de la cire, des huiles, des matières sucrées, de la manne, etc.

Je ne terminerai pas cet article sans vous dire, mes amis, que ce moment de l'année est très favorable pour observer la sève, si vous en êtes tentés. Vous avez peut-être déjà remarqué que, dans cette saison, l'écorce se détache très facilement du bois; peut-être même en avez-vous profité, comme je faisais quand j'étais écolier, pour construire de petits sifflets avec des jeunes branches de saule ou de tilleul. Entre l'écorce et le bois, vous avez dû trouver une liqueur assez abondante, très douce au toucher, et dont la présence facilite la séparation de ces deux parties; c'est cette liqueur qui est la sève.

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