‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 163 sur 169 · aimer, étudier, admirer estropier la naturel j'en · texte numérisé non relu

aimer, étudier, admirer estropier la naturel j'en

11 ferais des peintres, ma sœur; vrai comme je ni'ap- 1' pelle Pervenche, vrai comme je m'ennuie a 8aint- 11 Pétersbourg, vrai comme je brûle de retourner à •i Paris, près de Charlotte et de ma pauvre fdle. Sœur! 11 sœur! les roubles russes, les palais, les pelisses ne « valent pas mon petit atelier de la rue Cadet. Au Il moment où je vous parle, je donnerais le cordon de 11 Saint-WIadimir, de Sainte-Anne, de tout ce qu'on 11 voudra , pour un ruban de Sidonie!

11 Oh! vous êtes une mélomane, ma chère sœur; je 11 suis sur que t'anny roule déjà sur le clavier des u petits doigts charmants, que le crayon n'a point u encore noircis. Je vous vois tourner la page, je vous 11 entends crier: Fa initurel! la main gauche donc, u Fanny ! ton sol ! compte tes mesures !.... Et la pauvre 11 petite ignore encore, hélas! ce que c'est que l'ombre 11 et le clair, le reflet , la demie teinte et l'ombre portée !

11 Ecoulez-moi, ma sœur, je vais tâcher de vous Il parler raison. Parmi les talents agréables qui con- 11 viennent aux jeunes personnes, les arts du dessin 11 sont peut-être ceux dont le goût se conserve le plus 11 long-tenq)s. On peint, on dessine encore, lorsqu'on :i ne chante plus; et telle abandonne son piano, sa «guitare ou sa harpe, qui reste fidèle à sa palette. 11 Dans les jouissances que procure la musique, il sem- 11 ble que l'amour-propre réclame une plus grande 11 part: l'air qu'on chante, le morceau qu'on joue, on «les a long-temps étudiés, quelquefois même sans «beaucoup de plaisir; souvent^c'est moins pour soi 11 que pour les autres qu'on fait de la musique; sou- « vent les suffrages flatteurs, les applaudissements de «l'auditoire caressent plus agréablement l'oreille du

Il virtuose, que les sons mélodieux qu'il tire de l'ins- « trument. Mais pour trouver du plaisir à peindre, il 11 n'est besoin ni de It-moins, ni de suffrages. Le jour "OÙ l'on peut, à souhait, voir éclore sous les pin- « ceaux un paysage riant, grave, ou mélancolique, 11 un bocage, une forêt, une fontaine, un fleuve, ou "la mer, l'imagination voyage sur la toile, et ses Il voyages sont pleins de charmes. Est-on las du luxe « et du monde? on crée une solitude, on se construit Il une chaumière. Ces rêves qui cessent d'être fugitifs, « ces projets qui se réalisent, sont douce chose dans "la vie où tant de rêves s'évanouissent, où tant de "beaux romans deviennent de tristes histoires! En- « fants de l'air, les sons se perdent; ils vont mourir Il dans l'élément qui leur dopne l'être; vagues et fu- II gitifs, les souvenirs de la mélodie survivent à peine Il à la dernière vibration sonore. Les créaùons du Il peintre demeurent; elles conservent sa pensée et Il quelquefois transmettent sa mémoire aux siècles à «venir. Qu'il est doux de repasser ses voyages, ses Il souvenirs, ses compositions, dans un vieux cahier «de croquis! il vous parle, il vous raconte vos seniisations, vos plaisirs, votre histoire : voilà le vieux

Il saule du jardin de mon père voilà l'entrée de sa

« bibliothèque il y avait là de beaux peupliers qui

« sont abattus cette vieille tour est aujourd'hui

«tombée O puissance d'un art enchanteur! une

«feuille légère conserve un monument, qui sans elle « eût bientôt péri dans la mémoire des hommes. Mais Il que vais-je te conter? ne suis-je pas en Ilussie, par Il trente degrés de froid? Sœur, j'ai là ton portrait et « celui de Charlotte: tu m'entends, n

« Je n'ajouterai rien à la lettre de de ton père. Promets-moi de me la renvoyer; c'est mon bien, Sidoniej'ai si peu de lettres de mon pauvre Georges!

« Adieu, Sidonie, je t'embrasse, ainsi que ta mère. Tu ne veux plus quitter la peinture, n'est-ce pas? Je

t'embrasse encore et Fanny donc! cent fois.

« Caholixe Seymour née Pervenche, h

.\ quelque temps de là, mistress Seymour reiut de Sidonie la réponse qu'on va lire ;

.1 Ma chère tante,

.1 Merci! oh! merci de la lettre de mon père! Que l'ai pleuré en la copiant! Je vous la renvoie donc. Ma

mère ne l'a point lue Hélas! pardon, ma tante, je

pleure encore Ma mère, ma pauvre mère.' elle ne

la lira pas elle ne ma mère, votre sœur, elle

ne elle ne lira plus elle a perdu les yeux!

