LE CONCOURS
Le prince de V... avait placé dans l'institution de M. M...., un filleul qu'il aimait tendrement. Mais cet enfant, nommé Gustave, répondait mal aux bontés de son protecteur, en restant livré à une indolence qui l'empêchait de faire aucun progrès.
Quoique peu appliqué h ses devoirs, Gustave avait néanmoins le goût de la lecture, .\yant vu chez le prince, un superbe exemplaire des œuvres de Uacine, il montra le désir de connaître toutes les compositions de ce grand poète, dont il n'avait lu que quelques fragments dans des recueils classiques. « Ces livres
seront à toi, dit le prince, si tu veux les gagner.— Eh comment le pourrai-je?— Je ferai porter ces volumes chez M. M.... ; il établira un concours d'un certain nombre d'élèves, et celui dont la composition sera trouvée la meilleure, en deviendra le possesseur... Gustave ne fut pas absolument charmé du moyen choisi par le prince; il n'osa cependant y opposer aucune objection, et promit même de faire tous ses efforts pour obtenir le prix. D'après les intentions du prince, M. M.... nomma six élèves à-peu-près de la même force, et un sujet commun leur fut donné.
Parmi les jeunes concurrents, il s'en trouvait deux de caractères bien différents : Alphonse, doué d'un esprit vif, d'un jugement sur, ternissait ces heureuses qualités par un insupportable orgueil que lui avait donné l'habitude du succès. Son ton de mépris envers ses camarades, lui attirait l'aversion de tous. Adolphe était, au contraire, doux et bienveillant: voisin d'Alphonse dans la classe, plus d'une fois il avait éprouvé ses insultantes dérisions, lorsque embarrassé dans un de ses devoirs, il s'était avisé d'avoir recours à lui. Adolphe, avec un zèle constant au travail, recevait lentement le fruit de son assiduité; sans manquer d'intelligence, il concevait avec une difficulté qui le laissait en arrière de ses égaux; quelquefois, découragé, il allait déposer ses chagrins dans le sein de sa mère: "Console-toi, mon Adolphe, lui disait-elle; d'autres ont le bonheur d'avoir un esprit vif qui les aide dans leurs études, aie le mérite de la persévérance. » Le bon fils ranimé par ces mots, retournait travailler avec une nouvelle ardeur.
La veille du jour où le prince de%'ait venir offrir le Racine au vainqueur, un domestique vient chercher Alphonse; il lui apprend que son père a été frappé d'une attaque dapoplexie i[ui donne des inquiétudes pour sa vie. A cette nouvelle, Alphonse ne songe plus à la visite du prince, au prix qu'il espérait recevoir de sa main; il ferme à la hâte ses papiers dans son pupitre, et s'élance sur les pas du domestique.
Adolphe avait fait vingt brouillons et s'était arrêté au dernier, tout mécontent qu'il en était. Pendant que ses camarades mettaient à profit le temps de la recréation, en jouant aux barres, à cache-tampon , ou à la balle, il réfléchissait à sa composition : une phrase qui rendait mieux sa pensée, se présente à son esprit; il va dans la clnsse, et se dispose à corriger sa rédaction. Le pupitre d'Alphonse était ouvert; un mouvement de curiosité porte Adôl|)l]e à prendre connaissance du travail d'Alphonse. Quand il eut fini : « Cette pièce vaut dix fois mieux que la mienne, dit-il en
soupirant; mais Alphonse ne reviendra pas de-
roa'n qui m'empêche de me servir de quelques
unes de ses idées? » Qui l'en empêche? Sa conscience, le souvenir de sa mère, u Si elle le savait, se dit-il.
elle rougirait de son enfant! i. et Adolphe a remis le papier dans le pupitre. Une autre résolution le lui fait reprendre; le souvenir d'une mère porte à la vertu; Adolphe l'éprouva: il songeait au rej;ret que sentirait Alphonse à son retour: «11 serait beau, ditil, de me venger de ses mépris en lui rendant service, en présentant sa composition que j'aurai bientôt copiée. Je ne serai jamais l'égal d'Alphonse en talent, montrons-lui que je puis lui être supérieur en vertu. D'ailleurs je pourrai dire cela à maman. " Et Adolphe est h transcrire la pièce d'Alphonse.
