‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 168 sur 169 · REVERIES MORALE.S · texte numérisé non relu

REVERIES MORALE.S

(ç II est de douces larmes pour les enfants, même pour ceux qui sont entourés de tous les éléments de bonheur. Comment ces âmes si neuves et si pures, seraient-elles étrangères au plaisir de s'attendrir, au charme delà compassion , de la pitié? Il semble, au contraire, que cette touchante sympathie qui rapproclie l'être heureux de celui qui souffre, ait son temple dans le cœur des enfants. Je vis un jour une petite fille et son frère s'arrêter devant un pauvre, bien infirme, qui mendiait en s'appuyant sur l'épaule de son fils. Ils le contemplèrent un moment, puis lui donnèrent chacun une petite pièce de deux sous. J'aurais pu lui donner davantage, mais jamais lui offrir le renard si tendre et si comiiàtissant que fixaient sur lui ces deux enfants.

(§ Il est un sentiment exquis, dont les belles âmes sont seules douées, qui embellit la bienfaisance, qui rassure le malheur craintif, qui double le prix des consolations, qui sait épargner la honte au repentir,

l'embarras à la timidité, qui sait éviter de rajjpelcr un souvenir fâcheux, de donner lieu à une comparaison affligeante, qui sait faire naître à propos un rapprochement agréable ou une allusion flatteuse, qui donne enfin de la grâce à toutes les vertus; ce sentiment, c'est la délicatesse.

<^ De tous les contrastes, le plus grave à-la-fois et le plus gracieux, c'est celui qui présente l'enfance à coté de la vieillesse: l'une porte la vue en avant, l'autre ne regaide plus qu'en arrière; l'enfance rappelle à la vieillesse ce qu'elle fut, la vieillesse montre à l'enfance ce qu'elle sera peut-être. De ce rapport naît une sorte de sympathie qui rapproche la vieillesse et l'enfance. Il est rare qu'elles ne se plaisent pas l'une avec l'autre. Presque toujours les enfants recherchent les vieillards, et les vieillards trouvent du plaisir à attirer à eux les enfants. Il y a, dans ce rapprochement et dans cet attrait réciproque, quelque chose qui atteste la prévoyante sagesse de la Providence; car la vieillesse languissante a besoin de se réchauffer au doux foyer de l'enfance, et l'enfance simple et novice a besoin d'être éclairée et guidée par l'expérience de la vieillesse. Lorsque le temps a exercé sur l'homme ses ravages, lorsque tout lui échappe, force, activité, santé, plaisirs, jouissances, que lui resterait-il pour charmer les derniers jours de son existence, et pour y répandre encore quelque douceur, si Dieu n'avait mis dans nos cœurs un sentiment de respect et de déférence pour les cheveux blancs?

(|^ Il y a plus de mérite dans la vertu que dans le génie: le génie est un don qui ne s'acquiert pas; la vertu est souvent un triomphe obtenu sur soi-même après de pénibles combats. Le génie, les talents sont miles aux hommes, cela n'est pas douteux; mais à la rigueur, on pourrait se passer des services qu'ils rendent; au lieu que sans la vertu, il n'est plus de liens pour unir les hommes, plus de liens, si ce n'est un intérêt d'égoïsme qui calcule toujours ce qu'on lui rendra pour ce qu'il donne.

Page 1