Allons, passez ces trois lignes, car l'encre coule et se mêle; je ne vois plus ce que j'écris; je reprendrai nia lettre plus tard

Il Je suis à vous, ma tante. Quand je vous ai priée de me rendre un maître de musique, je pressentais

mou niallieiir: on disait que la maladie était grave; je voulais vous cacher mon effroi. Cependant, j'espérais encore. Mais, depuis luut jours, tout espoir est perdu; nuit profonde! éternelle! chère maman! " C'est Il fini, ma fdle, me dit-elle; je ne vois plus rien mainci tenant; rien, que le ciel et toi. Oh! je te vois tou-

« jours, je te vois là, dans mon cœur Où es-tu

11 Sidonie? »

(1 Que voulez-vous, ma tante, que je fasse de mes pinceaux? ma boite est fermée; mes études, mes tableaux sont cachés. Qu'ai-je besoin de talent , de succès? Je ne veux pas qu'on dise devant ma mère: Ali! c'est joli! Je travaille à mon piano, tout le temps qu'elle n'a pas besoin de mon bras. Adieu, je vous embrasse, ainsi que Fanny. J'attends votre réponse, pour rappeler monsieur Zimmerman.

" Sidonie Pervenche. »

VARIÉTÉS

Je connais deux petits garçons dont les sentiments élevés et généreux, se manifestent de bonne heure. Ce sont deux frères qui reçoivent ensemble les leçons du même maître. L'ainé vient de faire une longue maladie qui a interrompu ses petites études et l'a mis un peu en arrière. Pendant ce temps, son frère a fait des progrès qui lui ont donné une telle avance, qu'il y a quelques jours, lorsque tous deux ont préparé une page d'écriture pour en faire hommage à leur père le jour de sa fête, la page du plus jeune s'est trouvée la meilleure. L'ainé, en les comparant l'une à l'autre, disait avec chagrin : u Ce que c'est que d'avoir été malade! voilà que tu m'as passé, moi qui suis plus grand que toi ! On va peut-être croire que c'est ma faute. — Eh bien, tiens, mon frère, s'écrie le plus jeune, ne te chagrine pas; changeons; tu donneras la mienne, et moi je donnerai la tienne. » Le premier hésita un moment; puis embrassant son généreux émule: "Je te remercie, lui dit-il; mais je ne peux pas consentir à une chose comme cela ; ce serait te faire tort, et ce serait tromper papa. » Le papa avait entendu toute cette petite conversation, qui valait bien deux bonnes pages d'iicriture.

— Franklin, dans une de ses lettres, raconte la petite anecdote suivante:

Il La dernière fois que je vis votre père, ce fut au commencement de 1724, à Boston, après mon premier voyage en Pensylvanie. Il me reçut dans sa bibliothèque, et, quand je pris congé de lui, il me montra un chemin plus court pour sortir de la maison par un passa(;o ('troit, qui élait traversé par une

poutre à hauteur de tète. Nous causions encore lorsque je me retirais, lui me suivant, et moi me retournant à moitié de son coté, quand il me cria vivement: Baissez-vous! baissez-vous! Je ne compris ce qu'il voulait me dire, que lorsque je sentis ma tête frapper contre la poutre. C'était un homme qui ne manquait jamais une occasion de donner une leçon utile, et il me dit dans celle-ci: «Vous êtes jeune, et vous allez Il entrer dans le monde, baissez-vous pour le traverser, « et vous éviterez plus d'une rude atteinte. - Ce conseil, imprimé de la sorte dans ma tète, m'a été fréquemment utile, et j'y pense souvent quand je vois l'orgueil humilié, et les malheurs qu'éprouvent ceux qui portent la tête trop haute. »

— Mesdeinoiselles, qui avez des Àllnim, et qui aimez les emblèmes et les devises , voici quelques sujets que j'ai recueillis dans ce genre, et dont je vous fais hommage.

Emblème : Un arbre de sandal abattu d'un coup de hache. Devise : La vertu pardonne au méchant, comme le sandal parfume même la hache qui l'a frappé.

Emblème: Un papillon sortant radieux de sa coque. Devise : Tai travaillé dans la retraite et l'obscurité, maintenant je brille au grand jour.

Emblème: Une horloge dont l'aiguille tourne sur un cadran où les heures ne sont pas marquées. Devise : // est toujours l'heure de faire le bien.

Emblème : Une vue de la mer. Devise : Il y a un monde par delà l'Océan; il y a une vie par delà la mort.

Emblème: Une hirondelle revenant dans son nid. Devise: Je retrouve les beaux jours en rentrant sous le toit natal.

— Je remercie celles de mes jeunes amies qui ont eu, depuis quelque temps, l'aimable idée de soufjfler des mots à l'oreille du bon Génie, en lui écrivant. Il tachera d'en faire son profit , et de satisfaire aux vœux qu'on lui exprime.

CHARADE

Dans l'alphabet, lecteur, on trouve mon premier.

Lorsque votre mine jolie •Se réfléchit, lectrice, en la glace polie,

C'est par l'effet de mon dernier.

Or, chose étrange! mon entier

Du dernier n'est qu'une partie.

(Ceux de mes correspondants qui voudront bien me donner l'explication de cette charade, pourront me l'envoyer en même temps que leurs réponses aux questions contenues dans le numéro précédent de ce Journal. )

iMPniMEUiE DE JLI.ES DIDOT AIN'É, impuimeUu di

ilu roiil-ilc-Lodi. u" C.

Dimanche. 23 avril 18

Le prii de l'abonnemeni est, pour Paris, de 22 francs par an , et de 12 francs pour six mois. Pour les deparlemeois , de 34 francs par an , Li i3 francs pour six mois

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