Les six compositions ont été déposées sur le bureau de M. M....; le prince arrive; les cinq aspirants lui sont présentés; il les accueille tous avec bonté, et demande à procéder à l'examen des compositions, de
concert avec M. M Ainsi qu'Adolphe l'avait prévu,
le travail d'Alphonse est jugé le meilleur, celui de Gustave a le second rang, et celui d'Adolphe lavantdernier. (1 Comment se fait-il, demande ^L AL..., que la composition d'Alphonse se trouve ici? elle n'était pas achevée lorsqu'il est parti. — Il n'y avait plus qu'à la copier, dit Adolphe, et je l'ai fait. — Il vous en avait donc chargé? — Non, Monsieur; mais je l'ai lue, elle m'a semblé bonne, et j'ai pensé qu'il serait surpris et joyeux, s'il apprenait à son retour quil a remporté le prix. — Voilà un jeune garçon bien généreux, dit le prince. — Plus encore que vous ne le pensez, répliqua M. M...., car Adolphe a beaucoup à se plaindre de celui qu'il vient d'obliger ainsi. — Vous ferez un homme estimable, mon ami , reprit le prince en tendant la main à Adolphe. Alphonse, continuat-il, a mérité le prix; mais la vertu vaut mieux que la science, ces livres sont à vous. Je veux même y ajouter quelques mots. » Alors il écrivit sur la première feuille : Gage d'estime donné par le prince de F... au bon Adolphe. « Je ne suis pas si bon que vous semblez le croire,)) dit Adolphe, qui rougissait en lisant cet éloge; et d'une voix altérée, il raconta la tentation qu'il avait éprouvée, et les motifs de sa dernière résolution, qui s'étaient joints à celui qu'on connaissait déjà. Le prince applaudit à cet aveu. «Je conviens, mon enfant, dit-il avec bonté, que vous pouviez avoir des intentions plus pures; mais avouer ses torts, c'est commencer à les réparer, et je ne crois pas devoir vous punir de votre sincérité.)) Adolphe reçut alors le magnifique exemplaire de Racine; ses compagnons touchés de cette scène, le félicitèrent sur son triomphe.
Le prince, satisfait du rang qu'occupait la composition de Gustave, et voulant l'encourager, envoya deux exemplaires semblables à celui qu'Adolphe avait reçu; l'un pour Alphonse, l'autre pour Gustave. Grâces aux soins actifs prodigués au père d'Alphonse, il se trouva assez bien, au bout de quelques jours, pour renvoyer son fils à ses classes. Rassuré sur la
santé de son père, Alphonse pensa avec peine qu'il avait manqué une belle occasion d'acquérir de la gloire. Jujjez de son étonnement, quand on lui dit qu'il avait eu le prix, et de quelle manière il l'avait obtenu. Il se rappela ses torls envers Adolphe, et fut d'abord humilie de la générosité de ce dernier; puis, après un instant d'hésitation, il courut dans ses bras, lui demanda pardon, et lui jura amitié pour toute la vie. «Cesse tes éloges sur ma conduite, lui dit Adolphe, j'en suis trop payé: elle m'a donné un ami, et maman la connaît! »
LITHOGRAPHIE
l'escarpolette.
Le soleil , lorsqu'il se montre au travers des nuages que nous a amenés la lune d'avril, prend tous les jours un peu plus de force; les arbres se revêtent d'une verdure qui offre chaque matin de nouveaux progrès; tout le monde sort de chez soi, et des essaims d'enfants remplissent les promenades; comme on voit les abeilles ou les fourmis se glisser hors de leurs chaudes demeures, aussitôt que le beau temps les y invite. En faisant cette comparaison , je ne pense pas qu'elle soit absolument exacte, car si les fourmis et les abeilles se mettent en mouvement, c'est pour aller travailler avec activité, et je présume c[u'il n'en est pas tout-à-fait de même des enfants. Ceux-ci vont se divertir; les jeux en plein air commencent à remplacer les anuisements casaniers. 11 n'y a pas de mal à cela, et je vois avec satisfaction qu'on s'amuse au printemps, qu'on s'amuse en été, en automne, en hiver, pourvu qu'on travaille aussi, c[u'on s'occupe, qu'on étudie, dans toutes les saisons. Je ne puis donc qu'inviter mes jeunes amis à bien mettre à profit, pour leur plaisir, tout le temps qui ne peut pas être consacré à l'étude. Plaisir, étude, sont deux choses qui marchent bien ensemble, qui se donnent du prix et du charme l'une à l'autre.
Au nombre des amusements en plein air, l'Escarpolette me paraît occuper un rang très distingué. Je me rappelle qu'elle était fort de mon goût. J'aimais sur-tout que la corde fiit attachée aux branches d'arbres touffus dont j'allais saisir les feuilles avec mes dents. Mais je me rappelle aussi que je n'ajiportais pas toujours à cet exercice la prudence nécessaire : je voiv* lais faire des gentillesses, des tours de force; je criais sans cesse à celui qui me donnait l'élan : Plus fort! Je lâchais la corde, pour me balancer sans me tenir; et un beau jour... Vous devinez bien ce qui m'arriva; cela vous fait rire; et je gagerais que, malgré mon avertissement, il en arrivera autant à plus d'un entre vous.
VARIÉTÉS
La semaine dernière, un petit garçon de six ans, que je connais beaucoup et que j'aime autant qu'on puisse aimer, s'est réveillé au milieu de la nuit, en pleurant à chaudes larmes, h Qu'astu? qu'as-tu donc, mon pauvre enfant? lui demanda sa mère alarmée. — Ah! Maman, j'ai rêvé que tu étais malade, bien malade, que tu allais mourir. — Eh bien , mon petit, rassure-toi ; tu vois que ce n'était qu'un rêve et que je suis en bonne santé. » Malgré ces paroles tranquillisantes, l'enfant continuait de sanglotter; son imagination avait été fortement frappée; il ne pouvait retrouver le sommeil, et répétait sans cesse: «Ah! Maman, ma pauvre Maman, est-ce bien vrai que tu n'es pas malade?» La mère essayait en vain de tous les moyens propres à le calmer, lorsque tout-à-coup, il s'écrie : "Maman, fais-moi faire mes prières, afin que je prie le bon Dieu pour toi! n Vous pensez bien que la Maman émue ne se fit pas répéter cette demande. Le petit garçon dit ses prières, et lorsqu'il arriva à ce qui concernait sa mère, il y mit un accent si rempli de ferveur et de tendresse, que la bonne mère se prit à pleurer à son tour. Immédiatement après cette scène touchante, l'agitation de l'enfant se calma, et bientôt un sommeil paisible vint fermer ses yeux jusqu'au jour.
Oh! que la prière est un baume consolant! Oh! quel ravissant et céleste spectacle offre un jeune et simple enfant en prière!
— Une mère disait à sa petite fille : « Ma chère enfant, je te donne ce rosier que tu as tant désiré, parce que tu as renoncé à ta volonté jiour te somiietlre à la mienne, quoique j'exigeasse une chose qui te contrariait. Eh bien, apprends qu'il est dans le ciel des roses plus belles que celle-ci, et qui ne se flétrissent jamais. Si tu t'efforces toujours d'obéir à la volonté de Dieu, en sacrifiant la tienne, Dieu t'appellera un jour dans son royaume où fleurissent ces roses éternelles. Souviens-toi de cela, chaque fois que tu regarderas ton rosier couvert de boutons et de fleurs.
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